Science & Santé n°44 sep/oct/nov 2019
Science & Santé n°44 sep/oct/nov 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°44 de sep/oct/nov 2019

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Institut national de la santé et de la recherche médicale

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 13,5 Mo

  • Dans ce numéro : dépasser l'incertitude.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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6 Insermle magazine #44 ALCOOL La mémoire trinque encore « C’est le trou noir. » Sans doute avez-vous déjà entendu ces paroles le lendemain d’une soirée un peu trop arrosée, par quelqu’un qui dit n’avoir aucun souvenir de la veille. Un phénomène aujourd’hui enfin mieux compris. Le binge drinking est défini, selon l’OMS, par « la consommation d’au moins 5 verres d’alcool lors d’une occasion ». Et pour certains bien davantage… Seulement, cette consommation excessive peut atteindre notre précieux hippocampe, le siège de la mémoire dans le cerveau, et entraîner des amnésies. Certains adolescents qui banalisent cette pratique sont particulièrement vulnérables, étant donné que leur cerveau n’a pas encore terminé sa maturation. C’est sur ce réel problème de santé publique que le groupe de recherche de l’Insermsur l’alcool et les pharmacodépendances dirigé par Mickael Naassila à Amiens a enquêté dès 2015. Les chercheurs ont administré à deux reprises un épisode de binge drinking à des rats jeunes adultes afin d’obtenir une alcoolémie comparable à celle mesurée chez les jeunes qui arrivent aux urgences après une soirée arrosée. Ils ont ainsi mis en évidence que, 48 heures après, leur capacité d’apprentissage était affectée. Au même moment, un mécanisme neuronal, la dépression synaptique à long terme (DLT) qui permet la plasticité synaptique, est abolie dans l’hippocampe. Cette plasticité correspond à la capacité des neurones à modifier les connexions qu’ils ont établies entre eux – les synapses – pour permettre les processus de mémorisation et d’apprentissage. Des travaux récemment publiés ont permis k Étude électrophysiologique au microscope d’une tranche de l’hippocampe d’un rat adolescent (âgé de 30 à 40 jours) actualités c’est fondamental à Ichrak Drissi et Olivier Pierrefiche, son directeur de thèse au sein du laboratoire amiénois, d’aller encore plus loin. « La question qui se posait était  : pourquoi ces pertes de mémoire ne se produisent que 48 heures après, alors que l’alcoolémie est retombée à zéro depuis longtemps ? En fait, nous cherchions un acteur responsable de ces défauts d’apprentissage », explique Olivier Pierrefiche. Pour l’identifier, ils se sont penchés sur une famille d’enzymes responsables des mécanismes épigénétiques, autrement dit les processus qui régulent l’activité des gènes sans changer la séquence de l’ADN. Certaines débobinent ou rembobinent en effet l’ADN et régulent ainsi l’expression du génome. En inhibant l’enzyme nommée « histone désacétylase », par du butyrate de sodium avant la prise d’alcool, ils ont constaté qu’aucune perte de mémoire n’était Inserm/Patrice Latron observée et que la DLT n’était pas affectée. Il restait cependant à mettre en lumière les maillons de la chaîne qui relient ces mécanismes épigénétiques à l’altération de la mémoire. Les deux chercheurs ont donc étudié le récepteur NMDA, présent à la surface des synapses et composé de plusieurs sous-unités. Son rôle est primordial car il est responsable des processus neuronaux à la base de l’apprentissage, notamment la plasticité synaptique. Ainsi, 48 heures après les deux épisodes de binge drinking, la production de GluN2B, une des sous-unités du récepteur NMDA, augmente. « L’alcool, en modifiant les processus épigénétiques, altère la composition du récepteur NMDA, empêchant ainsi la DLT de se produire, et donc les processus de mémorisation, décrit Olivier Pierrefiche. Ces mécanismes, assez longs, expliquent le délai entre la consommation d’alcool et les troubles de la mémoire. » Et c’est là que le butyrate de sodium, la fameuse molécule qui inhibe les mécanismes épigénétiques, devient intéressant. « En effet, il permettrait de prévenir cette cascade d’effets neurologiques néfastes dans des cas d’addictions à l’alcool. C’est en tout cas un bon candidat pour de futurs essais précliniques3 », conclut Olivier Pierrefiche. Claire Gruau k Coupe d’hippocampe de rat 4Étude préclinique. Étude d’un futur médicament réalisée sur des modèles non humains (animaux, cellules) Mickael Naassila, Olivier Pierrefiche  : unité 1247 Inserm/Université de Picardie Jules-Verne Ichrak Drissi  : Cambridge Institute for Medical Research, University of Cambridge, Cambridge biomedical campus, Angleterre 2I.Drissi et al. Addict Biol., 6 mai 2019 ; doi  : 10.111/adb.12760 Inserm/UMR 1247/GRAP/C. Vilpoux
