Siyonaj n°4 oct/nov 2011
Siyonaj n°4 oct/nov 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°4 de oct/nov 2011

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Association Siyonaj

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 40

  • Taille du fichier PDF : 6,7 Mo

  • Dans ce numéro : la Miss des Miss... Corinne Coman.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Depuis 3 ans, Fabrice Tél est conseiller Info Énergie à Grand Camp. Ce poste a été créé par le CLCV (Consommation logement cadre de vie), association de consommateurs, co-financé par l’Ademe, EDF, et la Région. A 34 ans, Fabrice Tél défend passionnément l’énergie renouvelable car, pour lui, le constat écologique en Guadeloupe est dramatique. SIYONAJ MAGAZINE - P.26 oct- nov 2011 « Nous gaspillons trop d’énergie en Guadeloupe ! » Siyonaj : Quelles sont vos missions ? Fabrice Tél : Je conseille, informe et oriente les particuliers gratuitement sur toutes les problématiques de l’énergie : de la facture EDF jusqu’au bon choix des matériaux. Je dois bien sûr avoir un regard objectif sur tous les conseils prodigués. Je fais aussi des conférences-débat à la demande pour les collectivités et les associations. Siyonaj : Où en est aujourd’hui la consommation de l’énergie en Guadeloupe ? Fabrice Tél : Au niveau mondial, depuis 2004, tous les pétroliers s’accordent à dire que d’ici 2025, ils ne pourront plus assurer la production actuelle de pétrole. La seule dissension entre eux concerne la date : certains disent que ce serait plutôt 2015. Le charbon ? L’Europe possède seulement des mines de charbon rentables en Angleterre et en Pologne. Si la France coule, la Guadeloupe coule car nous ne développons pas suffisamment de ressources : notre île dépend à 98% d’énergie fossile, c’est-à-dire du charbon et du pétrole. Et seulement 2% d’écologie renouvelable. Nous sommes donc complètement dépendants de l’extérieur. Alors que fait-on ? Mon discours est par conséquent à contresens des médias et des élus : réaliste. Pourtant, nous avons beaucoup de ressources : l’éolien et le solaire dont on parle beaucoup mais aussi la géothermie et la bagasse (reste de la canne utilisé en tant que combustible), utilisée pendant 3 mois, en période de récolte cannière à l’usine du Moule. Nous gaspillons trop d’énergie en Guadeloupe. SJ : Comment gaspille-t-on trop d’énergie en Guadeloupe ? Fabrice Tél : Je me dis qu’il y a un gros problème quand je vois des personnes acheter des oranges qui viennent du Pérou ou d’Amérique du Sud. Avec le LKP, nous sommes revenus vers la consommation locale mais les dérives ont repris de plus belle vers la consommation à outrance… L’énergie est liée à l’économie et très peu de personnes en ont conscience. Si nous continuons ainsi, les métiers qui ont besoin de pétrole, comme les pêcheurs ou transporteurs, vont disparaître. Avec quel carburant vont-ils pouvoir travailler ? Et que va vendre le restaurateur en Guadeloupe sans poisson ? Les gens pensent que notre société actuelle de surconsommation va perdurer mais ils se trompent : nous allons au devant de graves problèmes énergétiques. Quel touriste ira louer un véhicule si l’essence est très chère ? Plus personne n’ira à Basse-Terre… Nous avons ensuite deux gros problèmes : le chauffe-eau électrique et la climatisation, tous deux consommant respectivement 1/3 de votre facture d’électricité, parce que bien souvent mal montés, mal dimensionnés et mal entretenus. C’est valable également en entreprise : on gaspille trop d’énergie. Il faut se mettre dans la tête que plus on consomme, plus on pollue. Siyonaj : L’énergie électrique peut elle être source de pollution ? Fabrice Tél : Complètement. Je vous donne un exemple : EDF produit de l’énergie électrique avec des moteurs diesels de la taille d’un immeuble de deux étages. Chaque moteur diesel consomme 4 tonnes de fioul par an. Et il y a 8 moteurs… Plus le moteur tourne, plus il dégage du CO2 et développe du gaz à effet de serre. Chaque année nous dégageons 4 millions de tonnes de CO2 par an uniquement avec l’usage électrique, c’est-à-dire 4 tonnes par habitant. Et je ne parle même pas des voitures, surtout les grosses, puissantes. La situation écologique est très préoccupante en Guadeloupe : le climat qui change nous le prouve, comme toute cette pluie en 2011. INFO ÉNERGIE
