Science & Santé n°41 sep 18 à fév 2019
Science & Santé n°41 sep 18 à fév 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°41 de sep 18 à fév 2019

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Institut national de la santé et de la recherche médicale

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 12 Mo

  • Dans ce numéro : priorité au diagnostic !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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42 Insermle magazine #41 Quotient intellectuel Sommes-nous plus bêtes que nos aïeux ? Les résultats des tests de quotient intellectuel des pays industrialisés n’ont cessé de progresser depuis les années 1930 jusqu’à la fin du xx e siècle. Cet « effet Flynn » — du nom du chercheur qui l’a identifié et corrélé au niveau de développement de chaque pays — est actuellement remis en cause  : plusieurs études, dans les pays nordiques puis en Europe, et désormais en Asie, soutiennent qu’une baisse du QI est en cours. L’interprétation de leurs résultats fait débat. Serions-nous moins intelligents que nos parents ? Le monde moderne nous rendrait-il plus bêtes ? Et d’abord, avons-nous les moyens scientifiques de l’affirmer ? La thèse d’une dégradation de l’intelligence a servi, et sert encore, d’argument à une idéologie eugéniste et xénophobe ; comment lui répondre ? Et s’il s’agissait moins d’un défaut d’intelligence que d’un manque d’attention ? Trois spécialistes en psychologie, neurosciences et sciences cognitives prennent le temps de la réflexion. Propos recueillis par Nicolas Rigaud 2J. R. Flynn. « The Mean IQ of Americans  : Massive Gains 1932 to 1978 », Psychological Bulletin, 1984 ; 95(1), 29-51 opinions Propos recueillis par Françoise Dupuy Maury NON Jacques Grégoire professeur de psychologie à l’université catholique de Louvain, Belgique L’effet Flynna été massif durant le xx e siècle  : par rapport à la moyenne de 100 points en 1950, les Français ont presque gagné un point de QI par an jusqu’en 1970 ! Selon certaines études, ce progrès serait un peu moindre depuis les années 1990  : Bernt Bratsberg et Ole Røgeberg du Ragnar Frisch Centre for Economic Research à Oslo notent un déclin de 0,38 point par décennie sur 30 ans, ce qui, vu les incertitudes scientifiques, correspond plutôt à une stagnation. D’où vient cette atténuation de l’effet Flynn ? Sans doute en partie de difficultés méthodologiques  : il est nécessaire de faire évoluer les tests de QI au fil du temps, de remplacer les images peu évocatrices (comme un téléphone à cadran pour un test destiné aux enfants) ou les mots devenus obsolètes. En comparant de nombreuses données aux États-Unis, nous avons montré qu’une telle mise à jour avait rendu le test plus difficile, et que l’effet Flynnétait vérifié à niveau de difficulté égal. Cela dit, est-il raisonnable d’imaginer une progression sans limite ? Edward Dutton de l’université d’Oulu en Finlande et Richard Lynnde l’université d’Ulster en Irlande du Nord l’ont fait pour extrapoler sur des données scientifiques, y compris les miennes, au nom d’une idéologie eugéniste et xénophobe  : l’immigration importerait des gènes de moindre qualité ! C’est scientifiquement irrecevable, et pourrait conduire à interdire à certaines populations de se reproduire. Mais, comme le dit un proverbe boursier  : « Même dans de bonnes conditions, les arbres ne montent pas jusqu’au ciel ! » Le progrès du QI est corrélé aux progrès de notre alimentation, de notre santé, de notre éducation. Or les enfants sont déjà stimulés par l’école, la culture sous toutes ses formes, mêmes les jeux. Et, dans nos pays industrialisés, les carences alimentaires sont rares, le saturnisme a quasiment disparu… Il est donc logique que l’effet des progrès récents soit désormais moins fort qu’auparavant. 2B. Bratsberg, O. R geberg. PNAS, 26 juin 2018 ; doi  : 10.1073/pnas.1718793115 2E. Dutton, R. Lynn. Intelligence, 5 juin 2015 ; doi  : 10.1016/j.intell.2015.05.005 UC LOUVAIN
