Science & Santé n°43 jun/jui/aoû 2019
Science & Santé n°43 jun/jui/aoû 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°43 de jun/jui/aoû 2019

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Institut national de la santé et de la recherche médicale

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 15 Mo

  • Dans ce numéro : le coeur, un organe sensible.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Insermle magazine 34 #43 Pixelaway/Adobe Stock Heureusement depuis quelques années, l’horizon commence enfin à s’éclaircir. Notamment, lors d’une récente étude menée chez 24 jeunes âgés en moyenne de 30 ans, et réanimés après une mort subite liée à une fibrillation ventriculaire, l’équipe de Michel Haïssaguerre a mis en évidence des altérations structurelles très localisées, dans le ventricule droit et/ou dans le ventricule gauche. « Correspondant à moins de 4% de la surface cardiaque totale, ces lésions se manifestent par des anomalies électriques non détectables via l’imagerie classique (IRM, scanner) », précise le scientifique. Après l’ablation de ces anomalies, les patients n’ont plus souffert d’aucune arythmie durant les 17 mois de suivi. D’où la conclusion que ces lésions soustendent une part importante des morts subites jusque-là sans explication. À l’avenir, les chercheurs espèrent développer un système capable de les détecter, pour pouvoir enfin aider à prévenir leur terrible conséquence. À Rennes, François Carré, directeur adjoint du laboratoire Traitement du signal de l’image, prévoit lui, de lancer en septembre prochain une enquête génétique inédite destinée à trouver l’origine de la mort subite chez les moins de 35 ans. Avec un but  : identifier une ou plusieurs anomalies génétiques responsables. « Soutenu par la fondation Cœur & Recherche, ce projet vise à faire une autopsie rigoureuse sur 80 victimes d’une mort subite, pour en rechercher la cause. En l’absence d’explication évidente, nous ferons systématiquement une enquête génétique. Si nous arrivons à identifier des mutations impliquées, il sera possible d’une part de les rechercher chez les proches de la victime pour les prévenir. Et d’autre part k grand angle d’essayer, à plus long terme, de les détecter dans les tests menés chez les sportifs lors de leur visite de non contre-indication à la pratique sportive », détaille le cardiologue. En plus de son équipe, ce projet impliquera trois autres grandes équipes Inserm  : celle de Jean-Jacques Schott et Vincent Probst, à Nantes et celles d’Eloi Marijon et de Philippe Charron, à Paris. Outre la mort subite, les chercheurs tentent d’élucider plusieurs autres mystères autour des arythmies. Ainsi récemment, Fabien Brette, chercheur à l’institut Lyric de Bordeaux, a levé un pan du voile sur les mécanismes moléculaires via lesquels la pollution atmosphérique augmente la survenue d’arythmies. Il est apparu que des particules résultant de la combustion d’essence (hydrocarbures aromatiques polycycliques) bloquent des protéines présentes dans la membrane des cardiomyocytes, et cruciales pour la genèse de l’activité électrique cardiaque  : des canaux perméables aux ions potassium (K +). « Un cri d’alarme sur la dangerosité des produits du pétrole, qui pourrait aider à définir de nouvelles réglementations sur leur utilisation », commente le chercheur. Ces autres maladies cardiaques encore à l’étude Si toutes les maladies du cœur sont terribles, les plus poignantes sont sans doute les malformations cardiaques congénitales. Car elles affectent de jeunes nourrissons, avant même leur venue au monde. Communication anormale entre les deux ventricules ou les deux oreillettes (communication interventriculaire ou interauriculaire), inversion de l’aorte et de l’artère pulmonaire (transposition des Chaque année, 50 000 personnes décèdent prématurément à la suite d’un arrêt cardiaque. La survie dépend de la rapidité de la prise en charge. Les trois gestes d’urgence essentiels  : appeler les secours, pratiquer un massage cardiaque, utiliser