Science & Santé n°43 jun/jui/aoû 2019
Science & Santé n°43 jun/jui/aoû 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°43 de jun/jui/aoû 2019

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Institut national de la santé et de la recherche médicale

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 15 Mo

  • Dans ce numéro : le coeur, un organe sensible.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Insermle magazine 32 #43 cellules souches, ces cellules capables de se renouveler et de produire différents types cellulaires. Lesquelles pourraient permettre de remplacer les cellules cardiaques contractiles dysfonctionnelles, et ainsi restaurer un myocarde défaillant, à la suite, par exemple, d’un infarctus. C’est l’approche de médecine régénérative, une perspective thérapeutique prometteuse qui consiste à injecter directement les cellules souches au niveau du cœur. Pour améliorer l’efficacité du traitement, l’équipe de Guillaume Lamirault, chercheur à l’Institut du thorax, et celle de Jérôme Guicheux, directeur de l’unité Médecine régénératrice et squelette de Nantes, développent un hydrogel destiné à protéger les cellules souches. « Le premier essai chez l’humain devrait avoir lieu en 2023-2024 », révèle Guillaume Lamirault. Une seconde stratégie plus innovante – mais moins avancée car plus récente – vise à utilimener une prise en charge ciblée », précise le scientifique. Lors d’une étude parue en mai, les chercheurs ont identifié 38 premières protéines plasmatiques intéressantes. Un autre besoin criant est l’amélioration du suivi des patients. « Cela pourrait être possible grâce à la généralisation d’une solution testée en grandeur nature en Lorraine en 2006 et en 2013  : le réseau de surveillance Icalor », suggère Faiez Zannad. Lors de cette expérience, 1 222 patients hospitalisés pour insuffisance cardiaque sévère dans 19 centres ont bénéficié d’un suivi spécifique impliquant – entre autres – l’intervention d’une infirmière à domicile. Résultat  : les ré-hospitalisations ont diminué de 40%, et la mortalité de 35%. Reste qu’une forme particulière d’insuffisance cardiaque pose spécialement problème  : l’insuffisance cardiaque à fraction d’éjection préservée (ICFEp). « Caractérisé par un volume de sang pompé à chaque contraction (fraction d’éjection) normal – et non pas diminué comme dans l’insuffisance cardiaque « classique » dite à fraction d’éjection réduite (ICFEr) –, ce trouble reste très obscur », explique Jean-Sébastien Hulot. Résultat, son diagnostic et sa prise en charge demeurent mal codifiés. Or il représente 50% des cas d’insuffisances cardiaques, avec une augmentation de ce taux d’environ 1% par an, favorisé par les maladies galopantes que sont l’hypertension, le diabète et l’obésité. Heureusement ici aussi, les choses commencent à s’accélérer. Ainsi, en janvier dernier, a été lancé le projet Pacific, qui vise à mieux décrire la maladie, ses causes, et à développer des outils de diagnostic. « Co-soutenu par l’Inserm, ce programme de 5 ans permettra d’analyser des données biologiques, d’imagerie et de vie de 500 patients franciliens », détaille Jean-Sébastien Hulot. Côté traitement, bientôt pourrait arriver un traitement spécifique pour l’ICFEp  : l’Entresto, une association de deux molécules  : le sacubitril et le valsartan. Depuis 5 ans, celui-ci est testé dans le cadre d’une large étude internationale co-coordonnée par Faiez Zannad, et sur le point d’aboutir. « Soulevant beaucoup d’espoir, les résultats de cet essai pourraient être divulgués lors du congrès de la Société européenne de « L’injection des « facteurs de réparation » dans une veine aurait l’avantage d’être peu invasive » grand angle Le projet Homage ambitionne de prévenir le développement de l’insuffisance cardiaque chez les personnes âgées présentant un risque cardiovasculaire élevé et d’individualiser leurs traitements. k cardiologie, qui se tiendra à Paris fin août 2019 », annonce le directeur de recherche. Régénérer le cœur Restent les insuffisances cardiaques à un stade très avancé, pour lesquelles aucun traitement classique n’est efficace. La seule solution possible actuellement est la greffe de cœur. Cependant, cette thérapie bute contre le nombre très limité de greffons disponibles. Pour résoudre – en partie – ce problème, certains chercheurs tablent sur les ser non pas les cellules souches mêmes, mais les facteurs de réparation qu’elles secrètent (vésicules extracellulaires, facteurs de croissance…), pour activer des voies de réparation endogènes du cœur. C’est la piste suivie par l’équipe Thérapies régénératives pour les maladies cardiaques et vasculaires, au Parcc, dirigée par Jean-Sébastien Silvestre et Philippe Menasché. « L’injection des « facteurs de réparation » dans une veine aurait l’avantage d’être peu invasive », explique Philippe Menasché. Les chercheurs ont vérifié l’efficacité de leur approche chez la souris. Si tout se passe bien, ils devraient lancer un premier essai chez l’Homme d’ici 2 à 3 ans, sur 12 patients. Mais aussi innovante soit-elle, la médecine régénérative est peu efficace pour l’instant contre les troubles du rythme cardiaque, ou arythmies cardiaques, une autre famille de maladies potentiellement fatales. Pouvant se Guillaume Lamirault  : unité 1087 Inserm/CNRS/Université de Nantes – CHU de Nantes Jérôme Guicheux  : unité1229/Inserm/ONIRIS-Universtité de Nantes Jean-Sébastien Silvestre, Philippe Menasché  : unité 970 Inserm/Université Paris Descartes 2F. Zannad et al. Circ Heart Fail., mai 2019 ; doi  : 10.1161/CIRCHEARTFAILURE.118.005897 2F. Alla et al. Eur J Heart Fail., juin 2018 ; doi  : 10.1002/ejhf.1193 2A. Schläpfer-Pessina et al. Rev Med Suisse, 2015 ; 11 (458)  : 199-205 2M. S. Maurer et al. N Engl J Med., 13 septembre 2018 ; doi  : 10.1056/NEJMoa1805689 2A. Kervadec et al. J Heart Lung Transplant., juin 2016 ; doi  : 10.1016/j.healun.2016.01.013 Inserm/Patrick Delapierre
