Science & Santé n°43 jun/jui/aoû 2019
Science & Santé n°43 jun/jui/aoû 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°43 de jun/jui/aoû 2019

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Institut national de la santé et de la recherche médicale

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 15 Mo

  • Dans ce numéro : le coeur, un organe sensible.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Insermle magazine 22 #43 têtes chercheuses L’instant où... Christelle Monville, de l’Institut des cellules souches pour le traitement et l’étude des maladies monogéniques (I-Stem), en partenariat avec l’AFM Téléthon, à Évry, a développé un patch cellulaire qui va faire l’objet d’un essai chez des malades souffrant de rétinites pigmentaires. Ce travail a reçu le prix La Recherche 2019 en santé. Il y a dix ans, j’ai passé une journée au laboratoire de Pete Coffey, un spécialiste londonien des maladies de la vision. Il m’a alors montré une flasque remplie de cellules entièrement marron. C’était une culture de cellules pigmentées de l’épithélium rétinien, la couche de cellules située derrière la rétine ! À ce moment-là, je me suis dit  : on peut y arriver aussi. Et notre projet d’une thérapie cellulaire pour soigner des rétinites pigmentaires3 était lancé. Dans les semaines qui ont suivi, nous avons obtenu nos premières cellules épithéliales à partir de cellules souches embryonnaires humaines, à l’origine de tous les tissus de l’organisme et prélevées directement sur un embryon. Puis, en concertation avec les ophtalmologues de l’Institut de la vision à Paris, nous avons décidé d’élaborer un patch sur lequel nous pourrions placer les cellules épithéliales toutes orientées dans le même sens, comme elles le sont naturellement dans l’œil. Nous avons alors choisi comme support une membrane amniotique qui vient du placenta et qui était déjà utilisée pour les greffes de cornée. En 2017, c’est le deuxième déclic. La greffe du patch derrière la rétine de rats modèles de rétinite pigmentaire a évité que leurs photorécepteurs3 dégénèrent. J’ai alors vraiment cru à un traitement pour les malades. Le 23 janvier dernier, nous avons reçu le feu vert de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé pour organiser un essai clinique dans les rétinites pigmentaires liées à des anomalies des cellules épithéliales, qui devrait débuter d’ici la fin de l’année. « C’était une culture de cellules pigmentées de l’épithélium ! » AFM-Téléthon/Christophe Hargoues Christelle Monville unité 861 Inserm/Université d’Évry-Val-d’Essonne/Genopole d’Évry Et trois semaines plus tard, Jean Jouzel, le climatologue lauréat du prix Vetlesen, l’équivalent d’un Nobel des sciences de la Terre et de l’Univers, me remettait le prix La Recherche. Aujourd’hui, je suis extrêmement fière car l’essai et cette récompense sont l’aboutissement de dix ans d’un travail d’équipes – celles de l’I-Stem, mais aussi celles d’Olivier Goureau à l’Institut de la vision et de MohamedJarraya à l’hôpital Saint-Louis à Paris. Propos recueillis par Françoise Dupuy Maury Inserm/UEVE/I-Stem Cellules de l’épithélium pigmenté de la rétine obtenues à partir de cellules souches humaines (en rouge les noyaux, en vert les membranes des cellules) k 4Rétinite pigmentaire. Maladie génétique de la rétine qui touche les photorécepteurs ou les cellules épithéliales et peut conduire à la cécité 4Photorécepteur. Cellule nerveuse de la rétine, de type bâtonnets et cônes, sensible à la lumière Olivier Goureau  : unité 968 Inserm/CNRS/UPMC MohamedJarraya  : banque de tissus humains de l’hôpital Saint-Louis
LES MYSTÈRES DU DESTIN CELLULAIRE Depuis sa thèse, Samuel Collombet s’intéresse à la régulation de l’expression des gènes à l’origine du destin de chaque cellule de l’organisme. Aujourd’hui, son postdoctorat vise à percer les secrets de ces mécanismes d’épigénétique grâce à l’inactivation du chromosomeX. Samuel Collombet, post-doctorant dans le laboratoire d’Edith Heard qui vient de déménager au Laboratoire européen de biologie moléculaire, à Heidelberg en Allemagne, fait partie des quatorze lauréats du prix Jeunes chercheurs 2018 de la Fondation Bettencourt-Schueller. Ce prix, doté de 25 000 euros, confirme l’intérêt de ses travaux sur l’épigénétique, « c’est-à-dire sur les mécanismes de régulation des gènes qui font qu’avec un même génome, les cellules n’ont pas le même destin ; une connaissance qui permet de changer leurs fonctions [par génie génétique,ndlr.] », explique-t-il. Déjà lors de sa thèse dans l’équipe de Denis Thieffry, de l’École normale supérieure à Paris, Samuel Collombet avait travaillé à la reprogrammation de lymphocytes B en macrophages (des cellules du système immunitaire) ou en cellules pluripotentes, c’est-à-dire capables de produire tous les tissus de l’organisme. Aujourd’hui, il étudie les mécanismes épigénétiques à partir de l’inactivation du chromosomeX. « Ce modèle, dans lequel tous les gènes ne peuvent plus s’exprimer, têtes chercheuses premier succès Samuel Collombet unité 1024 Inserm/CNRS/ENS, IBENS ; European Molecular Biology Lab, Heidelberg permet de comprendre l’architecture des autres chromosomes dans le noyau et la régulation de leurs gènes, précise-t-il. Ainsi, les chercheurs du laboratoire ont constaté que la régulation d’un gène s’accompagne de toute une réorganisation de la chromatine [l’ADN compacté qui forme le noyau,ndlr.] autour de lui. Reste à savoir si c’est la régulation qui provoque cette modification, ou l’inverse. » Enfin, le jeune lauréat vient de débuter un nouveau projet sur l’hétérogénéité des cellules. « Je vais étudier l’expression de tous les gènes à l’échelle d’une cellule unique, afin d’identifier les différences qui existent d’une cellule à l’autre au sein d’une même population, complète-t-il. La compréhension de la dynamique des cellules dans l’organisme contribuera à trouver des moyens de les protéger d’une mauvaise régulation épigénétique comme c’est le cas dans les cancers par exemple. » Françoise Dupuy-Maury Denis Thieffry  : unité 1024 Inserm/CNRS/ENS, IBENS 2S. Collombet et al. PNAS, 6 juin 2017 ; doi  : 10.1073/pnas.1610622114 2L. Giorgetti et al. Nature, 28 juillet 2016 ; doi  : 10.1038/nature18589 Insermle magazine #43 23 Inserm/François Guénet



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