Stemp Caen n°13 jan/fév 2013
Stemp Caen n°13 jan/fév 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°13 de jan/fév 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Air de Com

  • Format : (210 x 298) mm

  • Nombre de pages : 48

  • Taille du fichier PDF : 9,7 Mo

  • Dans ce numéro : shopping... idées cadeaux pour la Saint-Valentin.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 24 - 25  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
24 25
TEMOIGNAGETEMOIGNAGETEMOIGNAGETEMOIGNAGETEMOIGNAGETEMOIGNAGETEMOIGNAGETEMOIGNAGETE UN PETIT VOYAGE EN GRÈCE Par Arnaud Richard...à vélo dans cette belle partie du pays qu'est la Macédoine de l'Est... 24 - Janvier/février 2013 - STEMP CAEN N°13 De retour sur des terres amicales qui avaient fait partie de mon tracé de "Caen à Téhéran" en 2011, c'est avec une vive émotion que j'atterris à l'aéroport de Théssalonique. Cette fois-ci, je suis attendu et invité par des Grecs qui sont devenus mes amis. Avec Dean et Vickie, nous avons déjà partagé l'expérience de la randonnée de montagne et de l'ascension du mont sacré et élu des Dieux Grecs, Olympe. Point culminant de Grèce. Accompagné de Marc, un ami, nous avons prévu de voyager à vélo dans cette belle partie du pays qu'est la Macédoine de l'Est. Nous sommes curieux de ce pays, de ses habitants et venons aussi dans le but de mieux comprendre le mal qui les rongeet surtout ce que vont être leurs actions pour y répondre positivement. Dans notre périple de trois semaines, il est prévu de participer à un camp de réflexion avec des personnages politiques importants, des professeurs d'université, des intellectuels, des activistes...avec en prime la présence de quelques traducteurs qui nous seraient attitrés. Il n'est pas simple de désirer à l'avance faire les bonnes rencontres pour mieux comprendre un pays. Au départ, quand c'est un désirc'est souvent source de frustration...Mais tout devient simple quand vous venez comme vous êtes (en faisant mieux qu'aller au Mc DO)...et que vous décidez d'emprunter le vélo comme moyen de déplacement ! Thessalonique est le lieu de notre première halte. Une petite semaine pour se poser et s'acclimater. Sauf qu'on arrive une semaine de canicule et que le thermomètre affiche un fiévreux 46 ° degrés. A l'ombre s'il-vous-plaît ! C'est difficilement respirable. "T.K", comme on l'écrit ici (comprendre Thessaloniki) qui se nomme en phonétique régionalisée "Ssalonikiiss", est la deuxième ville de Grèce avec ses 1 million d'habitants. C'est, comme pour Caen, une ville accueillant une importante citée universitaire. Son emblème, c'est "La Tour Blanche". Elle a vu de violents rassemblements de population faire front aux forces d'autorités publiques lors des dernières grandes manifestations de 2011. C'est une ville jeune, assez dynamique mais qui souffre d'un taux de chômage élevé. Dans les jeunes que nous rencontrons, un sur deux n'a pas de travail. Et pour les couples, bien souvent seulement l'un d'eux y a accès. Sortis des sentiers battus de la fière citadine, nous accédons aux confins des reliefs prisés par les weekéniers...Nous avons pris la route, à vélo, de Stravros et de Borgos...pour rejoindre "Stomio", rassemblement prometteur de lendemains heureux ! Les rencontres y sont fructueuses, les plages ensoleillées, les repas grillés et épicés, les apéros salés et charnus, les échanges polyglottes et luminophyles,la vie pleine de "Comédia Del Arte"...Mais toujoursdans un esprit de débat POLITIQUE ! On nous propose une balade sur les hauteurs pour découvrir les beautés de bassins de rétention naturels sur les hauteurs...Avec cette végétation verdoyante, il est hors de question que nous refusions l'invitationC'est juste une jolie petite grenade qui explose dans chacune de nos représentations, quand à l'arrivée, les images nous animent de ces plus jolies vues d'une Amazonie accessible et Européenne. Je ne résiste pas à un saut vertigineux d'une dizaine de mètres à la Johnny