Science & Santé n°43 jun/jui/aoû 2019
Science & Santé n°43 jun/jui/aoû 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°43 de jun/jui/aoû 2019

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Institut national de la santé et de la recherche médicale

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 15 Mo

  • Dans ce numéro : le coeur, un organe sensible.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Insermle magazine 28 #43 A Popov/Adobe Stock La maladie cardiovasculaire la plus meurtrière reste l’infarctus du myocarde. Première cause de décès dans le monde selon l’OMS, il représente encore 10% des décès en France, avec 18 000 morts par an. Pour mieux prévenir sa survenue (prévention primaire) et ses récidives (prévention secondaire), il est urgent de mieux lutter contre ses facteurs de risque. Dont l’hypertension artérielle. Caractérisée par une pression anormalement élevée du sang dans les vaisseaux sanguins, ce trouble concerne pas moins de 30% des adultes. « Malgré les nombreuses classes médicamenteuses disponibles, l’hypertension artérielle reste mal contrôlée chez plus de 45% des hypertendus. Notamment à cause de la non-prise des médicaments par 50% des patients, ce que l’on appelle l’inobservance médicamenteuse », éclaire Michel Azizi, directeur du centre d’investigation clinique de l’Hôpital européen Georges-Pompidou. Justement, son équipe teste une approche non médicamenteuse, qui ne poserait donc pas de problème d’observance  : la dénervation rénale par ultrasons focalisés. « Comme son nom l’indique, ce traitement est fondé sur l’utilisation d’ultrasons focalisés, délivrés via un cathéter introduit dans une artère, explique le chercheur, et consiste à détruire des fibres nerveuses situées dans la couche de tissu autour des artères du rein, qui jouent un rôle important dans la régulation de la pression artérielle. » Lors d’une étude menée sur 146 patients qui ne prenaient aucun traitement antihypertenseur, cette approche a permis, après 2 mois de suivi, une diminution significative de la pression artérielle chez plus de 66% des personnes traitées. Le bénéfice s’est maintenu à 6 mois. « Si grand angle ces résultats se confirment, cette technique pourrait être utilisée en routine dans les 5 prochaines années. » Côté médicaments, une étude menée sur 34 hypertendus par les équipes de Michel Azizi et Catherine Llorens-Cortes, responsable de l’équipe Neuropeptides centraux La dénervation rénale par ultrasons utilise un générateur et un ballonnet contenant la sonde à ultrasons (haut). Introduite dans une artère (milieu), celle-ci permet de détruire des fibres nerveuses de la couche de tissu autour des artères du rein (bas). k L’hypertension artérielle est la maladie chronique la plus fréquente en France et semble anodine car elle est généralement silencieuse. D’où l’importance d’un suivi régulier. k D. R. et régulations hydrique et cardiovasculaire au Collège de France à Paris, a apporté les premières données d’efficacité du chef de file d’une nouvelle classe d’antihypertenseurs  : le firibastat. Ces résultats ont été validés par un second essai clinique publié en avril. « Le firibastat pourrait venir étoffer l’arsenal d’antihypertenseurs dans quelques années », estime-t-elle. Bon et mauvais cholestérol Un autre facteur de risque majeur de « crise cardiaque » est le « mauvais » cholestérol, ou LDL (low density lipoprotein ou lipoprotéine de basse densité). En excès (supérieur à 0,7 g/L), il peut se déposer sur la paroi des vaisseaux et former des plaques graisseuses (athérosclérose), à l’origine de l’infarctus. Les médicaments anticholestérol phares actuels, les statines, ne parviennent pas à faire baisser suffisamment le taux de cholestérol-LDL chez 50% des patients à haut risque cardiovasculaire. Mais, bonne nouvelle, à l’hôpital Bichat, Gabriel Steg, directeur de l’équipe Maladie athérothrombotique du cœur et du cerveau au Laboratoire de recherche vasculaire translationnelle, et ses collègues sont sur la piste de nouvelles molécules anticholestérol, utiles pour la prévention secondaire de l’infarctus  : les anticorps anti-PCSK9 (pour proprotéine convertase subtilisine/kexine 9). Lesquels bloquent l’activité de l’enzyme PCSK9, qui contribue à augmenter le taux de LDL circulant. Un essai publié en février dernier, et mené sur 18 924 patients, a montré qu’injecter une fois toutes les 2 semaines un anti-PCSK9 appelé l’alirocumab, réduit Michel Azizi  : CIC Inserm1418/Université Paris Descartes ; Hôpital européen Georges-Pompidou, unité d’hypertension artérielle Catherine Llorens-Cortes  : unité 1050 Inserm/CNRS – Collège de France, Centre interdisciplinaire de recherche en biologie Gabriel Steg  : unité 1148 Inserm/Université Paris 13-Paris Nord/Université Paris Diderot-Paris 7 2Étude épidémiologie Esteban de Santé publique France et étude May Measurement Month de l’International Society of Hypertension (2017) 2M. Azizi et al. The Lancet, 23 mai 2018 ; doi  : 10.1016/S0140-6736 (18) 31082-1 2M. Azizi et al. Circulation, 17 mars 2019 ; doi  : 10.1161/CIRCULATIONAHA.119.040451 2M. Azizi et al. J Hypertens, 14 mars 2019 ; doi  : 10.1097/HJH.0000000000002092 2K. Ferdinand et al. Circulation, 24 avril 2019 ; doi  : 10.1161/CIRCULATIONAHA.119.040070 2M. Szarek et al. J Am Coll Cardiol., 5 février 2019 ; doi  : 10.1016/j.jacc.2018.10.039