un défibrillateur. Pour éviter les fibrillations auriculaires postchirurgie, opérons l’après-midi ! C’est ce que suggère une étude récente co-publiée par Hélène Duez, chercheuse à l’université de Lille, et menée sur plus de 500 patients opérés pour le remplacement d’une valve cardiaque. Les interventions réalisées l’après-midi ont induit des complications cardiaques majeures (fibrillations auriculaires, mais aussi infarctus, insuffisance cardiaque aigüe…) chez « seulement » 9% des opérés, contre 18% chez ceux opérés le matin, soit deux fois moins. La raison ? L’après-midi les cellules cardiaques auraient une meilleure capacité de résistance à la privation d’oxygène liée à l’opération. D’où la conclusion d’opérer les patients à haut risque (avec un diabète ou une insuffisance cardiaque) plutôt en après-midi… À moins d’arriver à décaler leur horloge biologique cardiaque avec une molécule qui bloquerait l’activité d’un gène particulier  : Rev-Erbα, impliqué dans la régulation de cette horloge, comme l’ont indiqué des expériences complémentaires chez la souris. Hélène Duez  : unité 1011 Inserm/Institut Pasteur de Lille – Université Lille 2 Droit et santé, Récepteurs nucléaires, maladies cardiovasculaires et diabète ; European Institute Genomic for Diabetes (EGID) François Carré  : unité 1099 Inserm/Université de Rennes 1 – CHU de Rennes – Centre de lutte contre le cancer Jean-Jacques Schott  : unité 1087 Inserm/CNRS/Université de Nantes – CHU de Nantes Eloi Marijon  : unité 970 Inserm/Université Paris Descartes Philippe Charron  : unité 1166 Inserm/Sorbonne Université Fabien Brette  : unité 1045 Inserm/Université de Bordeaux 2M. Haïssaguerre et al. Circ Arrhythm Electrophysiol., juillet 2018 ; doi  : 10.1161/CIRCEP.117.006120 2D. Montaigne et al. Lancet, 6 janvier 2018 ; doi  : 10.1016/S0140-6736(17)32132-3
gros vaisseaux)… ces pathologies touchent une naissance sur 100, soit 8 000 enfants par an en France. Heureusement, « elles se soignent de mieux en mieux  : désormais 85 à 90% des enfants concernés atteignent l’âge adulte », rassure Magalie Ladouceur, chercheuse dans l’équipe Épidémiologie intégrative des maladies cardiovasculaires au Parcc. « Cependant, les patients traités peuvent avoir des complications, dont notamment une insuffisance cardiaque. » Il y a deux ans, elle a lancé une étude pour suivre pendant un an 350 adultes nés avec une malformation cardiaque, opérés ou non dans l’enfance et qui ont développé de l’insuffisance cardiaque. Le but  : « évaluer l’efficacité de leur prise en charge, et tenter d’identifier les facteurs prédictifs qui permettront de repérer ceux à risque de complication et les soigner plus efficacement », détaille-t-elle. Les résultats ne devraient pas être divulgués avant au moins un an. Outre les maladies congénitales, un autre grand type de pathologies explorées à l’Insermsont les maladies des valves cardiaques (valvulopathies), qui peuvent déboucher sur une insuffisance cardiaque. Ici, un grand enjeu est de comprendre les mécanismes moléculaires en cause. L’équipe de Jean-Jacques Schott, directeur de recherche à l’Institut du thorax, travaille – en collaboration étroite avec Thierry Le Tourneau, du CHU de Nantes – à mieux appréhender l’une des valvulopathies les plus fréquentes en France  : le rétrécissement aortique calcifié, qui correspond à des dépôts calcaires au niveau de la valve aortique, qui empêchent le passage du sang. Touchant 2% de la population âgée de plus de 65 ans, ce trouble devrait devenir plus fréquent, en raison du vieillissement de la population. Lors d’une étude sur 5 115 patients et plus de 354 000 contrôles, les chercheurs nantais ont repéré trois gènes impliqués – impossibles à nommer, car ces travaux sont en cours de publication. « Cette avancée pourrait aider à identifier des cibles thérapeutiques sur lesquelles agir pour prévenir la calcification de l’aorte, et ainsi combattre le mal à son Magalie Ladouceur  : unité des cardiopathies congénitales de l’adulte, Hôpital européen