, Siyonaj : Comment peut-on lutter ? Fabrice Tél : C’est difficile. Des campagnes sont menées mais la plupart des gens pensent que ce n’est pas grave, qu’on n’a qu’à trouver des solutions magiques. Ils veulent faire des efforts seulement si les industriels en font, et sans que cela nuise à leurs habitudes. Il nous faut tout revoir. Le monde de demain sera différent de celui d’aujourd’hui. De toutes les façons, on sera touchés de plein fouet puisque notre économie est directement liée à l’énergie. Il faut donc changer radicalement les comportements. Tout ce qui nous paraît facile aujourd’hui sera bientôt très compliqué. On est à un stade où l’Etat doit imposer des choses, comme pour l’augmentation du prix de la cigarette. Avec une énergie plus chère, nous consommerions moins mais mieux. Il faut prendre le taureau par les cornes et anticiper car de toutes les façons, nous y allons. Les politiciens doivent également planifier sur le long terme, pour nous, nos enfants : faire des programmes sur 15-20 ans et non 4-5 ans. Siyonaj : Comment en êtes-vous arrivé à cette réflexion ? Fabrice Tél : Je n’étais pas particulièrement sensible à ces questions au départ. J’ai un BTS en maintenance industrielle ! Mais j’ai fait la rencontre de M. Favand qui m’a littéralement ouvert l’esprit. A l’époque, il avait mis en place un BAC +2 Cesame (créateur d’entreprise en énergie solaire appliquée, maîtrise de l’énergie et maîtrise de l’environnement). Cela m’a tout de suite intéressé. Il y avait des cours théoriques et des cours pratiques. Nous avions mis en place, par exemple, un mécanisme pour gérer les déchets thermiques. J’allais également à beaucoup de conférencesdébat. Ensuite, en 2005, j’ai préparé une licence Génie Climatique et un master en Communication et Information Environnement par alternance. Mais la licence a dû fermer car il n’y avait aucun débouché. Je suis un des rares à être resté dans l’énergie. Les autres diplômés sont soit partis en France ou à l’étranger, soit ils ont carrément changé de voie pour pouvoir rester ici : l’un est mécanicien, l’autre infirmier. Siyonaj : Quelles ont été les difficultés rencontrées ? Fabrice Tél : Au niveau des communes, c’est compliqué et les particuliers n’ont pas la notion de l’énergie. Nous avons lancé une campagne depuis 6 mois et cela va un peu mieux mais tout reste à faire ! Mon tort est de vouloir ouvrir une permanence dans les mairies alors qu’il faudrait que j’aille chez les gens, car eux ne viennent pas à l’information. Siyonaj : Qu e d i r e a u x j e une s qui ai me r ai en t s e l a n c e r ? Fabrice Tél : l’environnement, c’est l’avenir ! Il y a de réelles opportunités pour ceux qui veulent créer des déchetteries, de l’énergie et le traitement de l’eau. Le potentiel est là, mais il faut avoir les reins solides pour trouver les fonds et justifier les projets afin qu’ils soient pérennes. Quand on est dans l’environnement, l’eau et l’énergie, il faut être convaincu de ce qu’on fait. Cela peut même pallier au diplôme. Beaucoup lire, se tenir informé, ne pas rester sur ses acquis, assister à des conférences et être dynamique, sont mes conseils pour travailler dans ce domaine, mais rien ne pourra remplacer votre passion de protéger la terre. Céline Guillaume SIYONAJ MAGAZINE - P.27 oct - nov 2011



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