Science & Santé n°41 sep 18 à fév 2019
Science & Santé n°41 sep 18 à fév 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°41 de sep 18 à fév 2019

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Institut national de la santé et de la recherche médicale

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 12 Mo

  • Dans ce numéro : priorité au diagnostic !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Insermle magazine 28 #41 les vaisseaux gagnent en élasticité, mais on ne sait pas encore exactement pourquoi », explique Stéphane Doutreleau. Les troubles du rythme cardiaque sont aussi sensibles à l’activité physique. Par exemple, celle-ci peut prévenir la fibrillation ventriculaire, un emballement du cœur qui peut aboutir à une mort subite. D’une part, l’exercice renforcerait l’action du nerf vague, « connecté » entre le cœur et le cerveau, qui est justement chargé de diminuer la fréquence cardiaque. D’autre part, il diminuerait l’activité de certains récepteurs des cellules cardiaques, les récepteurs adrénergiques bêta 2, qui en temps normal augmentent le rythme cardiaque. Autre trouble du rythme susceptible de bénéficier de l’activité physique  : les arythmies, c’est-à-dire des battements irréguliers, dues à des privations temporaires d’oxygène ou ischémies. Dans ce cas, l’exercice permettrait un « préconditionnement » cardiaque. En effet, quand le cœur est victime d’une ischémie prolongée, pour le sauver, il faut l’oxygéner à nouveau. Mais cette arrivée massive d’oxygène entraîne une cascade de réactions potentiellement toxiques pour les cellules. Or, il a été montré qu’en provoquant de courtes ischémies, le cœur « apprend » à se protéger des dommages causés par le retour de grand angle l’oxygène. Grâce à ce préconditionnement, il est alors mieux préparé en cas d’ischémie plus longue. L’exercice agit de la même façon, ce qui limite notamment la mort cellulaire. Force est de constater que les bénéfices de l’activité physique sur le cœur sont nombreux. D’ailleurs, « les contre-indications sont exceptionnelles, par exemple dans certaines maladies génétiques du myocarde qui touchent le ventricule droit, conclut Stéphane Doutreleau. Il reste maintenant à faire de nouvelles études pour déterminer quelle activité physique sera la plus efficace et la plus rentable pour le malade. Cependant, une chose est sûre, il n’est jamais trop tard pour faire de l’exercice. » Sport et cerveau, le duo gagnant Un constat partagé pour d’autres pathologies et d’autres organes, car « il ne faut pas oublier que l’activité physique a des effets sur l’ensemble des fonctions de l’organisme, rappelle Romuald Lepers de l’unité InsermCognition, action et plasticité sensorimotrice à Dijon. Ainsi, elle est aussi bénéfique sur les fonctions cognitives, même si les mécanismes mis en œuvre restent à éclaircir. La première Dans une société sédentaire, la pratique régulière de l’exercice physique à tout âge a démontré son efficacité sur l’ensemble des fonctions de l’organisme. k Kzenon/AdobeStock hypothèse est hémodynamique  : l’augmentation de la circulation sanguine dans le cerveau suite à l’exercice pourrait être un facteur important », indique le chercheur. « Elle favoriserait l’activation de l’angiogenèse, c’est-à-dire la formation de nouveaux vaisseaux sanguins », précise Stéphane Perrey du centre de recherche Euromov à Montpellier. Ceci a été observé chez des rats entraînés, notamment dans leur cortex cérébral, la substance grise qui recouvre les deux hémisphères, et dans leur striatum, situé au-dessous. Cela s’expliquerait par la production accrue de protéines impliquées dans l’angiogenèse, en particulier le facteur de croissance endothélial vasculaire (VEGF, pour vascular endothelial growth factor) et les angiopoïétines 1 et 2. Or, entre autres intérêts, cette densité vasculaire plus importante permettrait un préconditionnement du cerveau, à l’image de celui décrit pour le cœur, et donc une meilleure protection des neurones en cas d’ischémie prolongée. Autre exemple de bénéfice de l’angiogenèse, son influence sur les performances cognitives comme l’a montré une étude par imagerie à laquelle a participé Stéphane Perrey. Les chercheurs ont mesuré, chez des femmes qui effectuaient une tâche de comptage plus ou moins vite, l’oxygénation d’une zone située à l’avant du cerveau, le cortex préfrontal dorsolatéral. Ce dernier joue un rôle important dans les fonctions exécutives qui permettent de s’adapter aux situations nouvelles, par exemple planifier un travail, changer de comportement face à un imprévu… Au préalable, ces femmes, Romuald Lepers  : unité 1093 Inserm– université de Bourgogne Stéphane Perrey  : équipe d’accueil 2991/Université de Montpellier, Euromov (Centre européen de recherche sur le mouvement humain) 2G. E. Billman. Am J Physiol Heart Circ Physiol., octobre 2009 ; doi  : 10.1152/ajpheart.00534.2009 2C. R. Frasier et al. Eur J Appl Physiol., septembre 2011 ; doi  : 10.1152/japplphysiol.00004.2011 2R. A. Swain et al. Neuroscience, 10 avril 2003 ; doi  : 10.1016/S0306-4522(02)00664-4 2Y. Ding et al. Neuroscience, 2004 ; doi  : 10.1016/j.neuroscience.2003.12.029 2C. T. Albinet et al. Front Aging Neurosci., 8 octobre 2014 ; doi  : 10.3389/fnagi.2014.00272
