Science & Santé n°41 sep 18 à fév 2019
Science & Santé n°41 sep 18 à fév 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°41 de sep 18 à fév 2019

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Institut national de la santé et de la recherche médicale

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 12 Mo

  • Dans ce numéro : priorité au diagnostic !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 8 - 9  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
8 9
8 Insermle magazine #41 MALADIE D’ALZHEIMER La caféine pour endormir Alzheimer ? Alzheimer  : un mot qui fait peur. Cette maladie aux proportions pandémiques est aussi difficile à suivre qu’à traiter. Mais un nouveau type de thérapie pourrait voir le jour, grâce au blocage d’un récepteur de la caféine dans le cerveau. Trente-six millions de personnes atteintes dans le monde, plus de 900 000 malades en France, près d’un nouveau cas diagnostiqué toutes les trois minutes  : la maladie d’Alzheimer est la troisième cause d’invalidité au monde chez les personnes âgées. Les symptômes sont variables, le diagnostic incertain et les causes mal comprises, ce qui complique le traitement des patients et les recherches sur le sujet. Malgré ces difficultés, David Blum et son groupe du Centre de recherche Jean-Pierre Aubert à Lille sont parvenus à dégager une piste d’importance pour les thérapies futures, en utilisant un dérivé d’une molécule très commune, la caféine. La clé du procédé est une molécule du cerveau, le récepteur A 2A ou A 2A R. Ce récepteur joue normalement un rôle important dans la régulation de la plasticité des synapses3, c’est-à-dire la capacité des neurones à interagir entre eux, un mécanisme indispensable à la mémoire. La maladie d’Alzheimer se traduit par une activation anormale de l’A 2A R qui désorganise cette plasticité, causant des troubles des fonctions cognitives. 4Synapse. Point de jonction entre deux neurones  : l’un, présynaptique, d’où arrive l’influx nerveux, et l’autre, postsynaptique, où vont se fixer les neurotransmetteurs David Blum  : unité 1172 Inserm/Université de Lille/CHRU Lille/Université d’Artois, LabEx DISTALZ 2E. Faivre et al. Front in Mol Neurosci., 12 juillet 2018 ; doi  : 10.3389/fnmol.2018.00235 Émilie Faivre, UMR-S1172 actualités c’est fondamental Ces troubles sont également liés à deux types de lésions cérébrales  : les plaques amyloïdes, une accumulation de molécules appelées peptides Aβ, qui forment des amas dans différentes régions du cerveau, et la tauopathie, une agrégation néfaste dans les neurones de protéines Tau habituellement impliquées dans l’architecture des fibres nerveuses. L’objectif serait donc de réduire ces deux lésions ou les dysfonctionnements neuronaux qu’elles causent. Or, la caféine a la propriété de bloquer les A 2A R, et s’était déjà montrée capable de mitiger chez l’animal les différents symptômes d’Alzheimer. Il avait aussi été observé dès 2016, par l’équipe lilloise, que l’inhibition des A 2A R réduisait la tauopathie. Pour parfaire la démonstration, l’objectif des chercheurs était donc d’étudier les effets d’un blocage de ces récepteurs sur les lésions amyloïdes. À cette fin, ils ont traité sur une k longue durée des souris génétiquement modifiées pour présenter les symptômes d’Alzheimer avec une molécule dérivée de la caféine qui cible les A 2A R, le MSX-3. Les résultats ne se sont pas fait attendre. « Le blocage du récepteur a abouti à une normalisation des performances mnésiques et à une réduction partielle des lésions amyloïdes, se réjouit David Blum. L’effet sur la mémoire s’explique par l’amélioration de la plasticité des synapses, entravée jusqu’alors par l’activité anormale des A 2A R. En revanche, nous ne savons pas encore pourquoi les plaques et la tauopathie sont affectées. » Et sur les êtres humains ? « Ce type de molécule a été testé cliniquement sur d’autres pathologies du système nerveux comme la maladie de Parkinson, avec des résultats intéressants et sans montrer d’effets secondaires majeurs, précise David Blum. Des applications humaines existent donc déjà, et nous pourrions imaginer une utilisation thérapeutique de ces molécules. » Mais il faudra faire preuve de patience  : la prochaine étape est encore de clarifier la relation entre les A 2A R et les différents symptômes d’Alzheimer. Reste tout de même que la piste des A 2A R est désormais bien établie, et des essais cliniques pourraient avoir lieu d’ici quelques années. En attendant, vous pouvez continuer à boire vos expressos, et croisons les doigts ! Simon Bourdin Plan du cortex cérébral d’une souris présentant des lésions Alzheimer, avec une plaque amyloïde en vert, des astrocytes en jaune et les noyaux de neurones en bleu Adobe Stock
Raphaël Gaudin CERVEAU La vésicule de Sonic Est-ce de la pâte à modeler, des gouttes de peinture en suspens, ou la dernière pièce perdue des Expansions du sculpteur César ? Aucune des trois ! L’image présente en réalité une reconstruction 3D des interactions entre deux protéines du cerveau  : Charged multivesicular body protein 1A ou CHMP1A (en rouge), et Sonic Hedgehog ou SHH (en vert), ainsi nommée en référence au personnage de jeu vidéo Sonic le hérisson. Cette découverte de Raphaël Gaudin et son équipe de l’Institut de recherche sur les maladies virales et hépatiques à Strasbourg, en collaboration avec la Harvard Medical School à Boston, répond à une question datant de 2012  : comment une mutation du gène responsable de la production de CHMP1A peut-elle conduire à l’hypoplasie cérébelleuse, une anomalie du développement qui se traduit par un cervelet plus petit que la normale et un déficit intellectuel et moteur ? En examinant le cerveau de patients ainsi que le développement de souris génétiquement modifiées, les chercheurs strasbourgeois ont découvert que CHMP1A est responsable de la sécrétion de SHH, qui joue elle-même un rôle majeur dans le développement neuronal. Plus précisément, ils ont identifié un nouveau type de vésicules, ces petites bulles de lipides et de protéines relarguées par les cellules, qui leur permettent de communiquer entre elles. Baptisées ART-EV, elles transportent SHH de cellule à cellule à travers le cerveau pour lui permettre d’agir sur les neurones éloignés. Or, en l’absence de CHMP1A fonctionnelle, les ART-EV ont du mal à se former et à remplir leur fonction, avec des conséquences délétères pour le cerveau en manque de SHH. L’intérêt d’une telle recherche ? Eh bien, outre une meilleure compréhension de l’hypoplasie, cette découverte ouvre de nouveaux horizons dans la lutte contre les cancers. « SHH est souvent impliqué, car il favorise la prolifération de cellules cancéreuses, précise Raphaël Gaudin. En connaissant son mode de transport, nous pouvons envisager de cibler les ART-EV pour limiter cet effet de SHH, ou encore d’utiliser ces vésicules comme marqueur pour repérer les cancers plus tôt. » Un enjeu de taille donc, et une affaire à suivre de près. Simon Bourdin Raphaël Gaudin  : unité 1110 Inserm/Université de Strasbourg 2M. E. Coulter et al. Cell Rep, 24 juillet 2018 ; doi  : 10.1016/j.celrep.2018.06.100 Insermle magazine #41 9 EN BREF Syndrome néphrotique Les reins, cibles d’une maladie immunitaire ? Le syndrome néphrotique idiopathique est la première cause d’affection rénale chez les enfants entre 1 et 9 ans. Cette maladie rare se caractérise par des œdèmes et une mauvaise filtration du sang par les reins, qui laissent ainsi s’échapper de grosses quantités de protéines dans les urines. Les équipes de Hanna Debiec et Pierre Ronco ont voulu identifier des variants de gènes dits « à risque » qui favoriseraient le développement de cette maladie. Résultats  : ils ont découvert trois gènes localisés à proximité de régions qui codent pour les antigènes des leucocytes humains (ou HLA) présents à la surface de la plupart de nos cellules et permettant leur identification par le système immunitaire. Ces variants sont associés à un plus jeune âge de survenue de la maladie, une meilleure réponse au traitement à base de corticoïdes et une baisse de l’expression de gènes HLA au niveau du glomérule, la structure du rein qui assure la filtration du sang. Cette nouvelle découverte, qui suggère des anomalies de la réponse immunitaire, promet de futures avancées dans la compréhension de la maladie, peut-être via la production d’anticorps. S. D. Hanna Debiec, Pierre Ronco  : unité 1155 Inserm/Université Pierre-et-Marie- Curie, Des maladies rares aux maladies fréquentes, remodelage et réparation 2H. Debiec et al. JASN, 14 juin 2018 ; doi  : 10.1681/ASN.2017111185