Inserm/Jacky Larrue significativement le taux de LDL et diminue de 15% la mortalité après infarctus chez les patients avec un taux de LDL élevé malgré un traitement maximal par statines. « Étudié actuellement par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, qui pourrait décider son remboursement pour certains patients ne répondant pas suffisamment aux statines, ce traitement pourrait être accessible pour cette indication, dans les années à venir », espère Gabriel Steg. Pour Cécile Vindis, responsable de l’équipe Mort cellulaire et autophagie dans l’athérosclérose, à l’Institut des maladies métaboliques et cardiovasculaires de Toulouse, une autre approche possible contre le cholestérol consisterait… à augmenter le taux du bon cholestérol, le HDL (high density lipoprotein ou lipoprotéine de haute densité) ! Après plusieurs échecs dans les années 2000, cette piste a été abandonnée. Or voilà qu’une récente étude réalisée par l’équipe de la chercheuse, suggère qu’il faudrait la réexplorer, à condition de l’affiner quelque peu. « Nos travaux indiquent qu’il ne faut pas uniquement augmenter la quantité de HDL, mais agir sur leur qualité en administrant, par exemple, des HDL synthétiques contenant une quantité plus importante de lipides particuliers, k « Un traitement qui cible la plaque d’athérosclérose aiderait à éviter l’infarctus » capables de réduire le risque d’obstruction artérielle, comme certains phospholipides oxydés », postule Cécile Vindis. Cela dit, Ziad Mallat, coresponsable de l’équipe Immunité innée et adaptative dans les pathologies vasculaires au Parcc, en est convaincu  : pour en finir tout à fait avec l’infarctus il faudra arriver à attaquer le mal à la racine, en développant un traitement qui cible directement la croissance de la plaque d’athérome à l’origine de la maladie (athérosclérose). « Un tel traitement aiderait à éviter la survenue d’infarctus même en présence de facteurs de risque », relève le chercheur. Plusieurs travaux ont montré que des cellules immunitaires particulières, les lymphocytes T régulateurs (Treg), ont un effet protecteur contre l’athérosclérose ; alors qu’un autre type de cellules immunitaires, les lymphocytes B (LB), favorise au contraire ce trouble. Aussi les chercheurs testent-ils des traitements susceptibles d’augmenter les premiers et de réduire les seconds. Un produit semble particulièrement intéressant  : l’aldesleukine, une forme humaine recombinante d’une molécule dite interleukine-2 (IL-2), qui donnée à petites doses favorise la production de Treg. Il y a deux ans, Ziad Mallat et ses collègues ont lancé un essai pour tester l’efficacité de ce traitement chez 57 patients atteints de maladie coronaire. L’objectif  : évaluer son innocuité et L’athérosclérose, lésion de la paroi des artères de gros et moyen calibres, consiste en un épaississement localisé (amas rouge) de la paroi artérielle interne, l’intima. Insermle magazine #43 29 éterminer la dose qui augmente d’au moins 75% le taux moyen de Treg circulants. « Les premiers résultats sont prometteurs », confie le chercheur. Les détails devraient être publiés avant la fin 2019. À leur suite, l’équipe a lancé une deuxième étude, cette fois chez des patients admis pour un infarctus, afin d’évaluer l’efficacité de l’aldesleukine contre un processus connu pour être une cause majeure d’athérosclérose  : l’inflammation vasculaire. Laquelle correspond à un ensemble de réactions qui surviennent au niveau de la paroi des artères, en réponse à une agression (accumulation de cholestérol, tabac…). Reste qu’empêcher le développement de la plaque d’athérome ne pourra rien contre les infarctus inexpliqués, qui surviennent à répétition, en l’absence de toute plaque d’athérome. Mais là aussi, il y a du nouveau ! Une étude publiée en janvier dernier par l’équipe de Thierry Couffinhal, directeur de l’unité Biologie des maladies cardiovasculaires à l’université de Bordeaux, suggère que ce type de trouble pourrait être lié à une mutation acquise des cellules endothéliales, qui tapissent la paroi interne des vaisseaux sanguins. D’où l’idée « de séquencer le génome de ces cellules chez une dizaine de patients, pour tenter d’identifier de potentielles mutations en cause ». Débutés depuis quelques mois, ces travaux devraient aboutir dans quelques années. Mieux protéger le cœur des femmes Un autre défi majeur consiste à mieux diagnostiquer les maladies cardiaques chez la femme. Selon l’étude Fast-MI 2015, entre 1995 et 2015, la mortalité des femmes 30 jours après un infarctus a chuté de 24% à 5%. Problème  : la proportion des femmes de moins de 60 ans victimes d’un infarctus est passée de 11,8% à 25,5%, Cécile Vindis  : unité 1048 Inserm/Université Toulouse III-Paul- Sabatier Ziad Mallat  : unité 970 Inserm/Université Paris Descartes ; Université de Cambridge, Royaume-Uni Thierry Couffinhal  : unité 1034 Inserm/Université de Bordeaux 2C. Garcia et al. J ThrombHaemost., 15 mars 2018 ; doi  : 10.1111/jth.14003. 2H. Ait-Oufella et al. Circ Res., 2014 ; doi  : 10.1161/CIRCRESAHA.114.302761 2A. Guy et al. Haematologica, janvier 2019 ; doi  : 10.3324/haematol.2018.195321 2E. Puymirat et al. JAMA, 12 septembre 2012 ; doi  : 10.1001/2012.jama.11348.



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