Science & Santé n°44 sep/oct/nov 2019
Science & Santé n°44 sep/oct/nov 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°44 de sep/oct/nov 2019

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Institut national de la santé et de la recherche médicale

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 13,5 Mo

  • Dans ce numéro : dépasser l'incertitude.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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18 Jamie Seymour Insermle magazine #44 + ÉTATS-UNIS MALADIES DE LA RÉTINE Et si un seul gène restaurait la vue ? Caractérisée par une occultation progressive du champ visuel, la dégénérescence rétinienne, héréditaire ou liée à l’âge, est l’une des princi- AUSTRALIE + TOXICOLOGIE MALADIE DE PARKINSON Un antidote prometteur contre la méduse-boîte Avec son ombrelle cubique et sa soixantaine de tentacules aux structures microscopiques remplies de toxines, la méduse-boîte (Chironex fleckeri) est l’animal le plus venimeux au monde. Après avoir décrypté son génome avec la technique CRISPR-Cas93, Gregory Neely et ses collègues de l’université de Sydney ont découvert que le venin activait chez sa proie la protéine ATP2B1, qui transporte du calcium à travers la membrane des cellules. Ensuite, grâce à des essais in vivo sur un modèle de souris et in vitro sur des cellules humaines, ils ont constaté qu’un médicament nommé HPβCD ciblant l’ATP2B1 et appartenant à la famille des cyclodextrines, molécules capables d’en encapsuler d’autres, bloquait l’action du venin s’il était injecté moins de 15 minutes après la piqûre. Même si cet antidote empêche la douleur et la nécrose de la peau, d’autres travaux sont nécessaires pour montrer s’il prévient aussi la crise cardiaque après une exposition intense au venin. 4CRISPR-Cas9. Outil de génie génétique composé de la protéine Cas-9, qui couple l’ADN double brin à un ARN guide qui va reconnaître un ADN cible dans le génome 2M. T. Lau et al. Nat Commun., 30 avril 2019 ; doi  : 10.1038/s41467-019-09681-1 actualités c’est ailleurs page réalisée par Julie Paysant pales causes de cécité en Occident. Pour lutter contre cette maladie très invalidante et sans traitement curatif, des chercheurs de l’université de Berkeley, encadrés par Ehud Isacoff, ont eu recours à la thérapie optogénétique, qui allie génie génétique et optique. Ils ont mis au point un virus inactivé contenant un gène qui code pour un récepteur photosensible à la lumière verte  : la protéine opsine à cône vert. Une fois injecté dans l’œil de souris aveugles, le virus a transporté spéci- ROYAUME-UNI Mieux détecter les signes avantcoureurs La maladie de Parkinson se caractérise par l’agrégation anormale d’une protéine cérébrale, l’alpha-synucléine (SNCA), qui forme des amas dits « corps de Lewy ». Au fil du temps, le patient ne contrôle plus ses mouvements, car ses neurones qui sécrètent la dopamine, un neurotransmetteur3 impliqué dans la motricité, sont détruits. L’un des défis médicaux est de repérer les signes précoces de cette maladie neurodégénérative. À cette fin, l’équipe du neurologue Marios Politis du King’s College de Londres a observé le fonctionnement cérébral de 64 volontaires, dont 14 porteurs d’une prédisposition génétique à Parkinson, 25 diagnostiqués Parkinson sans cause connue, et 25 témoins. À l’aide de technologies d’imagerie cérébrale très sophistiquées, les analyses moléculaires réalisées sur deux ans montrent que le système de production de la sérotonine, un neurotransmetteur dont les effets contrebalancent ceux de la dopamine, se dégrade avant celui de cette dernière chez les porteurs de la mutation génétique. Néanmoins, il faudra davantage de travaux sur un plus grand nombre de volontaires avant de développer un outil prédictif de la maladie. 4Neurotransmetteur. Molécule libérée par un neurone au niveau d’une synapse pour transmettre une information à un autre neurone 2H. Wilson et al. Lancet Neurol., 19 juin 2019 ; doi  : 10.1016/S1474-4422 (19) 30140-1 fiquement le gène dans les cellules ganglionnaires de la rétine3 normalement insensibles à la lumière. Une fois inséré dans leur génome, le gène a rendu ces cellules réceptives à la lumière et capables d’envoyer des signaux au cerveau. Un mois après la thérapie génique, les rongeurs se faufilaient à travers un parcours d’obstacles ou percevaient des séquences de lumière sur un écran avec la même efficacité que leurs congénères sans problème de vision. + SUISSE VIEILLISSEMENT 4Cellule ganglionnaire de la rétine. Type de neurone de la rétine qui reçoit l’information visuelle venant des photorécepteurs et transmet au cerveau, via notamment le nerf optique 2M. H. Berry et al. Nat Commun., 15 mars 2019 ; doi  : 10.1038/s41467-019-09124-x Rétine observée à plat avec coloration spécifique des cellules ganglionnaires k La grenade, élixir de jeunesse musculaire Riche en vitamine C et en polyphénols, la grenade possède des propriétés antioxydantes très intéressantes sur le plan nutritionnel. Pour comprendre comment l’un de ses polyphénols, l’urolithine A, agit sur le renouvellement dans nos muscles des mitochondries, ces petites centrales énergétiques de nos cellules, l’équipe de Chris Rinsch et d’Anurag Singh à l’École polytechnique fédérale de Lausanne a mené un premier essai clinique sur 60 seniors en bonne santé et sédentaires. Après 28 jours de prise orale d’urolithine A, aucun effet indésirable n’a été observé. De plus, et comparativement au groupe placebo, un apport journalier de 500 mg ou 1 g d’urolithine A stimulait la mitophagie, le processus d’élimination des mitochondries défectueuses, dans les muscles squelettiques qui permettent les mouvements volontaires du corps. Un processus que l’on retrouve avec une activité physique régulière. Cet « élixir de jeunesse » permettrait ainsi aux muscles de perdre moins de force et de masse après 50 ans. 2P. A. Andreux et al. Nature Metabolism, 14 juin 2019 ; doi  : 10.1038/s42255-019-0073-4 Inserm/Jeanine Nguyen-Legros Adobe Stock