Georges-Pompidou Thierry Le Tourneau  : unité 1087 Inserm/CNRS/Université de Nantes – CHU de Nantes Xavier Jeunemaitre  : unité 970 Inserm/Université Paris Descartes ; département de génétique, Hôpital européen Georges- Pompidou ; Centre de référence des maladies vasculaires rares 2A. Tedgui et al. Le Figaro, 25 mars 2019 origine, et non pas une fois les dégâts déjà installés », éclaire Jean-Jacques Schott. Et lors d’une autre étude, elle aussi en cours de publication, menée en collaboration notamment avec l’équipe de Xavier Jeunemaitre, coresponsable de l’équipe Génétique de la physiopathologie des maladies artérielles au Parcc, les chercheurs nantais ont isolé 3 autres gènes, en cause cette fois dans une forme rare de dégénérescence de la valve mitrale  : le prolapsus valvulaire mitral, qui induit ainsi une fuite au niveau de cette valve, et qui touche 2 à 3% de la population. Bref, la recherche sur les maladies cardiaques bat son plein. Après s’être longtemps concentrée surtout sur la maladie coronaire et l’infarctus, elle intensifie désormais ses efforts contre l’insuffisance cardiaque, les troubles du rythme cardiaque, et plusieurs autres pathologies graves. Mais à l’évocation de son avenir en France, le « cœur » d’Alain Tedgui se serre  : « Alors que les maladies cardiaques sont plus meurtrières que les cancers et les maladies neurodégénératives (maladies d’Alzheimer, de Parkinson…), leur étude attire moins les jeunes chercheurs, sans doute parce qu’elles suscitent moins de compassion, en raison de cette idée – fausse – qu’elles tuent « vite et bien ». Par ailleurs, la recherche cardiovasculaire n’est stimulée par aucun plan équivalent au plan Cancer ou Alzheimer… ». D’où la nécessité d’un soutien financier plus marqué, réclamé dans une tribune cosignée en mars dernier par le chercheur. Ce soutien sera crucial  : de lui, dépendront les avancées de demain pour mieux préserver le cœur. Rencontre avec Pauline Rousseau, photographe accueillie en résidence par l’InsermDans quel contexte s’inscrit votre démarche ? En 2019, avec trois autres jeunes photographes, j’ai effectué une résidence d’artiste dans un laboratoire de l’Inserm. Ce projet, intitulé La Recherche de l’Art, permet de faire se rencontrer le monde de la recherche médicale et celui de la photographie contemporaine. Dès le début, j’ai eu envie de travailler autour du cœur  : symboliquement, il est l’organe de l’amour, de la générosité, du courage, de la vie. J’ai abordé ces questions de manière artistique mais pas uniquement. Je voulais aussi m’y confronter de façon plus directe et organique. Grâce à cette résidence au Parcc, j’ai pu rencontrer des spécialistes du cœur et découvrir les techniques d’exploration qui permettent de voir l’intérieur du corps. Et cela est précisément ce que la photographie ne peut pas faire  : faire dialoguer l’intérieur et l’extérieur, ce qui est visible et ce qui ne l’est pas. Qu’est-ce qui vous a le plus marquée lors de l’opération à cœur ouvert ? Durant ma résidence, j’ai eu la chance d’assister à une opération à cœur ouvert, et cela en particulier grâce au chirurgien Philippe Menasché. Je n’étais jamais entrée dans un bloc opératoire. J’étais à la fois curieuse, émerveillée et un peu effrayée ! Pour quelqu’un qui ne vient pas du milieu médical, l’ambiance est celle d’un monde à part avec ses codes, son langage, sa hiérarchie. Ce qui m’a le plus marquée, c’est évidemment de voir pour la première fois un organe humain  : un cœur. Un cœur qui continuait de battre alors que le thorax du patient était ouvert en deux. L’organe avait l’air à la fois vulnérable et puissant. J’ai perçu ça comme une métaphore de la vie. C’était frontal, évident, cru et très beau. M.-C.F. Pour en savoir plus Retrouvez toutes les informations sur La Recherche de l’Art en page 47 de votre magazine et sur inserm.fr. Découvrez les travaux de Pauline Rousseau sur  : paulinerousseau.com Insermle magazine #43 35 Pauline Rousseau



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