Science & Santé n°42 mar/avr/mai 2019
Science & Santé n°42 mar/avr/mai 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°42 de mar/avr/mai 2019

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Institut national de la santé et de la recherche médicale

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 12,1 Mo

  • Dans ce numéro : les prochains défis de la recherche.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Insermle magazine 26 #42 1,4million  : c’est le nombre de personnes qui seraient aujourd’hui touchées en France par une maladie neurodégénérative, d’après Santé Publique France. Parmi les plus connues – et aussi les plus fréquentes  : les maladies d’Alzheimer et de Parkinson et la sclérose en plaques. Mais aussi les démences à corps de Lewy, la dégénérescence corticobasale, la paralysie supranucléaire progressive, la maladie de Huntington, la sclérose latérale amyotrophique, aussi connue sous le nom de maladie de Charcot et médiatisée Les maladies neurodégénératives sontelles toutes des démences ? Les maladies neurodégénératives peuvent être classées en fonction des zones atteintes, ou des symptômes qu’elles occasionnent – des paramètres qui se recouvrent parfois entre maladies. Existent ainsi les démences, des syndromes caractérisés par une altération de la fonction cognitive (mémoire, raisonnement, orientation, compréhension, calcul, apprentissage, langage, jugement…), la maladie d’Alzheimer étant la principale cause de démence. Il existe aussi les syndromes parkinsoniens et les maladies apparentées, dans lesquels on observe des troubles principalement moteurs et qui regroupent la maladie de Parkinson (80% des cas selon l’association France Parkinson), mais aussi l’atrophie multisystématisée, la paralysie supranucléaire progressive, la dégénérescence cortico-basale, la maladie à corps de Lewy. Autre classe  : les maladies neuromusculaires, comme les amyotrophies spinales, dans lesquelles les cellules nerveuses motrices sont touchées. Parfois, les spécialistes parlent aussi de tauopathies, qui regroupent des maladies neurodégénératives impliquant la protéine tau, de nucléopathies liées à l’alphasynucléines… grand angle il y a deux ans à travers l’opération de collecte de dons Ice Bucket Challenge. Leur point commun ? « Toutes ces maladies ont généralement une évolution progressive, lente, et se caractérisent par une dégénérescence des cellules nerveuses, cellesci finissant par perdre leurs fonctionnalités normales, avant de mourir », explique Étienne Hirsch, spécialiste de la maladie de Parkinson, directeur de l’institut thématique multi-organismes Neurosciences, sciences cognitives, neurologie et psychiatrie d’Aviesan et de l’institut thématique du même nom à l’Inserm. Contrairement à d’autres cellules du corps humain, comme celles du foie ou certaines cellules sanguines, les neurones, lorsqu’ils sont endommagés ou meurent, ne sont pas remplacés dans la plupart des cas. Or les cibles de ces maladies ne sont pas anodines  : les neurones sont les unités de base de notre système nerveux, responsables de fonctions aussi vitales que la respiration, le rythme cardiaque, la digestion, mais aussi de fonctions dites supérieures, comme la mémoire, l’attention, les fonctions exécutives, les apprentissages, le langage… On comprend dès lors facilement pourquoi, lorsque certaines populations de ces neurones sont touchées, des symptômes graves mais aussi très spécifiques apparaissent. « Les neurones meurent dans des zones du cerveau spécifiques à chaque maladie neurodégénérative. Même s’il y a des bases communes, les symptômes sont donc souvent différents k d’une maladie à une autre », précise Étienne Hirsch. Dans le cas de la maladie d’Alzheimer par exemple, les zones du système nerveux affectées sont principalement le cortex cérébral, en particulier les régions associatives et l’hippocampe, entraînant des troubles de la mémoire, des altérations de la pensée, du jugement et du langage, des changements comportementaux... Avec la maladie de Parkinson, c’est surtout la substance noire et le tronc cérébral qui sont touchés dans un premier temps, occasionnant des tremblements des membres au repos, un ralentissement de la vitesse d’exécution des mouvements, une raideur musculaire… Des protéines mal conformées Il y a une dizaine d’années, une découverte a révolutionné la compréhension de ces maladies  : l’identification du rôle de certaines protéines qui adoptaient des conformations pathologiques. « C’est un autre point commun aux maladies neurodégénératives  : des protéines qui ont des fonctions physiologiques importantes voient l’organisation de leurs molécules modifiée. Dans la maladie de Huntington par exemple, le gène qui code pour la protéine huntingtine peut muter et Étienne Hirsch  : unité 1127 Inserm/CNRS/Université Pierre-et- Marie-Curie, ICM, équipe Thérapeutique expérimentale dans la maladie de Parkinson (ETPD) Coupe de mésencéphale humain sur laquelle ont été repérés des neurones dopaminergiques qui dégénèrent dans la maladie de Parkinson. On observe ainsi une diminution progressive de la coloration brune de la substance noire traduisant la perte neuronale et donc l’évolution de la maladie. Inserm/Étienne Hirsch
Inserm/Flore Avram Quelle lésion pour quelle maladie ? cérébral, avant de gagner tout le cortex dans des démences à corps de Lewy. Dans la sclérose latérale amyotrophique, selon la forme de la maladie, c’est la protéine superoxyde dismutase 1 (SOD1) ou la protéine TDP-43 qui s’accumule. Mais pourquoi ces protéines deviennentelles anormales ? Les mécanismes qui aboutissent à de tels comportements font encore débat, mais une piste intéressante émerge. Stéphane Haïk, chef de l’équipe Maladie d’Alzheimer - Maladies à prions à l’Institut du cerveau et de la moelle épinière (ICM) à Paris, étudie les maladies à prions, des maladies rares dont 100 à 150 cas sont diaexprimer un domaine contenant plusieurs acides aminés supplémentaires qui force cette protéine à changer de conformation et à s’agréger à ses semblables pour former des amas », explique Tangui Maurice, directeur du laboratoire Mécanismes moléculaires dans les démences neurodégénératives, à Montpellier. Des mécanismes similaires sont désormais bien documentés pour la maladie d’Alzheimer. Dans chacun de nos neurones, le corps cellulaire est relié à l’extrémité de l’axone par un système organisé de squelette fibreux, les microtubules, maintenus ensemble grâce à des protéines appelées tau. Mais, chez les malades, ces protéines se dissocient des microtubules et s’organisent sous forme de filaments anormaux. On parle de dégénérescence neurofibrillaire. Résultat  : le système des microtubules se désagrège, l’extrémité axonale ne reçoit plus les éléments nécessaires à son maintien en vie et commence à dégénérer – coupant progressivement la communication avec les neurones suivants. À terme, c’est la mort du neurone, puis celle de ses voisins. Toujours dans la maladie d’Alzheimer, une autre protéine adopte une conformation pathologique et sévit cette fois-ci non pas à l’intérieur du neurone comme la protéine tau, mais entre les neurones. Son nom  : le peptide bêta-amyloïde. Il s’agrège sous forme de petits dépôts de plus en plus denses, créant des plaques dites amyloïdes. Celles-ci, en s’accumulant au cours de la maladie, seraient toxiques pour le cerveau. Dans la maladie de Parkinson et les démences à corps de Lewy, c’est la protéine alpha-synucléine qui s’agrège et se dépose d’abord dans les tissus du bulbe olfactif, les fibres nerveuses de l’intestin, puis le tronc Insermle magazine #42 27 Tangui Maurice  : unité 1198 Inserm/Université de Montpellier/EPHE Stéphane Haïk  : unité 1127 Inserm/CNRS/Université Pierre-et- Marie-Curie, ICM ; Centre national de référence des prions



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