Science & Santé n°43 jun/jui/aoû 2019
Science & Santé n°43 jun/jui/aoû 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°43 de jun/jui/aoû 2019

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Institut national de la santé et de la recherche médicale

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 15 Mo

  • Dans ce numéro : le coeur, un organe sensible.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Insermle magazine 30 #43 Des stents intelligents pour éviter les récidives d’infarctus Les stents sont de petits ressorts introduits dans les artères pour les maintenir ouvertes et ainsi empêcher leur obstruction et, par là, l’infarctus du myocarde. Ils libèrent parfois une molécule thérapeutique. Pour éviter la survenue à leur niveau, d’une resténose (où les cellules vasculaires colonisent l’implant et referment l’artère) ou k entre 1995 et 2010. Inquiétante, cette hausse est notamment liée à l’augmentation du nombre de fumeuses. Ainsi en 15 ans, le taux de fumeuses parmi les femmes victimes d’infarctus âgées de moins de 60 ans s’est envolé de 37,3% à… 73,1% ! Or le tabac favorise la maladie coronarienne. Et chez les jeunes femmes, ce risque est majoré du fait qu’il s’additionne à celui lié à la pilule contraceptive. « Il est urgent d’intensifier la prévention contre les risques cardiaques du tabac chez la femme », plaide Tabassome Simon. Mais joue aussi le fait que « les symptômes de l’infarctus chez la femme sont souvent trompeurs  : il peut s’agir d’angoisses, de nausées d’une thrombose (formation d’un caillot sanguin), Abdul Barakat, expert en biomécanique à Polytechnique, qui collabore avec Chantal Boulanger et Pierre-Louis Tharaux, directeurs de recherche Insermau Parcc, a développé un stent doté d’une micropuce capable de détecter toutes cellules pouvant la recouvrir  : « la micropuce émet alors un signal pour prévenir le médecin ». Le dispositif s’est avéré efficace chez le cochon. Désormais, le scientifique recherche des fonds pour perfectionner son système… avant de possibles tests chez l’humain. Petit ressort introduit dans une artère, le stent intelligent est capable d’émettre un signal d’alarme si des cellules viennent le recouvrir et menacer d’obstruer l’artère. k Les femmes méconnaissent le risque coronaire et ont tendance à sous-estimer leur douleur, ce qui rallonge les délais de prise en charge de l’infarctus, notamment chez les jeunes. grand angle A. Barakat et de douleurs abdominales, et non d’une forte douleur dans la poitrine comme chez l’homme, ce qui peut retarder le diagnostic », explique Nabila Bouatia-Naji, coresponsable de l’équipe Génétique de la physiopathologie des maladies artérielles au Parcc. Comparées aux hommes, les femmes auraient 40% de Adobe Stock risques en plus d’être mal diagnostiquées ! * Depuis 2017, l’équipe de Marie-Christine Boutron-Ruault, directrice de recherche Insermà Gustave-Roussy à Villejuif, met au point un outil pour mieux évaluer le risque cardiovasculaire chez la femme. « Les outils actuels ont été développés à partir d’études qui portaient essentiellement sur des hommes. Donc ils ne prennent pas en compte les facteurs de risque spécifiques aux femmes. Or même si celles-ci sont naturellement protégées par leurs hormones, tout facteur qui diminue ces dernières (ménopause, maladie de la thyroïde…) augmente le risque », explique la chercheuse. Pour concevoir leur outil, les scientifiques exploitent des données collectées chez les 100 000 femmes de la cohorte E3N, suivies depuis 1990. Des travaux qui devraient aboutir dans 4 ans. En attendant, l’équipe Optimisation de la modulation du récepteur aux œstrogènes en médecine à Toulouse, dirigée par Jean- François Arnal, travaille à mieux prévenir les dangers cardiovasculaires chez les femmes qui suivent un traitement hormonal substitutif de la ménopause (THS). Destiné à soulager divers désagréments dus à cette période (bouffées de chaleur, troubles du sommeil, ostéoporose…), ce traitement augmente le risque de formation d’un caillot sanguin dans le réseau veineux (thrombose veineuse) et d’obstruction d’une artère pulmonaire du cœur par un caillot (embolie pulmonaire). « Grâce à une meilleure compréhension du fonctionnement du récepteur des œstrogènes, nous avons pu élucider le mécanisme d’action d’un nouvel œstrogène naturel, l’estétrol, qui permet de protéger les artères », se réjouit Jean-François Arnal. Testé actuellement par le laboratoire pharmaceutique belge Mithra, * Voir S&S n°38, Grand angle « Sexe et genre, mieux soigner les femmes et les hommes », p.24-35 Nabila Bouatia-Naji  : unité 970 Inserm/Université Paris Descartes Marie-Christine Boutron-Ruault  : unité 1018 Inserm/UVSQ/Université Paris-Sud – Ined, Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations (CESP) Jean-François Arnal  : unité 1048 Inserm/Université Toulouse III-Paul-Sabatier, Institut des maladies métaboliques et cardiovasculaires (I2MC) 2J. Wu et al. Eur Heart J Acute Cardiovasc Care, 29 août 2016 ; doi  : 10.1177/2048872616661693. 2J.-F. Arnal et al. Physiol Rev, juillet 2017 ; doi  : 10.1152/physrev.00024.2016 2M.-C. Valéra et al. Med Sci (Paris), décembre 2018 ; doi  : 10.1051/medsci/2018297
