Science & Santé n°44 sep/oct/nov 2019
Science & Santé n°44 sep/oct/nov 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°44 de sep/oct/nov 2019

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Institut national de la santé et de la recherche médicale

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 13,5 Mo

  • Dans ce numéro : dépasser l'incertitude.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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8 Insermle magazine #44 SYSTÈME IMMUNITAIRE Nos soldats ne travaillent pas qu’au front Pour se défendre des ennemis extérieurs, notre corps dispose d’une armée de cellules  : le système immunitaire. La fonction de ces cellules ne se limite pas à la neutralisation des ennemis. Certaines tiennent aussi un rôle plus discret. Notre système immunitaire est une machine de guerre complexe. Deux pelotons principaux se battent au front contre les ennemis de notre organisme  : les lymphocytes B, qui détruisent les agents pathogènes en produisant des nuées d’anticorps, et les lymphocytes T, qui neutralisent directement les cellules infectées par un pathogène. Mais avant d’être prêtes pour la bataille, ces cellules entrent en interaction avec de nombreuses autres, qui contrôlent leur différenciation, leur activation, leur migration… Parmi les cellules indispensables à l’activation des lymphocytes B, on trouve les cellules T folliculaires auxiliaires (ou Tfh). Mais elles aussi doivent interagir avec d’autres cellules qui modulent leur activité. « Le mécanisme était connu chez les souris, mais nous savions qu’il pouvait ne pas être exactement similaire chez l’humain, qui ne possède pas les mêmes éléments activateurs », explique Élodie Segura, chargée de recherche InsermÉlodie Segura  : unité 932 Inserm/Institut Curie/Université Paris Descartes, Immunité et cancer 2M. Durand et al. Journal of Experimental Medicine, 9 mai 2019 ; doi  : 10.1084/jem.20181994 actualités c’est fondamental Macrophages humains (roses) pénétrant dans une matrice extracellulaire (vert) k à l’institut Curie, qui a dirigé ces travaux. Et en effet, son équipe a mis en lumière des disparités avec les rongeurs, révélant le rôle majeur de deux acteurs de la réponse immunitaire  : les macrophages, sorte d’éboueurs de l’organisme, et les cellules dendritiques de type 2, spécialisées dans le déclenchement de la réponse immunitaire et la tolérance envers nos propres cellules. Pour cela, les chercheurs ont réalisé deux séries d’expériences, in vitro, puis in situ. Dans un premier temps, ils ont purifié tous les types de cellules suspectées de jouer un rôle et présentes dans l’amygdale humaine, une de nos usines à lymphocytes  : trois sortes de cellules dendritiques et les macrophages. Puis ils ont observé leurs interactions avec les Tfh in vitro. Cette première étape a ainsi permis de constater que seuls les cellules dendritiques de type 2 et les macrophages pouvaient activer des Tfh. « C’était une surprise concernant les macrophages, commente la spécialiste, car chez les souris, ils n’expriment pas les éléments nécessaires à la communication avec les cellules T auxiliaires. » Afin de confirmer la fonction de ces découvertes, les chercheurs ont procédé à des observations microscopiques in situ  : « Grâce à des marquages, nous avons pu voir où se situaient les macrophages et les cellules dendritiques au sein de l’amygdale  : les premiers étaient localisés dans la zone riche en lymphocytes B tandis que les cellules dendritiques de type 2 se trouvaient dans la zone riche en lymphocytes T. » Or, ces emplace- Inserm/Renaud Poincloux Inserm/Thomas Walter ments sont révélateurs de leur rôle dans l’activation des Tfh  : dans un premier temps, les cellules dendritiques activent la différenciation des cellules T naïves, qui se transforment en Tfh, puis contrôlent leur migration vers la zone riche en lymphocytes B. Là, les Tfh sont prises en charge par les macrophages qui achèvent leur différenciation. Elles sont alors prêtes à interagir avec les lymphocytes B. Si ces travaux participent à la compréhension globale du système immunitaire, ils ont aussi une portée clinique importante. « Les vaccins efficaces sont ceux qui permettent la production d’anticorps protecteurs, et donc l’activation des lymphocytes B et des Tfh, souligne Élodie Segura. Nos travaux montrent que pour améliorer leur efficacité, les cellules dendritiques de type 2 et les macrophages sont des cibles à explorer. » Bruno Scala Dans cette amygdale humaine, les cellules Tfh (bleu) se forment dans la zone riche en lymphocytes T (gris clair), puis migrent dans la zone riche en lymphocytes B (gris foncé), où les macrophages (rose) achèvent de les différencier. k