Personnes âgées, prévenir les chutes grâce à l’exercice Un essai clinique, appelé Ossebo, mené par l’équipe de Patricia Dargent-Molina, directrice de recherche Insermdu Centre de recherche épidémiologie et statistique Sorbonne Paris Cité (CRESS), a montré qu’une activité physique adaptée diminue le risque de chutes et leur gravité chez les personnes âgées. 706 femmes de 75 à 85 ans ont été réparties au hasard en deux groupes. Un seul a fait une séance d’exercice hebdomadaire pendant deux ans. Au terme de l’essai, le taux de chutes ainsi que celui de chutes ayant des conséquences modérées (ecchymoses, entorses…) ou graves (fractures, blessures à la tête, luxations…) ont baissé de 19% chez les femmes qui ont suivi les séances d’exercice. En outre, la différence entre les deux groupes a commencé à être marquée entre trois et quatre mois après le début des séances. Patricia Dargent-Molina  : unité 1153 Inserm/Inra/Université Paris 13/Université Paris Diderot – Université Paris Descartes 2F. El-Khoury et al. BMJ, 22 juillet 2015 ; doi  : 10.1136/bmj.h3830 âgées de 60 à 77 ans, avaient été divisées en deux groupes en fonction de leur capacité cardiorespiratoire, puis elles ont toutes réalisé les mêmes tâches. Dans le groupe ayant la capacité la plus élevée, l’oxygénation augmentait significativement dans le cortex gauche et droit, tandis que pour l’autre, elle était plus basse à droite qu’à gauche. Par ailleurs, l’augmentation de l’oxygénation du cortex droit montrait que, pour la tâche la plus rapide, la performance des femmes était liée à leur capacité cardiorespiratoire, leur état de forme en somme. Une capacité cardiorespiratoire accrue grâce à l’exercice régulier entraînerait donc une augmentation de l’oxygénation du cerveau, elle-même associée à de meilleures performances cognitives. Enfin, toujours concernant le système vasculaire du cerveau, l’exercice aurait des vertus similaires à celles observées dans le cœur. « Il augmenterait la production SPL/Phanie Angioscanner 3D montrant les artères (en rouge) et les veines (en bleu) qui alimentent et drainent le sang dans le cerveau k « L’activité physique favoriserait la formation de nouveaux neurones, et une meilleure communication entre eux » Insermle magazine #41 29 d’oxyde nitrique, ce qui ralentirait la rigidification des vaisseaux et améliorerait leur dilatation, et il agirait sur l’épithélium vasculaire », complète Stéphane Perrey. « Autre hypothèse des effets sur la santé cognitive  : l’activité physique favoriserait la neurogénèse, c’est-àdire la formation de nouveaux neurones, et une meilleure communication entre eux, comme le rappelle dans une récente revue Sophie Blanchet du Centre de psychiatrie et neurosciences de l’université Paris Descartes », explique Romuald Lepers. Des travaux, menés chez des personnes âgées de 59 à 81 ans, ont montré que l’exercice augmente le volume de l’hippocampe, situé au cœur du cerveau, ce qui améliore la mémoire. Cet effet sur la taille et les capacités fonctionnelles de l’hippocampe s’expliquerait notamment par la production du facteur neurotrophique issu du cerveau (BDNF, pour brain-derived neurotrophic factor). Cette protéine est impliquée dans la neurogénèse et dans la plasticité synaptique, c’est-à-dire les modifications de connexions entre les neurones. En l’occurrence, elle augmente l’expression de la protéine CREB (calcium- and cAMPresponse element-binding) et de la synapsine 1, qui régulent les synapses existantes et leur efficacité, ainsi que la création de nouvelles. Autre protéine « multi tâche » influencée par l’activité physique  : le facteur de croissance IGF-1 (insulin-like growth factor-1). L’exercice améliore sa production dans le cerveau et sa captation par les neurones, ce qui permet à IGF-1 de diminuer la mort cellulaire et d’augmenter la synthèse des protéines impliquées dans la neurogénèse et la qualité des réponses à un stimulus. « Les bénéfices seraient aussi dus au fait que le muscle et le cerveau sont étroitement liés grâce aux messages nerveux qui partent du cerveau, Sophie Blanchet  : unité 894 Inserm/Université Paris Descartes 2 S. Blanchet et al. Geriatr Psychol Neuropsychiatr Vieil., 1er juin 2018 ; doi  : 10.1684/pnv.2018.0734 2 K. I. Erickson et al. Hippocampus, octobre 2009 ; doi  : 10.1002/hipo.20547 2C. W. Cotman et al. Trends Neurosci., juin 2002 ; doi  : 10.1016/S0166-2236(02)02143-4 2 S. Vaynman et al. Eur J Neurosci., 11 novembre 2004 ; doi  : 10.1111/j.1460-9568.2004.03720.x



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