Science & Santé n°43 jun/jui/aoû 2019
Science & Santé n°43 jun/jui/aoû 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°43 de jun/jui/aoû 2019

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Institut national de la santé et de la recherche médicale

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 15 Mo

  • Dans ce numéro : le coeur, un organe sensible.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Insermle magazine 26 #43 Célébré depuis des siècles par les poètes, le cœur est essentiel à la vie. À chaque battement, il propulse le sang dans tout notre corps, à la manière d’une pompe. Et ravitaille ainsi tous nos tissus en oxygène et nutriments indispensables à leur bon fonctionnement. « Contrairement à d’autres organes (reins…), il est impossible de vivre sans cœur plus de quelques minutes », rappelle Bernard Lévy, ex-directeur de l’unité InsermSystème cardiovasculaire à l’hôpital Lariboisière, et professeur de physiologie émérite à Paris. Pas étonnant donc que cet organe soit le premier à se former lors du développement embryonnaire. « Ses premières ébauches apparaissent dès le 20 e jour, alors que l’embryon ne mesure que 2 millimètres. Et il commence à battre dès le 23 e jour… Quand les poumons ne se forment qu’à partir de la 8 e semaine », s’émerveille encore Alain Lacampagne, directeur adjoint de l’unité Physiologie et médecine expérimentale du cœur et des muscles, à Montpellier. À l’âge adulte, « le cœur propulse chaque jour près de 4 000 litres de sang… soit plusieurs centaines de camions-citernes de 5 000 litres chaque année ! », compare Bernard Lévy. Cette efficacité surprenante pour ce muscle creux pas plus gros qu’un poing – dénommé aussi myocarde –, est possible grâce à sa structure hautement spécialisée. « D’un point de vue physiologique, nous avons deux cœurs  : un droit et un gauche », relève Alain Lacampagne. En effet, le cœur comprend deux parties, elles-mêmes divisées en deux cavités  : d’un côté, l’oreillette (ou atrium) gauche et le ventricule gauche, de l’autre, l’oreillette droite et le ventricule droit (voir p.27). « La partie droite reçoit le sang pauvre en oxygène provenant des organes, et l’envoie aux poumons, pour le débarrasser du dioxyde de carbone et le réoxygéner. La partie gauche accueille le sang fraîchement oxygéné au niveau des poumons, et le distribue ensuite dans tout le corps », poursuit le chercheur montpelliérain. Les cavités du cœur sont séparées par quatre orifices dotés de valves, qui s’ouvrent et se k L’infarctus du myocarde, ou « crise cardiaque », survient quand un caillot obstrue une artère du cœur et prive ainsi une région de l’organe d’oxygène, d’où sa couleur rouge (à droite). grand angle referment alternativement, un peu comme des portes d’écluse, ce qui permet au sang de toujours circuler dans le même sens  : des valves tricuspide, pulmonaire, mitrale, jusqu’à la valve aortique. La fermeture de ces valves s’accompagne d’un bruit  : les battements cardiaques, qui surviennent à raison de 60 à 100 par minute chez les adultes. Chaque battement, chaque contraction du cœur naît grâce à une impulsion électrique générée par un stimulateur cardiaque naturel logé au sommet de l’oreillette droite  : le nœud sinusal. « Les impulsions électriques se transmettent ensuite, de proche en proche, à un autre groupe de cellules, le nœud atrioventriculaire, situé à la limite entre les oreillettes et les ventricules. Et de là, aux ventricules via un système de fibres spécialisées  : le faisceau de His et le réseau de Purkinje », décrit Alain Lacampagne. La phase de relâchement du cœur correspond à la diastole. La pression exercée alors par le sang sur les parois des artères est appelée pression diastolique. La phase de contraction est dite elle, systole, et la pression artérielle mesurée alors, pression systolique. En elles-mêmes, les contractions cardiaques sont assurées par des cellules spécialisées siégeant dans les oreillettes et les ventricules  : les cellules musculaires cardiaques (ou cardiomyocytes) contractiles. « Le muscle cardiaque contient aussi des cellules nerveuses, immunitaires