Un boîtier de surveillance pour les insuffisants cardiaques Un boîtier qui permet de mesurer à domicile, via l’analyse d’une microgoutte de sang, plusieurs paramètres cardiaques et rénaux du patient, et d’alerter le médecin si nécessaire, pour adapter rapidement le traitement à distance  : voilà ce que développe l’équipe de Faiez Zannad depuis 4 ans. « À partir de juin prochain, nous testerons ce système sur 30 patients, pour évaluer son bon fonctionnement et son acceptabilité. Si tout se passe bien, fin 2020, nous lancerons un essai international sur environ un millier de patients, pour évaluer les bénéfices en matière de réduction des ré-hospitalisations et de la mortalité. » manifester par divers signes selon le trouble impliqué (fatigue, essoufflement, sensation de coups dans la poitrine ou d’emballement du cœur…), ces pathologies sont liées à des anomalies de l’activité électrique cardiaque, et se traduisent par des battements cardiaques rapides (tachycardie), lents (bradycardie) ou irréguliers (fibrillations ou extrasystoles). « Non prises en charge, elles peuvent induire des complications parfois invalidantes, voire mortelles, notamment des AVC, dus à l’obstruction d’une artère cérébrale par un caillot, et une insuffisance cardiaque », souligne Michel Haïssaguerre, directeur de l’institut bordelais Liryc, dédié à l’étude de ces maladies. Fibrillation auriculaire, extrasystoles ventriculaires, tachycardie jonctionnelle…  : il existe de nombreuses arythmies différentes selon leur effet sur les battements cardiaques (rapides, lents…) et la zone du cœur affectée (oreillettes, ventricules ou jonction entre les deux). « La plus répandue est la fibrillation auriculaire, dont l’incidence augmente avec l’âge », explique Michel Haïssaguerre. Selon l’Assurance maladie, cette maladie concerne 1% de la population générale, soit 671 200 Français, et plus de 10% des personnes de plus de 80 ans. À l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, l’équipe de Stéphane Hatem, directeur de l’unité de recherche sur les maladies cardiovasculaires, du métabolisme et de la nutrition, explore les mécanismes – encore mal connus – de ce trouble. Notamment, les chercheurs s’intéressent au rôle du tissu gras qui peut se développer sur l’épicarde, le feuillet de tissu enveloppant le muscle cardiaque. « En 2017, nous avons découvert que ce tissu adipeux favorise la fibrillation auriculaire en induisant la formation d’un tissu fibreux cicatriciel inerte au niveau de l’oreillette (fibrose). Cela en secrétant des substances appelées adipofibrokines. Plus récemment, nous avons Début d’intervention d’une greffe cardiaque à l’hôpital de la Pitié- Salpêtrière à Paris. Chaque année, ce type d’intervention permet la guérison de près de 500 patients. k Rajau/Phanie Insermle magazine #43 33 montré que l’altération de la déformation de la paroi des oreillettes, que l’on peut visualiser chez les patients avec l’IRM, permet de prédire la fibrose au niveau des oreillettes auriculaires », résume le chercheur. De quoi espérer développer un outil qui permette d’identifier très tôt un risque de fibrillation auriculaire et ainsi éviter ses complications. Mieux comprendre les causes de la mort subite Cela dit, reprend Michel Haïssaguerre, « le problème majeur lié aux troubles du rythme cardiaque reste la mort subite de l’adulte  : un fléau sous-estimé. Lié dans plus de 80% des cas à un emballement extrême des contractions du cœur, qui peuvent devenir totalement anarchiques (fibrillation ventriculaire), cet accident est responsable de près de 50 000 morts chaque année en France, soit 10% des décès ». Ce qui est 10 fois plus que les accidents de la route ! Pouvant toucher des personnes jeunes, de moins de 35 ans, qui s’écroulent soudainement, cet « accident » est, comme son nom l’indique, un décès imprévisible, survenant de façon brutale, en quelques secondes ou minutes après l’apparition des premiers symptômes, chez une personne a priori bien-portante. Si chez les victimes de plus de 35 ans, la mort subite à la suite d’une fibrillation ventriculaire (FV) est souvent la complication d’une maladie cardiaque déjà connue ou d’un infarctus du myocarde, chez les plus jeunes elle est généralement inexpliquée, les examens pratiqués ne montrant rien… « Il est crucial de mieux comprendre les mécanismes en cause dans les troubles du rythme cardiaque à l’origine de la mort subite. Cela est urgent pour arriver à développer des outils de diagnostic qui permettent d’identifier les personnes les plus à risque et adapter leur prise en charge », souligne Vincent Probst, responsable du Centre de prise en charge de la mort subite du sujet jeune du CHU de Nantes. Michel Haïssaguerre  : unité 1045 Inserm/Université de Bordeaux, Centre de recherche cardio-thoracique de Bordeaux Stéphane Hatem  : unité 1166 Inserm/Sorbonne Université Vincent Probst  : CIC Inserm1413 Nantes/Université de Nantes ; unité 1087 Inserm/CNRS/Université de Nantes – CHU de Nantes 2P. Haemers et al. Eur Heart J., 1er janvier 2017 ; doi  : 10.1093/eurheartj/ehv625 2A.T. Hubert et al. Radiology, janvier 2018 ; doi  : 10.1148/radiol.2017162787



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