Science & Santé n°41 sep 18 à fév 2019
Science & Santé n°41 sep 18 à fév 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°41 de sep 18 à fév 2019

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Institut national de la santé et de la recherche médicale

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 12 Mo

  • Dans ce numéro : priorité au diagnostic !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Insermle magazine 30 #41 et qui y arrivent, souligne Romuald Lepers. Schématiquement, lors d’un exercice, le cerveau envoie des messages au muscle, qui va à son tour l’informer sur son état de contraction. Le cerveau va alors traiter cette information et commander à nouveau le muscle en conséquence. Cette boucle de régulation oblige le cerveau à être en éveil perpétuel sur ce que font les muscles. C’est pourquoi, lors du réentraînement moteur de personnes âgées, nous associons systématiquement des tâches physiques et d’autres, cognitives. On parle alors d’entraînement cognitivo-moteur. » Un lien similaire entre fonctions cognitive et musculaire a été établi par Stéphane Perrey dans une revue portant sur l’étude des activations du cerveau sous l’effet d’une activité excentrique, appelée ainsi car les deux extrémités du muscle s’éloignent l’une de l’autre. Lors de ce type de mouvement, par exemple quand on descend un escalier, les masses musculaires des jambes s’étirent, mais on doit freiner le mouvement sous peine de tomber. Or, entre autres effets sur le cerveau, ces exercices entraînent une augmentation de l’activation des mêmes zones que celles dévolues à l’attention. Autrement dit, les exercices excentriques « coûteraient plus cher » au cerveau que ceux réalisés plus traditionnellement, comme la marche sur terrain plat ou le vélo, qui demandent moins d’efforts cognitifs. De nombreuses études confirment l’intérêt de ces mécanismes sur les troubles cognitifs, mais ils ne pourraient pas prévenir ni retarder leur survenue, notamment pour la démence, comme l’indique une étude menée par Séverine Sabia, chargée de recherche Inserm, et ses collègues du Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations (CESP) de Villejuif. En collaboration avec l’University College London, ces chercheurs ont suivi pendant 28 ans, entre 1985 et 2012, plus de 10 300 personnes, âgées de 35 à 55 ans au moment de l’inclusion dans l’étude. Tous les 4 ans, ils ont évalué, au moyen d’un questionnaire, l’activité physique de chaque personne et lui ont fait passer une batterie de tests cognitifs. « L’exercice diminue la douleur, le vieillissement cognitif ou les maladies cardiovasculaires associées » grand angle k Le centre Euromov mène des recherches sur le mouvement, le geste et l’activité physique. Ici, mesure de l’activité cérébrale par technique d’imagerie optique lors de la réalisation d’un entraînement de pédalage en position assise. L’exercice est de nature excentrique  : il est demandé à la personne de freiner le mouvement des pédales induit par un moteur électrique. Au terme de l’étude, la démence avait été diagnostiquée chez 329 personnes âgées en moyenne de 75 ans. Bilan, l’activité physique n’a pas eu d’effet protecteur sur le déclin cognitif global, par exemple sur la mémoire ou les capacités de raisonnement, ni sur la survenue de la démence. Cependant, 9 ans avant le diagnostic, les personnes atteintes de démence ont vu leur activité physique baisser progressivement, jusqu’à deux heures de moins par semaine. Selon les chercheurs, ce déclin pourrait être un signe avant-coureur d’apparition de la démence et pourrait servir au diagnostic précoce de maladies comme Alzheimer. La dépression et l’anxiété pourraient également bénéficier de l’activité physique grâce à la modulation de certains neurotransmetteurs cérébraux. Ainsi, la dopamine, communément appelée « hormone du plaisir », renforce les actions qui provoquent cette sensation, et joue un rôle sur la motivation et la prise de risque. Or, l’activité physique augmenterait la disponibilité de ces récepteurs dans le cerveau. L’essai Colorado Stride, qui étudiait les réponses génétiques et physiologiques à la perception d’une activité physique, a quant à lui mis en lumière une augmentation, pendant l’exercice, de la noradrénaline. Ce neurotransmetteur module les émotions et les adaptations au stress. L’activité physique modulerait aussi la synthèse de la sérotonine, un neurotransmetteur qui intervient dans la gestion des humeurs, et apporterait ainsi une sensation de bien-être à la personne. Si pour les maladies cardiovasculaires ou les déficits cognitifs, les bénéfices de l’activité physique peuvent être associés à des effets sur des organes précis*, pour Stéphane Perrey d’autres pathologies, ils sont plus variés et diffus. L’activité physique, un antiinflammatoire