Saloua Takhlidjt DIABÈTE Un neuropeptide régule le glucose L'équipe Insermde Nicolas Chartrel de l’université de Rouen étudie depuis de nombreuses années un neuropeptide appelé 26RFa. Produit par des neurones de l’hypothalamus, cette molécule est impliquée dans le contrôle du comportement alimentaire. 26RFa se trouve aussi en abondance dans la paroi du système digestif où, d’après les récents travaux de ces chercheurs, il participe à la régulation du taux de sucre dans le sang. Si celui-ci est trop élevé – on parle d’hyperglycémie – ce peptide Les femmes enceintes et leur fœtus sont particulièrement vulnérables au paludisme dû à Plasmodium falciparum. En cause, une accumulation au niveau du placenta de globules rouges infectés par ce parasite qui limite les échanges entre la mère et son futur enfant. L’équipe Insermde Benoît Gamain à l’Institut national de la transfusion stimule en effet la sécrétion d’insuline, une hormone qui permet de réduire ce taux de glucose. De plus, 26RFa augmente la sensibilité des cellules à cette hormone. L’équipe a par ailleurs observé une altération significative de l’action de ce neuropeptide sur le taux de glucose de souris obèses en situation d’hyperglycémie. Des résultats qui suggèrent que 26RFa pourrait jouer un rôle dans la réduction de la sensibilité des cellules à l’insuline observée chez les diabétiques. S. P.Nicolas Chartrel  : unité 1239 inserm/Université de Rouen, Différenciation et communication neuronale et neuroendocrine 2G. Prévost et al. Am J Physiol Endocrinol Metab., 1er juillet 2019 ; doi  : 317(1):E147–E157 Îlots pancréatiques montrant la forte baisse d’expression du récepteur du 26RFa (en brun) chez les souris obèses et hyperglycémiques Paludisme gestationnel Comment libérer le placenta k sanguine à Paris vient de décrypter ce mécanisme essentiellement provoqué par une protéine parasitaire présente à la surface des globules rouges infectés  : VAR2CSA. Les chercheurs ont notamment montré que l’adhérence de ces derniers aux cellules du placenta dépendait d’une modification de certains acides aminés de Cancer Le parcours semé d’embûches des métastases Pour qu’une tumeur cancéreuse produise des métastases, des cellules doivent s’en détacher, migrer via la circulation sanguine, s’arrêter et en sortir, puis se développer dans un nouvel organe. L’arrêt et la sortie (extravasation) sont des étapes cruciales. L’équipe de Jacky G. Goetz, du laboratoire Immunologie et rhumatologie moléculaire à Strasbourg avait notamment découvert que si le flux sanguin est trop fort, les cellules cancéreuses ne peuvent pas s’arrêter, et s’il est trop faible, la paroi des vaisseaux sanguins ne peut pas être remodelée pour permettre l’extravasation. Elle s’est cette fois-ci intéressée à l’adhésion des cellules cancéreuses à la paroi des vaisseaux. Ses travaux, menés sur des embryons de poissons zèbres, indiquent qu’elle se déroule en deux étapes  : une adhésion faible à activation rapide, puis une adhésion forte, indispensable à l’extravasation, mais qui nécessite davantage cette protéine. L’action d’une enzyme, une phosphatase, qui élimine ces modifications dénommées « phosphoryles », réduit en effet drastiquement cette adhérence. Une lignée de parasites génétiquement modifiés pour exprimer une protéine VAR2CSA dépourvue de ces groupes phosporyles a par ailleurs confirmé ces résultats. Des k Insermle magazine #44 7 d’énergie. Les protéines liées à l’adhésion forte des cellules cancéreuses apparaissent ainsi comme une cible possible pour lutter contre le développement des métastases. B. S. Jacky G.Goetz  : unité 1109 Inserm/Université de Strasbourg 2G. Follain et al. Dev Cell, 9 avril 2018 ; doi  : 10.1016/j.devcel.2018.02.015 2N. Osmani et al. Cell Reports, 3 septembre 2019 ; doi  : 10.1016/j.celrep.2019.07.102 travaux qui pourraient contribuer au développement d’un vaccin destiné à protéger mère et enfant de ce dangereux parasite. S. P.Benoît Gamain  : unité 1134 Inserm/Université Paris Diderot/Université de la Réunion/Université Antilles-Guyane/Institut national de la transfusion sanguine, Biologie intégrée du globule rouge 2D. Dorin-Semblat et al. PLoS Biology, 10 juin 2019 ; doi  : 17(6):e3000308 Naël Osmani/Ignacio Busnelli Les cellules à fort potentiel métastatique (en bas) possèdent des capacités adhésives plus élevées que des cellules nonmétastatiques (en haut). Ce mécanisme favorise l’extravasation (rouge) et l’établissement de foyers métastatiques.



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