CANCER DE LA PROSTATE Une protéine détermine son agressivité Le cancer de la prostate peut s’avérer très agressif. Des travaux avaient montré que la protéine PGC1α était un marqueur de cette agressivité  : son abondance est associée à un bon pronostic, son absence au développement de métastases. L’équipe de Frédéric Bost, au Centre méditerranéen de médecine moléculaire de Nice vient de découvrir pourquoi. D’une part, cette protéine inhibe l’expression de gènes qui favorisent la survenue de cancer. D’autre part, elle contrôle la voie de synthèse des polyamines, molécules liées au processus de croissance des cellules cancéreuses, que l’on retrouve notamment dans l’alimentation. Ces résultats obtenus in vitro ont été confirmés par des observations de tumeurs de patients  : la teneur en PGC1α était en effet corrélée à la sévérité du cancer. Ces découvertes confirment par ailleurs qu’un régime pauvre en polyamines pourrait aider à améliorer le pronostic. B. S. Frédéric Bost  : unité 1065 Inserm/Université Nice Sophia Antipolis 2L. Kaminski et al. Cancer Res., 7 mai 2019 ; doi  : 10.1158/0008-5472.CAN-18-2043 k Le pronostic du cancer de la prostate (ici, cellules cancéreuses) pourrait être amélioré par un régime pauvre en polyamines. Métabolisme Une enzyme « recycleuse » décryptée Adénine phosphoribosyltransférase. Derrière ce nom à rallonge se cache une enzyme. Plus simplement appelée APRT, elle est impliquée dans le recyclage des purines, une famille de composés qui comprend notamment l’adénine, une des briques constituant l’ADN. Les mécanismes moléculaires sous-jacents à ce recyclage viennent d’être décrits en détail par la plateforme Analyse moléculaire et structurale de l’Insermà Paris dirigée par Pierre Nioche. Ces travaux représentent une première étape dans le développement de potentiels traitements contre des maladies parasitaires. En effet, certains parasites détournent le recyclage des purines à leur profit. C’est par exemple le cas de Leishmania donovani qui provoque la Annie Cavanagh VIH Inactiver les cibles du virus Pour qu’un virus infecte les cellules qu’il cible, encore fautil qu’elles soient vulnérables. Le VIH cible notamment les lymphocytes T, un des principaux acteurs de notre système immunitaire. Ainsi l’organisme des personnes infectées est incapable de se défendre contre les attaques extérieures. Toutefois, le VIH s’attaque préférentiellement aux lymphocytes T lorsqu’ils sont en période de haute activité métabolique. Or ces phases nécessitent une importante consommation d’énergie, apportée notamment par le glucose et un acide aminé, la glutamine. Les travaux dirigés par Cédric Mongellaz et Naomi Taylor, de l’Institut de génétique moléculaire de Montpellier, ont montré que l’utilisation de l’un ou l’autre de ces deux nutriments n’était pas équivalente et modifiait la sensibilité de lymphocytes T humaines aux premières étapes de l’infection par le VIH. Ces chercheurs ont ainsi montré qu’en contrô- leishmaniose viscérale, une maladie mortelle caractérisée par une fièvre, une anémie et une infection de la rate et du foie. Les chercheurs ont aussi montré comment cette enzyme se lie à ses cibles. Ce résultat pourrait permettre de développer des molécules cibles, qui une fois transformées par APRT, réagiraient avec certaines kinases, des enzymes dont l’activité réduite déclenche NIAID Institut Pasteur lant l’apport du glucose et de la glutamine, il est possible de bloquer ou faciliter cette infection, ouvrant la voie à un angle d’attaque inédit contre le VIH. B. S. Cédric Mongellaz, Naomi Taylor  : UMR 5535 CNRS/Université de Montpellier 2I. Clerc et al. Nat Metab., 12 juillet 2019 ; doi  : 10.1038/s42255-019-0084-1 La métabolisation de la glutamine est le facteur principal régulant la prolifération des lymphocytes T (ici infectés par le VIH). k k Insermle magazine #44 9 Le parasite Leishmania donovani de façon précoce la maladie de Parkinson. S. P.Pierre Nioche  : unité 1124 Inserm/Université Paris Descartes, Toxicité environnementale, cibles thérapeutiques, signalisation cellulaire et biomarqueurs 2M. Ozeir, J. Huyet et al. J Biol Chem., 3 juin 2019 ; doi  : 10.1074/jbc.RA119.009087t.



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