Pr Motreff/CHU Clermont-Ferrand ce produit moins risqué pourrait être incorporé aussi bien dans un THS que dans une pilule contraceptive. Il pourrait être commercialisé d’ici à 3 ans. À Paris, Nabila Bouatia-Naji concentre, elle, ses efforts sur la compréhension d’un autre trouble cardiaque très féminin  : la dissection spontanée de l’artère coronaire, une forme rare d’infarctus, qui survient sans facteurs de risque cardiovasculaire classiques, et qui touche dans 80-90% des cas des femmes. Lors d’une étude publiée en janvier, son équipe a identifié un premier facteur génétique impliqué dans cette maladie  : une mutation dans un gène particulier, dit PHACTR1. « Avec l’identification des autres gènes en cause, nous pourrons mieux évaluer le risque de survenue de cette maladie mal connue, et ainsi déterminer les patientes qui nécessitent un suivi à long terme », projette la chercheuse. Mais il n’y a pas que l’infarctus ! Un autre trouble cardiaque inquiète de plus en plus  : l’insuffisance cardiaque. Caractérisée par une fatigue constante, un essoufflement Affectant des femmes dans 80-90% des cas, la dissection spontanée de l’artère coronaire est une forme rare d’infarctus. Visualisée ici via deux techniques d’angiographie (A et B), elle consiste en une brèche dans le feuillet interne de l’artère coronaire (Y). k accru voire une difficulté à respirer, cette maladie correspond à une incapacité du cœur à assurer un débit cardiaque suffisant pour répondre aux besoins de l’organisme. L’insuffisance cardiaque, un nouveau défi majeur Affectant environ 130 000 Français, elle a vu sa prévalence bondir de 35% en 10 ans. En cause  : « le vieillissement de la population, car l’âge favorise ce trouble. Mais aussi – fait ironique – les progrès contre l’infarctus. Lequel tue désormais moins, mais augmente la prévalence de l’insuffisance cardiaque », explique Faiez Zannad, directeur du centre d’investigations cliniques de Nancy. Or en dépit des avancées médicales réalisées ces trois dernières décennies, « près de 50% des insuffisants cardiaques meurent dans les 5 ans après leur diagnostic ». Lors de travaux publiés en février dernier, l’équipe de Catherine Llorens-Cortes a montré que le firibastat, ce nouvel agent thérapeutique testé aussi contre l’hypertension (voir p.28-29), pourrait être une Insermle magazine #43 31 solution efficace, s’il est administré dans les 24 heures suivant l’infarctus. « Chez le rat, nous avons observé que ce médicament normalise l’activité du système rénine-angiotensine cérébral [un système hormonal qui, lorsqu’il est hyperactif, favorise l’insuffisance cardiaque,ndlr.] et améliore la fonction cardiaque », précise la chercheuse. Ce traitement sera testé chez 294 insuffisants cardiaques. Les résultats sont attendus pour mi-2020. À Toulouse, Christophe Heymes et Rémy urcelin de l’Institut des maladies métaboliques et cardiovasculaires parient, eux, sur une toute nouvelle approche thérapeutique qui vise à agir sur les bactéries qui peuplent nos intestins, le microbiote intestinal ! « Plusieurs études ont suggéré que la diminution du débit cardiaque liée à l’insuffisance cardiaque peut fortement modifier le microbiote. Alors, celui-ci peut contribuer à l’aggravation de l’insuffisance cardiaque. Cela via, par exemple, une baisse de la production de certaines molécules bactériennes cardio-protectrices, comme l’acide gras butyrate », explique Rémy Burcelin. D’où l’idée d’isoler de telles molécules pour ensuite les inclure dans des compléments alimentaires. « Lors de récents travaux chez la souris, nous avons identifié quelques-unes de ces substances », se réjouit Christophe Heymes. Les détails devraient être publiés dans quelques mois. Outre l’amélioration des traitements de l’insuffisance cardiaque, il faudra développer des outils de diagnostic plus sensibles et spécifiques. C’est justement le but du projet Homage, chapeauté par Faiez Zannad, et coordonné par l’Inserm. « L’idée est d’analyser des millions de données moléculaires et autres, récoltées chez 30 000 volontaires suivis dans 10 pays dont la France. Avec deux grands buts  : identifier des marqueurs qui permettent un meilleur dépistage ; et segmenter la maladie en plusieurs sous-types, afin de Faiez Zannad  : CIC Inserm1433 Nancy/Université de Lorraine Christophe Heymes, Rémy Burcelin  : unité 1048 Inserm/Université Toulouse III-Paul-Sabatier 2D. Adlam et al. J Am Coll Cardiol., 8 janvier 2019 ; doi  : 10.1016/j.jacc.2018.09.085 2M. Franzin-Garrec, Soins, 2013 ; doi  : 10.1016/j.soin.2013.02.003 2P. Rossignol et al. Lancet, 9 mars 2019 ; doi  : 10.1016/S0140-6736 (18) 31808-7 2F.H.H. Leenen et al. J Cardiovasc Pharmacol., février 2019 ; doi  : 10.1097/FJC.0000000000000638



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