Science & Santé n°44 sep/oct/nov 2019
Science & Santé n°44 sep/oct/nov 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°44 de sep/oct/nov 2019

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Institut national de la santé et de la recherche médicale

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 13,5 Mo

  • Dans ce numéro : dépasser l'incertitude.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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10 Insermle magazine #44 CANCER DE L’OVAIRE Les reines de la manipulation Les cellules cancéreuses sont encore plus « malignes » qu’on ne le pensait. Des chercheurs de l’Insermviennent en effet de montrer de quelle manière elles parviennent à détourner de leur mission certains globules blancs, les macrophages, au profit de la croissance de la tumeur. Le cancer est passé maître dans l’art de la manipulation. Les cellules cancéreuses arrivent en effet à éluder les globules blancs censés les combattre. Pire, elles les fourvoient pour leur propre bénéfice. Les macrophages, par exemple, se trouvent en nombre important aux abords des tumeurs. Pourtant, au lieu de déclencher une réponse immunitaire, ces sortes d’éboueurs de l’organisme participent au développement de la tumeur et à la dissémination de cellules cancéreuses. Une récente étude menée par Toby Lawrence, directeur de recherche Inserm, et son équipe de biologie de l’inflammation au Centre d’immunologie de Marseille-Luminy lève le voile sur un des mécanismes qu’utilise le cancer pour manipuler les macrophages. « Nous avons observé dans un modèle de Toby Lawrence  : unité 1104 Inserm/CNRS/Aix-Marseille Université 2P. Goossens et al. Cell Metabolism, 4 Juin 2019 ; doi  : 10.1016/j.cmet.2019.02.016 cancer de l’ovaire que les cellules tumorales extraient le cholestérol de la membrane cellulaire des macrophages situés à proximité de la tumeur », explique Toby Lawrence. Ce phénomène appelé « efflux de cholestérol » a des conséquences désastreuses sur la réponse de ces globules blancs à certains messages chimiques utilisés par le système immunitaire. « Ils ne réagissent plus à l’interféron gamma », poursuit le biologiste. Or leur réponse à ce signal est nécessaire k actualités c’est fondamental k Métastase tumorale de l’ovaire La membrane cellulaire des macrophages (noyau en bleu) contient du cholestérol (vert) que les cellules tumorales extraient à leur profit. Inserm/Gilles Evrard Inserm/Toby Lawrence à l’activation d’autres globules blancs  : les lymphocytes T et les cellules tueuses naturelles, chargées de détruire les cellules cancéreuses. Et sans ce cholestérol dans leur membrane, les macrophages réagissent démesurément à d’autres signaux, spécifiquement aux interleukines 4 et 13. « Ils deviennent hypersensibles à ces molécules messagères appelées « cytokines », connues pour stimuler la croissance de nouveaux vaisseaux sanguins. » Des vaisseaux qui vont alors venir nourrir la tumeur et permettre aux cellules tumorales de se propager dans l’organisme. « Déclencher l’efflux de cholestérol est donc une arme à double tranchant pour le cancer  : non seulement les macrophages nourrissent la tumeur en lui procurant ce lipide mais, dépourvu de celuici, ils ne répondent plus aux sollicitations du système immunitaire et contribuent au développement tumoral », précise Toby Lawrence. À l’origine de ce phénomène, l’acide hyaluronique produit par les cellules cancéreuses. C’est en effet ce polymère qui, en se fixant à la surface des macrophages, déclenche cette cascade de réactions moléculaires. « Il doit donc être possible d’arrêter l’efflux de cholestérol en stoppant l’absorption d’acide hyaluronique par les macrophages », espère le chercheur. Autre option  : bloquer les transporteurs dits « ABC » (pour ATP Binding Cassette). Ces protéines permettent le passage de diverses substances à travers la membrane de nos cellules et donc l’exfiltration du cholestérol. « Cette approche a été testée dans un modèle de souris transgénique où les macrophages étaient dépourvus de ces transporteurs, explique Toby Lawrence. Nous avons alors observé une réduction significative de la croissance tumorale. » Son équipe cherche aujourd’hui à mettre en évidence ces mécanismes moléculaires dans d’autres modèles de cancer mais aussi chez l’Homme. Ces études cliniques seront réalisées en collaboration avec le Centre de biologie de l’inflammation et de l’immunologie du cancer au King’s College de Londres où Toby Lawrence dispose également d’une équipe de recherche. L’identification de ce phénomène pourrait déboucher sur une nouvelle approche thérapeutique qui consisterait à restaurer la capacité des macrophages à lutter contre le cancer. Et mettre ainsi un terme à l’emprise des cellules tumorales sur ces globules blancs. Simon Pierrefixe
