Science & Santé n°44 sep/oct/nov 2019
Science & Santé n°44 sep/oct/nov 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°44 de sep/oct/nov 2019

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Institut national de la santé et de la recherche médicale

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 13,5 Mo

  • Dans ce numéro : dépasser l'incertitude.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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28 Insermle magazine #44 une mère a été exposée à du bisphénol A, par exemple. En tant que chercheurs nous ne pouvons doser la substance que de manière ponctuelle – une fois pendant la grossesse, ou à l’occasion de l’accouchement. » Or ces mesures n’ont pas grande valeur, d’autant plus que la demi-vie3 du bisphénol A n’est que de quelques heures. Les prélèvements ne sont que des indicateurs, ils constituent un très mauvais reflet de l’exposition véritable. Autre difficulté  : l’intervalle de temps entre l’exposition à une substance néfaste et la manifestation d’un problème de santé – les signes d’un neurodéveloppement altéré chez l’enfant par exemple – peut être considérable. « Il peut s’écouler des années, voire des dizaines d’années, entre l’exposition et la manifestation clinique des effets. De plus, souvent, nous n’avons pas d’évaluation solide de l’exposition, regrette le chercheur. Les études de cohortes sont très utiles mais ne sont pas toujours éclairantes, car il est très difficile de reconstituer a posteriori où et quand a eu lieu l’exposition. Malgré tout, grâce à des études expérimentales sur l’animal de plus en plus raffinées, nous avons désormais des arguments solides sur le rôle des perturbateurs endocriniens pendant les fenêtres de vulnérabilité de la période fœtale, et sur leur impact sanitaire en général. Ainsi leurs liens avec l’obésité, le développement neurocognitif et neuromoteur, les maladies métaboliques ou encore la puberté précoce ne sont désormais plus uniquement des suppositions fondées sur quelques faisceaux de suspicion. Nous avons assez de données pour appliquer le principe de précaution. Cette notion n’est pas populaire chez certains scientifiques – qui la perçoivent trop souvent comme une variable d’ajustement politique et qui l’assimilent à une attitude de frilosité. Pourtant le principe de précaution, quand il est fondé sur la 4Demi-vie. Temps mis par un médicament pour perdre la moitié de son activité pharmacologique Karine Audouze  : unité 1124 Inserm/Université Paris Descartes 2V. Gayrard et al. Environ Health Perspect., 17 juillet 2019 ; doi  : 10.1289/EHP4599 2J.C. Carvaillo et al. Environ Health Perspect., avril 2019 ; doi  : 10.1289/EHP4200 2National Toxicology Program. Monograph on Immunotoxicity Associated with Exposure to Perfluorooctanoic acid (PFOA) and perfluorooctane sulfonate (PFOS). US Department of Health and Human Services, 19 juillet 2016 Davide Gabino/Flickr grand angle science, donne le temps de la réflexion, de la consultation et de la production de savoirs de qualité. » De la responsabilité individuelle à la responsabilité collective Néanmoins, en cas d’identification d’une exposition susceptible d’entraîner un problème de santé publique, la marche à suivre n’est pas toujours simple. Si des données probantes sur le bisphénol A ont été accumulées assez vite, notamment parce que l’attention a été concentrée sur ce composé pour des raisons scientifiques, politiques et médiatiques, d’autres substances sont passées sous le radar. Le bisphénol S, souvent utilisé comme substituant du bisphénol A, s’accumule beaucoup plus facilement dans le sang que son cousin et pourrait présenter une toxicité importante, si l’on en croit les travaux de l’équipe de Karine Audouze, dans l’unité Toxicité environnementale, cibles « Nous avons désormais des arguments solides sur le rôle des perturbateurs endocriniens pendant les fenêtres de vulnérabilité de la période fœtale, et sur leur impact sanitaire en général » thérapeutiques, signalisation cellulaire et biomarqueurs à Paris, qui a utilisé une approche informatique afin de fouiller la littérature scientifique de manière automatisée pour identifier, par association, les substances à risques sur lesquelles on dispose de peu de données. De même, on s’inquiète de la sécurité des substances perfluoroalkylées (PFAS), parfois baptisées « nouvelle amiante », ou forever chemicals en raison de leur dégradation très lente dans l’environnement. Elles sont présentes dans le Teflon, le Gore- Tex, les emballages alimentaires, les vêtements, les meubles… en raison de leurs propriétés anti-taches, anti-graisse, et de leur imperméabilité. Chez l’animal, des doses élevées d’un ou de plusieurs de ces PFAS sont en effet associées à des modifications des fonctions hépatique, thyroïdienne et pancréatique, ainsi qu’à des perturbations hormonales. Les données chez l’humain sont quant à elles très insuffisantes, ce qui en fait un cas Le bisphénol S remplace de plus en plus fréquemment le bisphénol A, une résine qui entre dans la composition de nombreux plastiques et est considérée comme un perturbateur endocrinien. Pourtant, il persisterait plus longtemps dans le corps et à des concentrations plus élevées que son homologue.
pollution.org Pollution  : le grand théâtre des inégalités La plupart des données dont disposent les grandes agences environnementales sur la pollution sont largement incomplètes. Si la pollution de l’air est plutôt bien mesurée en Europe et aux États-Unis, selon des méthodes normalisées, dans les pays en développement, seules quelques grandes villes font des relevés adéquats. La conséquence ? Il semble que cette pollution pose un problème dans les grandes mégalopoles occidentales et de l’Asie du Sud-Est, quand le reste du monde respirerait un air sain. Il y a là un biais considérable  : les villes qui mesurent bien la pollution sont susceptibles de mettre en place des politiques publiques d’assainissement de l’air, tandis que les villes du Sud hautement polluées sont mal surveillées. De même, si les sites présentant une pollution importante des sols, ainsi que des eaux souterraines et de surface semblent en majorité appartenir aux pays du Sud, c’est aussi parce que ces derniers n’ont pas toujours les moyens de protéger Répartition des zones où les données sur la pollution de l’air (en orange) et les sites présentant une haute toxicité (en vert) sont disponibles. Carte réalisée à partir des données de la Global Alliance on Health and Pollution, partenaire de la Banque mondiale et de la Commission européenne (carte interactive disponible sur  : www.pollution.org). les archives de l’histoire industrielle de leurs territoires et de lutter contre les organisations environnementales un peu trop intrusives. En outre, nombre de sites toxiques comme les décharges de déchets électroniques qui peuvent contenir divers neurotoxiques, notamment le plomb, le mercure et les polychlorobiphényles, accueillent des produits qui viennent, en réalité, des pays développés. Cette asymétrie dans la disponibilité des données masque un phénomène important  : les groupes socio-économiquement défavorisés et les pays pauvres sont souvent les plus exposés à des nuisances et pollutions environnementales et plus sensibles aux effets sanitaires qui en résultent en raison d’un moindre accès aux soins, à la prévention, à l’information et à des solutions de subsistance alternatives. 2B. Ericson et al. Environ Monit Assess., 17 mai 2012 ; doi  : 10.1007/s10661-012-2665-2 Insermle magazine #44 29



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