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Science & Santé numéro 41 sep 18 à fév 2019 Page 1Science & Santé numéro 41 sep 18 à fév 2019 Page 2-3Science & Santé numéro 41 sep 18 à fév 2019 Page 4-5Science & Santé numéro 41 sep 18 à fév 2019 Page 6-7Science & Santé numéro 41 sep 18 à fév 2019 Page 8-9Science & Santé numéro 41 sep 18 à fév 2019 Page 10-11Science & Santé numéro 41 sep 18 à fév 2019 Page 12-13Science & Santé numéro 41 sep 18 à fév 2019 Page 14-15Science & Santé numéro 41 sep 18 à fév 2019 Page 16-17Science & Santé numéro 41 sep 18 à fév 2019 Page 18-19Science & Santé numéro 41 sep 18 à fév 2019 Page 20-21Science & Santé numéro 41 sep 18 à fév 2019 Page 22-23Science & Santé numéro 41 sep 18 à fév 2019 Page 24-25Science & Santé numéro 41 sep 18 à fév 2019 Page 26-27Science & Santé numéro 41 sep 18 à fév 2019 Page 28-29Science & Santé numéro 41 sep 18 à fév 2019 Page 30-31Science & Santé numéro 41 sep 18 à fév 2019 Page 32-33Science & Santé numéro 41 sep 18 à fév 2019 Page 34-35Science & Santé numéro 41 sep 18 à fév 2019 Page 36-37Science & Santé numéro 41 sep 18 à fév 2019 Page 38-39Science & Santé numéro 41 sep 18 à fév 2019 Page 40-41Science & Santé numéro 41 sep 18 à fév 2019 Page 42-43Science & Santé numéro 41 sep 18 à fév 2019 Page 44-45Science & Santé numéro 41 sep 18 à fév 2019 Page 46-47Science & Santé numéro 41 sep 18 à fév 2019 Page 48-49Science & Santé numéro 41 sep 18 à fév 2019 Page 50-51Science & Santé numéro 41 sep 18 à fév 2019 Page 52