Wessmuller tellement l'euphorie m'anime dans ces lieux à la beauté rare et préservée de l'accessibilité aux cars de touristes. Nous apprenons beaucoup de choses durant ces colloques, nous sommes éclairés sur le fait que les Grecs sont effectivement responsables de ne pas être de très bons élèves sur leur copie de déclaration de revenus aux impôts, mais nous comprenons aussi qu'ils ont été laissé libres d'agir quand la classe politique faisait de même à l'échelle du pays. Le plus "haut fait d'armes" de cette classe "gangrénée" remonterait à plusieurs dizaines d'années et paraît digne d'un mauvais roman de fiction. Imaginez les dirigeants politiques d'un pays qui signent un accord avec l'Allemagne pour accepter le refus du paiement de la dette de guerre. Quand on sait que la Grèce a été, en proportion, le pays qui a subi le plus de perte humaine du fait d'une résistance accrue à l'invasion Germanique. Il est avéré aujourd'hui que plusieurs hauts fonctionnaires ont reçu des pots-de-vin à à cette époque. Mais cette histoire est restée quelque peu enterrinée. Ceci jusqu'aux nouveaux coups de bambous qu'à reçu la Grèce sur la tête (et aux coups de règles sur les mains de ce mauvais élève Européen) commandité par une Allemagne forte et impétueuse des résultats insolents de son économie, dans un contexte où tout le monde a la tête sous l'eau. Réponse des militants et du peuple Grec  : " Si vous deviez nous rembourser cette dette, avec les intérêts courants, nous ne serions finalement plus dans la même crise que celle que vous criez tout haut ! " Nous ne sommes que des témoins de cette crise qui atteint des hommes et des femmes et cela nous touche car
MOIGNAGETEMOIGNAGE nous partageons des moments, des repas, le quotidien quoi, avec ces gens. Sortis de ces échanges sèrieux et engagés, il nous est toujours agréable d'aller goûter une bonne bière fraîche du coin chez le tôlier de l'autre côté de la rue. Je suis content d'être ici mais je m'imaginais, naïf, que j'allais pouvoir faire mon premier travail "d'écrivain populaire", de "journaliste indépendant" qui essaierait de retranscrire une réalité au travers des rencontres chanceuses qu'il ferait, mais c'est tout autre. Je suis invité, attendu...et je reçois un discours trop académique à mon goût. Je suis déçu. Je ne vis pas le voyage intrinsèque que j'espèrais... C'était sans compter sur la rencontre avec cet homme, ce mec, ce tôlier, Nikos (s'il n'était que ça). A la mine plutôt Pat Hibulaire il nous sert la FIX, bière Grecque "made in Hellas", dans des verres givrés qu'il sort du congélateur. Déjà le gars qui vous met le sourire aux lèvres dès la première gorgée. Un petit moment d'un intense bonheur quand il fait 45 degrés et qu'en plus vous profitez de son store qui vous protège d'un soleil tueur. Nikos est plutôt de la famille des stoïciens, inspiré de Zenon qui lui aussi est un Hélleniste. Il annonce, sans montrer de sentiment et sans larmes, les difficultés qu'il a traversées dans sa vie. On comprend aisément l'homme que ça a forgé. Je l'interpelle sur la qualité de son Anglais (qu'il n'est pas plus coutume chez les Grecs que chez nous de bien pratiquer) et c'est le bon prétexte pour en apprendre davantage sur le personnage. Immigré venant d'Australie, il arrive ici avec sa famille à l'âge de 10 ans. Il a beaucoup de difficultés à intégrer la langue et reste en retard au niveau scolaire malgré les efforts d'un gamin volontaire et débrouillard. (Il faut savoir que la langue Grecque a cette dialectique similaire à la langue Française, qu'on l'apprend en parralèle à son histoire, en ajoutant les connaissances de la Mythologie qui sont liées à nombre de références linguistiques, ce qui en fait une langue du genre... assez inaccessible pour le commun des mortels), dans sa profondeur... Excepté les natifs. Il se retrouve donc, naturellement, très rapidement dirigé dans une orientation de type "professionnalisante" et apprend un métier manuel. C'est dans une