Spore n°178 oct/nov 2015
Spore n°178 oct/nov 2015
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°178 de oct/nov 2015

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Centre technique de coopération agricole et rurale

  • Format : (210 x 275) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2 Mo

  • Dans ce numéro : une clientèle de proximité.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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DOSSIER La création en 2015 du plus grand marché libre d’Afrique, la Zone de libre-échange tripartite (ZLET), fait naître de grands espoirs pour le commerce agricole régional. Pourtant, dans tous les pays ACP, la politique commerciale régionale tarde à être mise en œuvre, et plus encore à susciter l’essor des échanges. Alors qu’en Europe, les exportations se font pour 70% entre les pays de la région et que, dans l’Asie en développement, ce chiffre s’élève encore à 50%, le commerce régional représente seulement 11% en Afrique, 20% en Amérique latine et aux Caraïbes, moins de 4% dans les pays insulaires d’Océanie. Audelà des accords, beaucoup reste à faire, à commencer par un engagement réel auprès des agro-entreprises, au service de leurs besoins. La ZLET, convenue à Charmel-Cheikh en juin 2015, a été lancée simultanément au Sommet de l’Union africaine à Johannesburg. Ce double coup d’envoi était particulièrement bienvenu, puisque l’Égypte et l’Afrique du Sud représentent les limites nord et sud de la zone, dont elles sont les deux économies les plus puissantes. La ZLET regroupera les trois plus grandes communautés économiques du continent – la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE), la Communauté de développement de l’Afrique australe (CDAA) et le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA) – en un marché intégré de 600 millions de personnes, représentant une production de mille milliards d’euros. Ses architectes espèrent que la ZLET portera le commerce intra-régional à 30% des exportations africaines (contre 11% actuellement). Toutefois, 26 parlements africains doivent encore approuver l’accord, et ces prévisions prometteuses ne suffiront peut-être pas à emporter leur adhésion. Outre deux pays parmi les plus riches d’Afrique, la zone ZLET englobe aussi quelques-uns des plus pauvres  : les petites économies locales, qui ont peu à exporter, pourraient Une alliance sans frontières Les négociants ouest-africains doivent s’acquitter de frais de transport parmi les plus élevés au monde. Pour défendre tous ceux qui subissent les prélèvements, taxes, retards et éventuels pots-de-vin aux postes frontière, l’Alliance Borderless travaille depuis 2011 avec 79 membres du secteur privé intervenant sur les chaînes d’approvisionnement de la région, dont des agriculteurs, des commerçants, des transitaires et des responsables d’autorités portuaires. En collaboration avec le Centre ouestafricain pour le commerce de l’USAID, l’organisme a mis en place des points d’information à six 14 SPORE 178 OCTOBRE-NOVEMBRE 2015 postes frontière afin de conseiller les parties intéressées au sujet des accords régionaux, qui restaient mal compris bien qu’ils aient été institués pour rationaliser les procédures. Les dédouanements à ces postes frontières se sont en moyenne accélérés de 27%. L’Alliance s’est également attaquée à l’inefficacité des transports. En 2015, elle a obtenu de la police ghanéenne l’adoption d’une directive visant à interdire l’arrêt des camions le long du corridor Tema-Paga et a organisé des ateliers de professionnalisation du camionnage au Ghana et au Mali. L'agrobusiness va jouer un rôle central dans le développement du commerce régional, qui ne représente aujourd'hui que 11% en Afrique contre 70% en Europe et 50% dans l'Asie en développement.
G Guercia ne pas être très enclines à s’ouvrir davantage à la concurrence. Au Sommet de Johannesburg, les chefs d’État de l’UA ont aussi entamé d’ambitieuses négociations visant à mettre en place une zone de libre-échange continentale. Celle-ci devrait voir le jour dans seulement deux ans, bien qu’elle regroupe deux fois plus de pays que la ZLET. Selon la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, un accord de ce type accélérerait la croissance du commerce intra-régional de 52% en quelques années – à condition d’être soutenu, point capital, par une amélioration des infrastructures et la levée d’autres obstacles aux échanges. Unis sur le papier Dans les Caraïbes, le libre-échange intra-régional existe déjà au sein du marché commun de la CARICOM, prolongement de l’Association de libre-échange des Caraïbes, créée dans les années 1960. Dans le Pacifique, après l’accord passé dans