Spore n°194 sep/oct/nov 2019
Spore n°194 sep/oct/nov 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°194 de sep/oct/nov 2019

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Centre technique de coopération agricole et rurale

  • Format : (210 x 275) mm

  • Nombre de pages : 48

  • Taille du fichier PDF : 5,5 Mo

  • Dans ce numéro : des services de conseils intelligents.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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OPINION La digitalisation réduit-elle les inégalités hommes-femmes dans l’agriculture ? SABDIYO DIDO BASHUNA Éviter d'accentuer les inégalités Depuis les outils d’analyse de prévisions météorologiques jusqu’aux services de conseil, en passant par les liaisons de marché, l’accès aux financements ou les renseignements macro-agricoles, le secteur est en effervescence grâce aux dernières innovations numériques qui changent la façon de partager les informations agricoles, d’accéder aux services et de commercialiser les produits. Selon le rapport 2019 du CTA et de Dalberg Advisors sur la digitalisation de l’agriculture africaine, pas moins de 390 solutions numériques opérationnelles desservent les différents segments des chaînes de valeur agricoles. La main-d’œuvre agricole de l’Afrique subsaharienne compte de 40 à 50% de femmes, dont la productivité est de 20 à 30% inférieure à celle des hommes. Cet écart est attribué à des disparités de genre concernant l’accès aux ressources productives et aux services. Les solutions numériques présentent un potentiel énorme pour gommer cet écart de genre, les femmes ne représentent que 25% des 33 millions de petits exploitants qui utilisent les technologies numériques. Voici quatre impératifs à suivre pour abolir les inégalités femmes-hommes dans l’agriculture. 1. Développer des solutions en évitant le concept étroit de l’homogénéité des besoins Les solutions numériques visant à améliorer l’accès aux conseils agronomiques, 44 SPORE 194 Sabdiyo Dido Bashuna, Conseillère technique senior au CTA aux moyens de production et au crédit remédient aux difficultés en termes de proximité, mais omettent de s’attaquer aux obstacles de genre qui entravent l’utilisation effective des services. Ce sont ces considérations de genre sous-jacentes qui déterminent la façon dont les agricultrices et les dirigeantes d’entreprise consomment les services numériques adaptés au secteur agricole. Le développement de telles solutions doit donc prendre en compte les influences socioéconomiques et culturelles pesant sur l’utilisation des technologies numériques, les structures décisionnelles qui déterminent l’affectation des ressources agricoles, les parcours d’apprentissage des femmes et le pouvoir d’agir fondé sur les moyens et les préférences. Les fournisseurs de technologies numériques pourraient, entre autres, travailler en partenariat avec des organisations à finalité sociale afin de concevoir des solutions prenant en compte les éléments de genre et autres aspects humains. 2. Des systèmes de mise en œuvre qui fonctionnent dans les limites de temps et d’espace des femmes La plupart des solutions digitales agricoles vont de pair avec des systèmes de mise en œuvre qui sont basés sur le téléphone et sur la disponibilité d’un réseau mobile. Grâce à l’accès aux ressources et aux services agricoles via un téléphone mobile, les femmes rurales bénéficient de la facilité d’accéder à l’information et aux ressources d’apprentissage au moment et à l’endroit qui leur conviennent. Toutefois, selon la GSM Association, qui représente l’industrie mondiale des téléphones mobiles, dans les pays à bas revenu, les femmes sont 10% moins susceptibles de posséder un téléphone portable et, en moyenne, 26% moins susceptibles d’utiliser l’Internet mobile. Si rien ne change, les nombreuses femmes des milieux ruraux passeront à côté des bénéfices du virage numérique de l’agriculture. 3. Des technologies numériques conviviales Au niveau mondial, deux tiers des illettrés sont des femmes rurales, et l’habileté numérique est beaucoup moins répandue chez les femmes que chez les hommes. Dans la conception de solutions numériques pour l’agriculture, la simplicité et la convivialité sont des critères cruciaux pour inciter les agricultrices et les dirigeantes d’entreprise à adopter ces technologies. La conception et la fourniture de services en langues locales peuvent aussi faciliter l’accès à de plus grands nombres d’utilisatrices. En outre, passer du système SMS au système IVR (réponse vocale interactive) pour simplifier les contenus suscite aussi l’intérêt des utilisatrices. Enfin, la mobilisation des réseaux de pairs peut encourager et accélérer l’adoption des technologies par celles-ci. 4. Coût des services numériques Nos projets ont montré que les femmes sont nombreuses à adopter les services numériques quand ceux-ci sont subventionnés, ce qui nous conforte dans notre opinion qu’elles sont plus réceptives aux innovations. Lorsque les subventions cessent et que les services prennent une nature plus commerciale, le pourcentage d’utilisatrices diminue. Ce constat montre clairement que le coût des services numériques est un obstacle à leur utilisation permanente.