NON, MAIS... Jean-Philippe Lachaux directeur de recherche Insermau Centre de recherche en neurosciences de Lyon Inserm/François Guénet Si les résultats aux tests de QI dans certains pays sont moins bons que prévu, ce pourrait être en raison non pas d’une intelligence décevante, mais d’une plus faible attention des participants aux tests  : l’attention n’est pas évaluée alors qu’elle peut expliquer bien des erreurs et des lenteurs. Nous manquons pour l’instant de données sur l’évolution de l’attention d’une population sur le long terme, même si nous avons tous les outils pour lancer une telle étude. Actuellement, un faisceau convergent d’indices laisse pourtant penser que la capacité d’attention baisse dans les populations industrialisées. Les troubles du déficit de l’attention augmentent, et de nombreuses personnes se plaignent de leur propre manque de concentration, ou de celui de leurs proches. Beaucoup d’enseignants l’observent en classe. De fait, un nombre croissant d’entre nous est constamment confronté à la concurrence de plusieurs sources de stimulation intellectuelle. Refusant souvent de passer à côté de ce qu’il juge intéressant, notre cerveau se concentre moins exclusivement  : il pratique un échantillonnage, prenant peu d’informations par-ci par-là au lieu de se focaliser sur une seule activité. Dans cette culture du « zapping », orienter son attention ne va plus de soi. Dans le cadre du projet ATOLE de rééducation de l’attention à l’école mené avec l’Éducation nationale, nous montrons à des élèves que leur attention est bien meilleure quand elle est intentionnelle  : tant qu’elle vise un objectif, elle peut même résister aux dispositifs de capture de l’attention que sont, par exemple, le défilement sans fin des pages de réseaux sociaux ou la lecture automatique de vidéos. Nous pouvons reprendre le contrôle de notre attention ! Centre de recherche en neurosciences de Lyon  : unité 1028 Inserm/CNRS/Université Claude-Bernard-Lyon-1/Université Saint-Étienne-Jean-Monnet NON Franck Ramus directeur de recherches CNRS au laboratoire de sciences cognitives et psycholinguistiques de l’École normale supérieure à Paris D.R. Un discours catastrophiste récurrent annonce la chute de notre intelligence et invoque les effets de l’immigration, de la malbouffe, de l’exposition aux pesticides ou aux perturbateurs endocriniens. Mais comment comprendre alors que les scores de QI continuent globalement à progresser aux États-Unis, qui combinent tous ces éléments ? Il est très difficile d’identifier des facteurs explicatifs. Certains, comme l’immigration, sont mis en avant pour des motifs politiques évidents. Mais toute affirmation doit être soumise à vérification. Le QI baisse-t-il ? Les baisses globales de scores d’une décennie à l’autre n’ont en fait été documentées que dans un nombre limité de pays. En revanche, une méta-analyse de 271 études dans 31 pays, réalisée par Jakob Pietschnig et Martin Voracek de l’université de Vienne en Autriche, suggère une plus faible progression ou un plafonnement des gains de QI sur les 30 dernières années. Il semble que les facteurs qui ont contribué au développement de l’intelligence depuis un siècle – l’éducation, la santé et la nutrition – atteignent maintenant leurs limites, à moins d’une révolution éducative qui nous fasse franchir un nouveau palier. Mais au fond, peut-on imaginer que nos capacités cognitives puissent croître à l’infini ? Ou y aurait-il des limites intrinsèques à l’intelligence de l’espèce humaine ? Nos capacités cognitives sont limitées par le nombre de neurones que nous possédons, donc par la capacité de notre boîte crânienne, donc par les dimensions du bassin des femmes. Dans 10 ou 20 ans, nous aurons un peu plus de recul pour apprécier, mettre en perspective et interpréter les quelques diminutions de scores observées dans certains pays. Pour l’instant, il n’est pas légitime de faire paniquer la population à propos d’une baisse du QI qui n’est pas avérée. 2J. Pietshnig, M. Voracek. Intelligence, 21 avril 2010 ; doi  : 10.1016/j.intell.2010.03.001 Insermle magazine #41 43



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