MALADIES RÉNALES La protéine CD9 envoie le mauvais signal Certaines maladies rares des reins affectent les glomérules, cet ensemble de cellules chargées de filtrer le sang de ses déchets et de produire l’urine. Une collaboration internationale menée par l’équipe Insermde Pierre- Louis Tharaux du Paris-Centre de recherche cardiovasculaire a montré l’importance de la protéine CD9 dans le développement de deux de ces maladies, la hyalinose segmentaire et focale (HSF) et des glomérulonéphrites auto-immunes. Lorsque CD9 est présent à la surface des cellules qui collectent la première urine filtrée du sang, ces dernières deviennent en effet hypersensibles à certains signaux QUESACO Inserm/Michel Depardieu Désescalade thérapeutique Portée en grande partie par la médecine personnalisée, la désescalade thérapeutique réduit les traitements ou les remplace par d’autres, moins agressifs mais aussi parfois plus efficaces. Une nouvelle approche particulièrement indiquée dans les cancers du sein. Pour les formes qui ne touchent pas les ganglions ou dont la prolifération est sensible aux hormones, Frédérique Penault-Llorca, directrice générale du centre de lutte contre le cancer de la région Auvergne, rappelle qu’un test moléculaire permet d’identifier les patientes sans risque réel de récidive (70% des cas) et de leur épargner une chimiothérapie préventive, lourde et toxique. À l’institut Gustave Roussy de Villejuif, l’oncologue Fabrice André a récemment étudié l’analyse du génome de cellules tumorales dans les formes avancées ou métastasiques. Les gènes altérés ainsi repérés constituent, Dépistage du cancer du sein par tomovélographie k chimiques. Ces cellules dites « pariétales » migrent alors dans les capillaires du glomérule où elles prolifèrent anormalement. Les dégâts occasionnés altèrent le fonctionnement du rein et peuvent conduire à une insuffisance rénale. Des observations qui pourraient déboucher sur une nouvelle stratégie thérapeutique pour prévenir la progression de ces maladies graves du rein. S. P.Pierre-Louis Tharaux  : unité 970 Inserm/Université Paris Descartes 2H. Lazareth et al. Nat Commun., 24 juillet 2019 ; doi  : 10.1038/s41467-019-11013-2 k pour les cas qui résistent aux traitements traditionnels (10%), autant de cibles thérapeutiques personnalisées. Les malades concernées éviteront dès lors les traitements qui ne fonctionnent pas. Roman Rouzier, gynécologue et oncologue à l’institut Curie à Saint-Cloud, pratique quant à lui la désescalade chirurgicale. Si la tumeur est petite (70% des cas), il procède à sa seule ablation plutôt qu’à celle du sein, et ne retire, en ambulatoire, que le ganglion sentinelle, le premier atteint, au lieu de toute la chaîne ganglionnaire. En radiothérapie aussi la désescalade est de mise  : réduction du nombre de séances mais à des doses plus fortes (effets secondaires moindres), ciblage sur le pourtour de la tumeur (traitement raccourci), séance à très forte dose juste après son ablation (intervention peropératoire qui évite les lésions cutanées). Autant de progrès qui améliorent le vécu des patientes et leurs chances de rémission. A. M. Frédérique Penault-Llorca  : unité 1240 Inserm/Université Clermont Auvergne, Imagerie moléculaire et stratégies théranostiques Fabrice André  : unité 981 Inserm/Institut Gustave Roussy/Université Paris-Sud 11 Roman Rouzier  : unité 900 Inserm/Institut Curie, Biologie des systèmes, épidémiologie et biostatistiques cliniques du cancer 2F. Bertucci et al. Nature, 22 mai 2019 ; doi  : 10.1038/s41586-019-1056-z Inserm/P.-L. Tharaux Glomérules de souris adultes sévèrement endommagés (en bas) par la prolifération de cellules « pariétales » qui ont acquis la protéine CD9 (rouge). En haut, des glomérules sains où des podocytes (vert) assurent la bonne filtration du sang. Les noyaux sont marqués en bleu. Insermle magazine #44 11 Maladie de Huntington Le big data révèle certains mécanismes La maladie de Huntington est une maladie génétique neurodégénérative qui se déclare le plus souvent à l’âge adulte. Elle provoque notamment une dysfonction puis une dégénérescence du striatum, une structure du cerveau impliquée dans la motricité. Grâce à des données génétiques de souris modèles, l’équipe de Christian Neri, à l’Institut de biologie Paris-Seine a observé que lorsque les symptômes moteurs sont très marqués, le striatum réagit avec une réponse de type antivieillissement  : les gènes régulateurs du vieillissement cellulaire d’une part et de la survie cellulaire d’autre part entrent en interaction forte pour tenter de préserver le striatum – un phénomène appelé « compensation cellulaire ». Ces observations ont été réalisées grâce à un logiciel d’apprentissage automatique, développé par ces mêmes chercheurs, capable d’analyser d’importantes quantités de données génomiques. La compensation cellulaire jouerait donc un rôle crucial pour lutter contre la progression des symptômes dans des maladies neurodégénératives comme celle de Huntington. B. S. Christian Neri  : unité 1164 Inserm/Sorbonne Université/CNRS, Adaptation biologique et vieillissement 2E. Bigan et al. BMC Bioinformatics, 22 juin 2019 ; doi  : 10.1093/bioinformatics/btz514



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