SWETHA TOTAPALLY Tout est question de volonté Swetha Totapally, Dalberg Advisors Il est plus que nécessaire de combler l’écart entre les sexes dans le secteur de l’agriculture. Bien qu’elles représentent 40 à 50% de la population paysanne d’Afrique subsaharienne, les femmes sont désavantagées en matière d’accès à tous les outils qui contribuent à favoriser une participation équitable et la récupération des plus-values sur les marchés agricoles. Cet accès inégal a de lourdes conséquences  : dans l’agriculture, les femmes sont sous-représentées dans les emplois qualifiés et bien rémunérés. En outre, les ménages dirigés par une femme ont une productivité et des revenus moindres que ceux des ménages dirigés par un homme. En théorie, les solutions digitales pour l’agriculture (D4Ag) pourraient faciliter l’accès à ces outils et entraîner des retombées pour les agricultrices. Pourtant, comme le souligne Sabdiyo Dido du CTA dans son blog, nous sommes encore loin d’exploiter pleinement ce potentiel. L’étude que nous avons réalisée avec le CTA sur la digitalisation de l’agriculture africaine a révélé que seuls 25% des utilisateurs de solutions D4Ag sont des femmes. Actuellement, le débat se concentre principalement sur deux explications corrélées  : les femmes ne disposent pas d’un accès suffisant à des appareils et outils numériques ; même si cet accès est suffisant, elles rencontrent bien plus de difficultés que les hommes en matière d’alphabétisation générale et numérique. Notre secteur néglige un autre élément  : la volonté explicite de se mettre au service des femmes. La réalité, c’est que l’univers des solutions D4Ag et celui des questions hommes-femmes ne se recoupent pas suffisamment  : Les entreprises de solutions D4Ag se concentrent sur la création d’un modèle commercial efficace. Ces entreprises estiment que, si elles se focalisaient exclusivement sur les femmes, cela compliquerait leur travail. Tant que les entreprises commerciales n’auront pas choisi de se mettre au service des femmes et de les considérer comme une clientèle sérieuse à long terme, il est peu probable que des changements significatifs se produisent en matière d’accès à ces solutions. Les investisseurs n’incitent pas les entreprises à opérer ce changement et rares sont les donateurs qui font de l’égalité entre les sexes une priorité en termes de solutions digitales Sondage La digitalisation réduit-elle les inégalités hommes-femmes dans l’agriculture ? Oui Non 31% 69% pour l’agriculture. Il s’agit là d’une occasion manquée  : sans l’attention des donateurs et sans hiérarchisation des priorités, il est peu probable que les entreprises commerciales opèrent elles-mêmes ce changement. Combler cet écart de volonté est une première étape visant à aider les femmes à embrasser les solutions digitales pour faciliter leurs activités agricoles. Nous pouvons relever ce défi et les donateurs peuvent se mettre au service des femmes comme ils le font pour les petits exploitants agricoles. De même, ils peuvent contribuer à réduire le coût des activités des entreprises en augmentant le délai pour les investissements dans les organisations qui donnent la priorité aux femmes, en développant des données ventilées par sexe, en finançant des études spécifiques sur la manière dont les femmes souhaiteraient utiliser des solutions digitales en agriculture, en favorisant le recours aux vulgarisateurs en plus de solutions numériques, et en aidant les entreprises D4Ag à établir un lien entre elles et leurs partenaires locaux spécialisés dans la problématique de la parité hommes-femmes. Pour résorber cette fracture, les donateurs devront modifier leur façon de travailler sur le plan interne et hiérarchiser différents paramètres et critères de réussite. Autres débats Visitez les pages opinion sur le site de Spore pour lire l'avis d'un troisième spécialiste sur le sujet. Un nouveau débat est mis en ligne tous les mois. https://spore.cta.int/fr/opinions SPORE 194 45



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