et vasculaires et des fibroblastes, à savoir des cellules de soutien et de régénération », détaille Alain Lacampagne. Récemment, Jean-Sébastien Hulot, responsable de l’équipe Biologie et pharmacologie de l’insuffisance cardiaque, au Paris-Centre de recherche cardiovasculaire (Parcc), et ses collègues, ont découvert l’existence d’une nouvelle population de cellules cardiaques  : des cellules souches impliquées dans la fibrose, un processus qui survient après une destruction substantielle de tissu cardiaque, et qui induit la production d’un tissu fibreux inerte, cicatriciel. « Grâce aux techniques d’exploration modernes, la structure du muscle cardiaque se révèle plus complexe que nous ne pensions », constate Jean-Sébastien Hulot. Une pompe extraordinaire, mais fragile On l’aura compris  : dans notre poitrine, bat un bijou d’ingénierie naturelle, d’une fiabilité, d’une puissance et d’une complexité inouïes. Reste qu’aussi fiable et puissant soit-il, notre cœur est extrêmement fragile. « Contrairement à la peau ou au sang qui sont regénérés en permanence, il ne peut pas s’autoréparer », souligne Alain Lacampagne. Or de nombreux « grains de sable » peuvent s’immiscer dans les rouages de la pompe cardiaque et entraîner des maladies souvent graves, responsables d’une altération de la qualité de vie, d’hospitalisations en série, et – trop souvent – de décès… Ainsi, Bernard Lévy, Jean-Sébastien Hulot  : unité 970 Inserm/Université Paris Descartes Alain Lacampagne  : unité 1046/Université Montpellier/CNRS 2E. Yaniz-Galende et al. J Am Coll Cardiol., 8 août 2017 ; doi  : 10.1016/j.jacc.2017.06.010. Inserm/Serge Renaud
Inserm/Antoine Guitton Demoncay L’anatomie du cœur l’obstruction par un dépôt graisseux des artères du cœur (athérosclérose) induit une insuffisance cardiaque, des valvulopathies, des troubles du rythme cardiaque… Favorisées par la génétique, l’âge, divers facteurs liés à notre mode de vie moderne (sédentarité, obésité, tabac…), mais aussi les thérapies anti-cancer – une nouvelle menace qui a émergé ces dernières années –, ces pathologies sont toutes potentiellement mortelles. Certes, « la recherche a permis de faire d’énormes progrès contre les maladies du cœur », relativise Alain Tedgui, ancien directeur du Parcc et Grand Prix Inserm2018. C’est notamment le cas pour l’infarctus du myocarde (ou « crise cardiaque ») , qui correspond à la mort d’une partie des cellules cardiaques après l’obstruction d’une artère qui l’irriguait. D’après les dernières données du registre français Fast-MI* de la Société française de cardiologie concernant les hospitalisations pour ce trouble, le taux de mortalité 30 jours après a chuté de 10,2% en 1995 à 2,1% en 2015. « Spectaculaire, ce progrès est notamment lié à la généralisation de l’angioplastie, qui permet de dilater l’artère bouchée grâce à un ballonnet », explique Tabassome Simon, qui co-coordonne le registre Fast-MI. L’infarctus demeure un fléau Pour autant, reprend Alain Tedgui, « les maladies cardiaques restent très meurtrières. » Selon l’Organisation mondiale de la santé, les pathologies cardiovasculaires [du cœur et des vaisseaux sanguins,ndlr.] demeurent la première cause de décès dans le monde, et sont responsables de 17,7 millions de morts Insermle magazine #43 27 dans le monde chaque année, soit 31% des décès. En France, elles tuent 150 000 personnes chaque année… soit 400 par jour ! Bref, plus que jamais, la recherche cardiovasculaire reste cruciale. * Pour French registry on acute ST-elevation and non ST-elevation myocardial infarction  : Registre français des infarctus du myocarde avec et sans susdécalage du segment ST Alain Tedgui  : unité 970 Inserm/Université Paris Descartes Tabassome Simon  : unité 1148 Inserm/Université Paris 13/Université Paris Diderot, Laboratoire de recherche vasculaire translationnelle ; Hôpital Saint-Antoine, département Recherche clinique et développement de l’AP-HP, unité de recherche clinique de l’Est parisien 2E. Puymirat et al. Circulation, 14 novembre 2017 ; doi  : 10.1161/CIRCULATIONAHA.117.030798 2017



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