HÉMATOLOGIE Rendre le sang universel grâce aux enzymes intestinales Chaque jour, en France, 10 000 dons de sang sont nécessaires. Pour répondre plus facilement à ce besoin, l’équipe de Stephen Withers du département de chimie à l’université de Colombie-Britannique à Vancouver a voulu identifier de nouvelles enzymes capables de convertir du sang de groupe A en groupe O, donneur universel. En analysant le génome de l’ensemble des microorganismes présents dans le microbiote LE POINT AVEC Coll. privée France Pirenne directrice médicale de l’Établissement français du sang d’Île-de-France, Créteil Qu’entend-on par sang universel ? France Pirenne  : Un sang universel doit être compatible avec tous les individus. Néanmoins, cela ne se résume pas exclusivement aux groupes A, AB, B et O. Car il existe 36 systèmes de groupe sanguin. Finalement, parler de sang universel est un abus de langage et nous devrions préciser « sang universel pour intestinal3 d’un volontaire, ils ont réussi à identifier deux enzymes candidates issues de la bactérie Flavonifractor plautii  : désacétylase et galactosaminidase. Leur combinaison permet d’éliminer les antigènes A présents à la surface des globules rouges et responsables du groupe sanguin du même nom, pour ainsi les convertir en globules rouges de groupe O, sans antigènes. Même si ces enzymes sont trente fois plus efficaces que celles découvertes précédemment, d’autres études sont encore nécessaires pour vérifier l’éradication totale des antigènes et la survie in vivo des globules rouges convertis. 4Microbiote intestinal. Ensemble des microorganismes vivant dans le tube digestif 2P. Rahfeld et al. Nat Microbiol., 10 juin 2019 ; doi  : 10.1038/s41564-019-0469-7 le système ABO ». Dans cette étude, les chercheurs ont réussi à transformer du sang du groupe A en groupe O. Cependant, ils ne se sont pas intéressés aux autres systèmes sanguins comme Rhésus, Duffy, JK ou Kell. Or, pour aboutir à une parfaite sécurité de transfusion, il faut s’affranchir du système ABO et faire en sorte que les caractéristiques sanguines du donneur et du receveur soient compatibles dans les systèmes sanguins les plus susceptibles de déclencher une réaction immunitaire. Cette étude a beaucoup fait parler d’elle dans les médias. Selon vous, cette attention est-elle justifiée ? F. P.  : La démarche est intéressante dans le sens où nous tentons d’augmenter la quantité de sang O disponible pour répondre à des situations d’urgence médicale. Ici, il est original de chercher des enzymes présentes au niveau du tractus intestinal d’un individu car il est très probable qu’elles soient moins susceptibles de déclencher une réponse immunitaire que celles issues d’autres origines. Ces travaux ne sont encore qu’à l’étape de preuve de concept pour plusieurs raisons. En effet, il faut vérifier que le rendement de la réaction enzymatique est de 100% car des antigènes résiduels A peuvent être encore la cible d’anticorps anti-A des receveurs et induire une destruction des globules rouges transfusés. D’un autre côté, il faut aussi s’assurer que le traitement enzymatique ne crée pas ou ne dévoile pas de nouveaux antigènes sur la membrane des globules rouges. Et quelles sont les autres techniques les plus prometteuses ? F. P.  : D’autres voies sont aujourd’hui à l’étude comme l’extinction des gènes de groupe sanguin, grâce à l’ingénierie génétique, empêchant ainsi la synthèse des antigènes à la surface des globules rouges. Il y aussi la production de globules rouges in vitro à partir de cellules souches issues du sang périphérique (c’est-à-dire hors de la moelle osseuse) ou du sang de cordon de donneurs. Les lignées de cellules immortalisées3 et les cellules souches pluripotentes induites3 font également l’objet de recherches pour créer un sang universel. Le défi aujourd’hui consiste à développer un procédé industriel apte à produire des quantités de poches de sang qui répondent aux besoins mondiaux. Propos recueillis par Julie Paysant 4Cellules immortalisées. Cellules avec un potentiel de division illimité, qui échappent au vieillissement cellulaire 4Cellules souches pluripotentes induites. Cellules issues de la reprogrammation de cellules adultes en cellules capables de se différencier en tout type cellulaire France Pirenne  : unité 955 Inserm/Université Paris-Est Créteil Val de Marne – EFS, institut Mondor de recherche biomédicale, équipe Transfusion et maladies du globule rouge + Insermle magazine #44 19 CANADA k Le don de sang permet de soigner chaque année plus d’un million de Français victimes d’une hémorragie ou atteints de maladies chroniques. Gina Sanders/Adobe Stock



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