les années 1990 entre les îles Fidji, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les îles Salomon et le Vanuatu, un traité de libre-échange plus large, l’Accord commercial des pays insulaires du Pacifique, a été signé par 14 États en 2001. Néanmoins, seuls six des pays signataires se sont jusqu’à présent montrés prêts à échanger dans ce cadre, aussi l’impact du traité reste-t-il difficile à percevoir. Dans les 14 blocs commerciaux d’Afrique, qui se chevauchent et dont certains ont plus d’un siècle d’existence, on constate une même apathie dans la mise en œuvre. L’Union douanière d’Afrique australe, toujours en vigueur, est la communauté économique la plus ancienne. À l’heure actuelle, c’est la CAE qui semble à la pointe de l’intégration régionale. Depuis sa renaissance en 2000, elle s’est rapidement efforcée de mettre en place un marché commun (opérationnel aujourd’hui), une union monétaire (en passe d’aboutir) et même une fédération à part entière (dont la concrétisation est sans doute plus lointaine). L’un de ses membres, le Rwanda, s’approvisionne ainsi dans la région pour 60% de ses importations alimentaires. Néanmoins, même dans les régions théoriquement intégrées, de nombreux obstacles entravent l’application réelle des accords. Les États s’inquiètent de devoir abandonner leur souveraineté ainsi que des sources de revenus, sont écartelés entre leurs appartenances à plusieurs groupes (la plupart des pays africains sont membres d’au moins deux blocs commerciaux) et se rendent de plus en plus compte que le libre-échange peut produire des perdants aussi bien que des gagnants. Dans le même temps, le commerce agricole – pour l’essentiel informel et à petite échelle – rencontre de nombreux obstacles. Les différences entre les normes de qualité et les politiques commerciales demeurent importantes ; la traversée des frontières et le dédouanement restent Un modèle de réussite DOSSIER Pour les entreprises agroalimentaires des petits pays insulaires, il est indispensable de réaliser des économies d’échelle pour rentabiliser le commerce régional. Un facteur encore plus contraignant concerne la faible fréquence du fret maritime ou aérien. Pour surmonter ces difficultés, Baron Foods Limited, entreprise caribéenne créée en 1991 et produisant actuellement plus de 150 condiments, sauces et boissons gastronomiques primés, possède des usines à Sainte Lucie et à la Grenade. Elle met actuellement en place un pôle commercial à la Trinité pour le marché régional et international. L’entreprise exporte ses produits vers les marchés du monde entier ainsi que vers toutes les îles des Caraïbes ; 45% des ventes annuelles, soit plus de 55 millions d’euros, ont lieu dans la région. « La Trinité a l’avantage de permettre des économies d’échelle. Les coûts de production devraient être moins élevés à long terme et il y a davantage de compagnies maritimes, ce qui offre de meilleures possibilités d’échanges commerciaux », explique le directeur général de l’entreprise, Chris Persaud. lents et périlleux ; enfin, les niveaux de production des produits agricoles demandés ne correspondent pas nécessairement aux exigences du marché. Les échanges régionaux ne se mettront en place que si les pays cultivent les produits dont leurs voisins ont besoin et s’intéressent aux denrées que ceux-ci produisent. C’est un véritable défi dans le Pacifique, où les îles cultivent toutes un même ensemble restreint de produits agricoles et importent le reste de pays plus lointains. Les mêmes limites s’observent en Afrique, où les exportations se concentrent sur un petit nombre de produits. Des agro-entreprises à caractère régional Dans l’ensemble des pays ACP, les entreprises et les initiatives visant à dynamiser les marchés sont légion et ouvrent des perspectives d’exploitation de niches régionales. Les agro-entreprises joueront un rôle déterminant pour façonner les marchés. Étant donné le caractère restreint des échanges régionaux à l’heure actuelle et le nombre de marchés de niches minuscules restant à occuper, c’est un secteur où l’investissement ciblé peut donner d’excellents résultats. Par exemple, le Fonds africain pour le commerce a alloué en mars 2015 une enveloppe de 1,25 million d’euros à des projets de développement commerciaux dont les premiers concerneront le miel en Zambie et la noix de cajou dans plusieurs autres pays. Le fonds a choisi ces produits pour les perspectives qu’ils offrent sur les chaînes de valeur mondiales, mais aussi pour leur potentiel commercial en Afrique même. En fait, sucre, mélasses et miel représentent ensemble la 15 OCTOBRE-NOVEMBRE 2015 SPORE 178 15



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