naturel « Dans les atteintes ostéo-articulaires, en particulier les rhumatismes inflammatoires et l’arthrose qui sont les plus fréquents, l’exercice améliore avant tout la * Voir S&S n°15, Grand angle « Sport, voies du plaisir, revers de la douleur », p.24-35 Séverine Sabia  : unité 1018 Inserm/UVSQ/Université Paris- Sud – Ined 2S. Perrey. Eur J Sport Sci., 29 octobre 2017 ; doi  : 10.1080/17461391.2017.1391334 2S. Sabia et al. BMJ, 22 juin 2017 ; doi  : 10.1136/bmj.j2709 2Y. Köhncke et al. Neuroimage, 21 juillet 2018 ; doi  : 10.1016/j.neuroimage.2018.07.036 2A. D. Bryan et al. Int J Behav Nutr Phys Act., 21 décembre 2013 ; doi  : 10.1186/1479-5868-10-139 2N. Benjamin et al. Neuromolecular Med., 26 février 2008 ; doi  : 10.1007/s12017-008-8029-y
qualité de vie en diminuant par exemple la douleur, le vieillissement cognitif ou les maladies cardiovasculaires associées, relate Michel Guinot, rhumatologue au CHU de Grenoble et membre de l’équipe de Samuel Vergès. Enfin, l’activité agirait aussi sur les maladies elles-mêmes grâce à des effets anti-inflammatoires. Et même si son impact réel reste à démontrer, une chose est certaine, quand elle est adaptée aux atteintes du malade, elle n’aggrave pas ces pathologies. » Comme l’ont montré des chercheurs danois, les effets anti‐inflammatoires de l’exercice sont dus à certaines molécules sécrétées par le muscle lorsqu’il se contracte  : les myokines. Lors d’une séance d’exercice, il y a production d’interleukine 6, qui a tout d’abord une action proinflammatoire, puis anti‐inflam matoire. En l’occurrence, elle bloque d’autres cytokines pro-inflammatoires, le TNF (tumor necrosis factor) et l’interleukine 1, et stimule l’interleukine 10, qui est anti-inflammatoire. « Autrement dit, il y a une période inflammatoire suivie d’une autre, anti-inflammatoire, avec un avantage pour la seconde, résume Michel Guinot. Au final, l’exercice a donc un effet anti-inflammatoire. » Ce phénomène est d’autant plus important Certaines hormones sont stimulées par l’activité sportive. C’est le cas de la noradrénaline, un neurotransmetteur libéré par les neurones (en vert) qui agit sur les émotions et le stress. qu’il peut casser le cercle vicieux de l’inflammation chronique. En effet, à cause de celle-ci, le malade bouge moins. Il s’expose alors à des atteintes comme la neurodégénérescence, des carences en fer ou la fonte musculaire, qui elles-mêmes contribuent à une baisse encore plus importante de son activité physique. Une inactivité qui va à son tour entraîner une accumulation de graisse viscérale, laquelle est pro-inflammatoire. Ces effets bénéfiques s’étendent aussi à la douleur. « Celle-ci implique deux grands mécanismes. Elle peut être liée à un stimulus périphérique, c’est-à-dire à une lésion comme par exemple un épanchement. Ou elle est due à des mécanismes du système nerveux central3  : on a mal sans avoir de lésion, explique le rhumatologue. Or, dans les maladies ostéo-articulaires, l’activité physique agirait sur la régulation des voies de la douleur du système nerveux central. » Ainsi, comme il l’a recensé dans une métaanalyse3, 5 études menées au total chez 144 malades souffrant de polyarthrite rhumatoïde montrent une diminution de la douleur sous l’effet d’exercices physiques. « Cependant, les mécanismes en jeu sont encore très peu étudiés, précise Michel Guinot. Probablement, cela viendrait d’efk Inserm/Paul Derer Insermk Insermle magazine #41 31 Des exercices thérapeutiques structurés produisent un effet bénéfique sur la douleur en cas d’arthrose (en particulier de gonarthrose, ici). fets directs sur les cellules microgliales, des cellules immunitaires du système nerveux central, qui moduleraient l’activité des neurones. » Une hypothèse qui pourrait se révéler juste, comme l’indique la revue récente publiée par deux chercheurs japonais. En effet, la microglie suffirait à influer les dysfonctionnements de connexion des neurones à l’origine de la douleur chronique, et elle agirait notamment dans les régions cérébrales impliquées dans la mémoire de la douleur. « Une autre cible de l’activité physique est la lutte contre le surpoids, ce qui est très important pour l’arthrose dans laquelle 4Système nerveux central. Il comprend le cerveau, le cervelet, le tronc cérébral et la moelle épinière. 4Méta-analyse. Analyse qui compile et synthétise les résultats de différents travaux de recherche sur un sujet donné Michel Guinot  : unité 1042 Inserm/Université Grenoble Alpes 2 F. B. Benatti et al. Nat Rev Rheumatol., 25 novembre 2014 ; doi  : 10.1038/nrrheum.2014.193 2 A. Baillet et al. Rheumatology, 24 novembre 2011 ; doi  : 10.1093/rheumatology/ker330 2K. Inoue et al. Nat Rev Neurosci., mars 2018 ; doi  : 10.1038/nrn.2018.2



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