discussion avec lui - elles deviennnent quotidiennes, voire plusieurs fois par jour – que je tente de refaire le puzzle de sa vie. Je sais déjà qu'il est tôlier mais j'apprends que, passé la période "un peu touristique", il passe le printemps et l'automne comme pêcheur de poulpe. C'est un métier qui se pratique la nuit et c'est un art à ce que j'en entends. L'été, saison morte, car l'espèce se reproduit...et on ne tue pas le poussin dans l'œuf ! Donc, c'est pourquoi il a ouvert ce bar pour les habitants de ce petit village de Stomio...et au mieux, les quelques touristes qui viendraient s'y perdre entre deux destinations phares. Sauf que nous sommes plantés là pour une semaine ! J'ai compris quelle était sa troisième activité de manière hasardeuse, quand je lui ai demandé à quel endroit je pouvais faire couper une pièce de bois cylindrique en plusieurs morceaux afin d'en faire un jeu de Mollky. "Mollkoi ? " qu'il m'aurait dit s'il avait parlé François ?... Ben oui, un jeu de pétanque Finlandaise ça ne peut avoir qu'un nom à la noix... mais l'intérêt c'est qu'il est en bois ! Il me montre une petite scie à main de manière à se payer ma tête, mais j'avais pourtant le pressentiment qu'il était homme de providence en son état. J'ai quand même besoin de plusieurs coupes à 45 et dans un tronçon de 60 mm donc à la main avec un "coupe-coupe" je vais m'amuser Il fait son regard du genre "t'as vraiment rien compris et t'es qu'un rigolo de touriste qui s'est perdu" mais je sais qu'il m'a à la bonne et ça c'est aussi ma carte Joker. Il me dit "Monte dans la caisse" et dit à sa femme "je reviens dans 10 minutes" et "ZOU" on est parti pour je ne sais où... Pas l'temps d'dire "OUF" qu'on est dans une scierie, ça sent l'bois qui vous réchauffe et vous dit que tout va bien se passer. Elle est superbe, appartient à son père (mais ça je l’apprends que plus tard) et il me découpe mon jeu comme un pro en 5 minutes. Ce gars est aussi menuisier-ébéniste. Il travaille avec son père qui lui a appris une bonne partie du métier et ça leur permet de faire la jointure avec les difficultés de la crise ! Et bien croyezmoi si vous le voulez, ce gaillard débrouillard et courageux, multi compétent, m'a dit qu'avec ces trois boulots il s'en sortait juste correctement... Alors imaginez un peu le sort d'un Grec lambda aujourd'hui... La suite de notre périple se fera tout simplement, sur la route, au grès des rencontres, et nous passerons toutes nos nuits à dormir dehors, sur la plage, bercé par le doux bruit des vagues chancelantes. Nous sommes ces clochards célestes, ces chanceux de la terre ! On a la vie devant nous, la terre et le temps à portée de main. On fabrique des cabanes avec ce qu'on trouve et on se créer des refuges. On fait des abris de vent avec des coques de bateaux et on dort sur des chaises longues empruntées de nuit à des plages privées qui désertent les moments forts de la nature. On vit des épopées à la Grecofrançaise sans que personne en aie conscienceet justement on s'en fout ! L'Ouzo aidant à un sommeil certain et apaisé. Seul le bruit des vagues et celui des mouettes viendra agrémenter nos matinées qui vivent un réveil gracieux avec des températures que les vrais Normands ne connaissent jamais même en Août ! On a accès, comme dans un livre ouvert, à la vraie Grèce. On a cette chance et j'ai bien failli passer à côté en restant un peu trop longtemps embourbé dans un planning trop construit qui n'était pas le mien. Pour bonifier l'expérience, Marc et moi décidons de frapper fort ! Nous irons tous deux suivre le pourtour de la côte jusqu'aux confins de l'île d'Athos (dans la région d'Alkidikki) et nous ferons passer pour des Chrétiens Orthodoxes (au péril de notre vie) afin d'entrer dans les terres sacrées (et plus que fermées) de la glaise popale. Mais cet autre périple vaut bien un futur article dans le prochain STEMP… STEMP CAEN N°13 - Janvier/février 2013 - 25



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :