Science & Santé n°43 jun/jui/aoû 2019
Science & Santé n°43 jun/jui/aoû 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°43 de jun/jui/aoû 2019

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Institut national de la santé et de la recherche médicale

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 15 Mo

  • Dans ce numéro : le coeur, un organe sensible.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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6 Un seul et même type cellulaire serait responsable de l’éducation des cellules souches hématopoïétiques et des lymphocytes B dans la moelle osseuse. Ces « super profs » stimuleraient à la fois l’autorenouvellement des premières ainsi que leur transformation progressive en cellules B. Hématopoïèse… Lointain souvenir de cours de biologie. « Il s’agit des processus qui vont permettre le développement de toutes les cellules sanguines dans la moelle osseuse, en partant des cellules souches hématopoïétiques qui s’y trouvent », rappelle k Insermle magazine #43 Marquage par immunofluorescence sur coupe de moelle osseuse de souris révélé par microscopie confocale. L’image montre les lymphocytes pro-B (vert) et les cellules souches hématopoïétiques (rouge) localisés à proximité des cellules stromales (bleu). Michel Aurrand-Lions actualités c’est fondamental SYSTÈME IMMUNITAIRE Des profs pour nos globules blancs Stéphane Mancini du centre de recherche en cancérologie de Marseille. C’est ainsi que sont notamment formés les lymphocytes B, ces agents du système immunitaire qui reconnaissent spécifiquement les organismes pathogènes et les neutralisent à l’aide d’anticorps. Leur production perpétuelle repose sur la faculté des cellules souches hématopoïétiques à s’autorenouveler, pour assurer la pérennité de leur stock, ainsi qu’à se différencier graduellement en cellules sanguines [nos globules blancs sont des cellules sanguines à l’instar de nos globules rouges,ndlr.]. « Si on compare l’hématopoïèse à notre éducation scolaire, la cellule souche a besoin d’acquérir des compétences différentes à chaque étape de sa vie, selon qu’elle se multiplie ou qu’elle avance dans son développement en lymphocyte B par exemple. Elle doit donc être accompagnée par des professeurs qui vont l’aider à se spécialiser. Intervenants que nous venons justement d’identifier », résume le chercheur. Son équipe a effectivement visualisé et caractérisé, chez la souris, des cellules de la moelle osseuse qui sont à la fois au contact de cellules souches et de précurseurs immunitaires de type B. « Nous avons longtemps considéré qu’un même éducateur ne pouvait pas intervenir à tous les stades de la formation des lymphocytes B, comme un enfant a un professeur pour apprendre l’anglais et un autre pour les maths, simplifie Stéphane Mancini. Nos résultats montrent au contraire qu’il existe un type de cellules capables de soutenir aussi bien l’autorenouvellement des cellules souches que le développement des jeunes lymphocytes B. » Ces cellules, dites « stromales », font partie intégrante de la structure de la moelle osseuse et se situent à proximité des vaisseaux sanguins qui l’irriguent. Telles des professeures polyvalentes, elles interagissent de manière spécifique avec chaque « élève » et lui fournissent tous les éléments dont il a besoin pour bien apprendre. Des cellules aux caractéristiques similaires ont aussi été identifiées chez l’Homme. Cette découverte ouvre de nouvelles pistes pour mieux comprendre comment nos cellules sanguines sont produites dans la moelle osseuse. Elle présente également un intérêt en médecine régénérative. Lors d’une greffe de moelle osseuse, « ces éducateurs pourraient améliorer l’efficacité de la transplantation en envoyant les bons signaux, nécessaires au développement de toutes les cellules souches hématopoïétiques », explique Stéphane Mancini. Dans le cas de leucémies lymphoblastiques de type B, il faudrait à l’inverse « les empêcher de soutenir les cellules cancéreuses qui sont dangereuses pour notre organisme ». Au tour donc des professeurs de se faire taper sur les doigts ! Marie Terol Structure de moelle osseuse d’un fémur de souris k Stéphane Mancini  : unité 1068 Inserm/CNRS/Centre de lutte contre le cancer/Aix-Marseille Université 2M. Balzano et al. Cell Rep., 19 mars 2019 ; doi  : 10.1016/j.celrep.2019.02.065 Michel Aurrand-Lions
VACCINS Trouver le bon « véhicule » Une nouvelle classe de vaccins dits « à ARN » est en cours de développement. Le principe  : apporter aux cellules des ARN messagers (ARNm), qui vont synthétiser l’antigène. Composés des mêmes bases que l’ADN, ils sont les intermédiaires de la transcription d’un gène en protéine. Le problème est qu’il faut mettre au point le bon « véhicule », un nanovecteur, qui apportera l’ARNm dans les bonnes cellules du système immunitaire. Or, si les études préliminaires sont très encourageantes, aucun vaccin de ce type n’a fait ses preuves à grande échelle chez l’Homme. Grâce à la tomographie par émission de positons3, l’équipe de Bruno Pitard de l’université de Nantes a collaboré à la mise au point d’une stratégie permettant le suivi spatio-temporel du vaccin dans l’organisme. Elle a ainsi observé qu’après injection intramusculaire chez le primate, un nouveau nanovecteur, appelé CholK (pour Cholesterol-kanamycin), k Synthèse du nanovecteur biomimétique CholK résultant de l’assemblage de deux molécules naturelles  : le cholestérol et un iminosucre produit par une bactérie INCELLART a délivré l’ARNm qu’il contenait dans les cellules présentatrices d’antigènes situées au niveau du site d’injection, mais pas uniquement. L’ARNm a aussi été guidé vers les ganglions lymphatiques, où les antigènes sont présentés aux lymphocytes B et T, les principales cellules de la réaction immunitaire. Ces travaux montrent l’intérêt de ce nanovecteur, mais aussi celui de cette technique d’imagerie qui permet d’évaluer à moindres frais, sans avoir recours à des animaux, l’efficacité potentielle de ces vecteurs avant de lancer des essais chez l’Homme. F. D. M. 4Tomographie par émission de positons. Technique d’imagerie qui permet de visualiser en 3D la distribution de la radioactivité dans le corps humain et de mesurer l’activité métabolique des cellules grâce aux émissions de positons d’un traceur radioactif préalablement injecté Bruno Pitard  : unité 1232 Inserm/CNRS/Université d’Angers – Université de Nantes, Centre de recherche en cancérologie et immunologie de Nantes- Angers 2K. E. Lindsay et al. Nat BiomedEng., 1er avril 2019 ; doi  : 10.1038/s41551-019-0378-3 Développement La genèse des cils primaires éclairée Le cil primaire est une antenne cellulaire assemblée à la surface de la plupart des cellules de mammifères, dont le processus de formation est mal connu. Une protéine, CYLD, agit néanmoins comme chef d’orchestre de cette cilio genèse, qui a lieu au niveau du centrosome, un Cellules épithéliales de rétine humaine marquées avec des anticorps du centrosome (rouge) et des satellites centriolaires (vert) k organite cellulaire qui assure une fonction importante dans la division cellulaire. Nicolas Bidère et les chercheurs du Centre de recherche en cancérologie et immunologie de Nantes-Angers viennent de détailler son rôle. Au cours de ce processus, les satellites centriolaires, des petite structures présentes dans l’environnement du centrosome, assurent un rôle de régulateur. Or, ces satellites sont structurés par la protéine PCM1 qui, en l’absence de CYLD, est dégradée. Cela provoque le démantèlement des satellites centriolaires et réduit la ciliogenèse, comme l’ont montré in vitro les chercheurs. Et pour cause  : CYLD empêche que PCM1 ne soit marquée par des ubiquitines, de petites molécules qui s’attachent aux protéines destinées à être dégradées. B. S. Nicolas Bidère  : unité 1232 Inserm/CNRS/Université d’Angers – Université de Nantes 2T. Douanne et al. Cell Rep., mai 2019 ; doi  : 10.1016/j.celrep.2019.04.036 La formation du cerveau ne tient qu’à un cil Tiphaine Douanne Insermle magazine #43 7 Si le processus de formation des cils primaires est peu connu (voir ci-dessus), leur fonction dans la construction de certains organes l’est également. Sylvie Schneider-Maunoury et les chercheurs de l’Institut de biologie Paris-Seine ont montré chez la souris que, lorsque la formation du cil est affectée, cela perturbe le développement du cerveau antérieur, le futur cerveau. Pour parvenir à cette conclusion, ils se sont intéressés à un gène, Ftm/Rpgrip1l, impliqué dans des maladies causées par un dysfonctionnement des cils primaires (ciliopathies). Ils ont observé que sa mutation entraîne de graves défauts dans le développement du fœtus en fin de gestation, comme l’absence complète des deux yeux. C’est en affectant à plusieurs niveaux une voie de signalisation, qui permet de recevoir et interpréter des signaux provenant de l’extérieur de la cellule, que la mutation du gène provoque de telles malformations. Une invitation à analyser ces anomalies au regard des gènes impliqués dans les ciliopathies. B. S. Sylvie Schneider-Maunoury  : unité 1156 Inserm/Sorbonne Université/CNRS, Institut de biologie Paris-Seine, Laboratoire de biologie du développement 2A. Andreu-Cervera et al. J Neurosci., mars 2019 ; doi  : 10.1523/JNEUROSCI.2199-18.2019



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