Science & Santé n°41 sep 18 à fév 2019
Science & Santé n°41 sep 18 à fév 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°41 de sep 18 à fév 2019

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Institut national de la santé et de la recherche médicale

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 12 Mo

  • Dans ce numéro : priorité au diagnostic !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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12 Insermle magazine #41 HÔPITAL Optimum, un remède pour les urgences ? Depuis des décennies, les services d’urgences français sont soumis à une tension croissante et considérable. Outre la prise en charge médicale, la gestion du flux des patients est aujourd’hui un enjeu de taille  : c’est pourquoi le centre d’investigation cliniqueinnovation technologique de l’Insermà Lille a récemment développé Optimum, un logiciel de priorisation des patients qui pourrait faciliter le travail des soignants. Des grèves à travers le pays, 97 hôpitaux officiellement en surcharge, 19 000 postes de médecins titulaires vacants, 17 démissions à Cayenne, un été attendu avec angoisse… la crise des services d’urgence en France semble s’aggraver tous les ans. Les personnels de santé, des médecins urgentistes aux infirmières, renforcent très souvent cette impression, évoquant des ressources insuffisantes et un épuisement général inquiétant. Et le ressenti des Français suit le pas  : difficile de parler des urgences sans que quelqu’un ne se plaigne d’une attente interminable, d’un personnel débordé et de la nécessité de réformes. Pourtant, d’après l’étude la plus récente, datant de 2013, réalisée par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation Youri Yordanov  : unité 1153 Inserm/Université Paris Diderot/Université Paris 13/Université Paris Descartes/Inra François Dubos  : CHU de Lille, service d’urgences pédiatriques 2D. Naouri et al. PLoS ONE, 14 juin 2018 ; doi  : 10.1371/journal.pone/0198474 actualités c’est NOTRE SANTÉ et des statistiques (DREES), la situation n’est pas aussi dramatique qu’il y paraît. En faisant circuler pendant une journée des questionnaires dans 734 services d’urgences, la DREES a en effet établi que 73% d’entre eux auraient recours aux infirmiers de triage, ces employés qui fluidifient la prise en charge des patients en évaluant leur état avant consultation. Les circuits courts, qui isolent les patients non urgents pour faciliter la priorisation des autres, sont également en place dans 41% des établissements. Et avec une efficacité certaine ! Optimiser les ressources « Les temps d’attente sont en fait très courts », renchérit Youri Yordanov, chercheur au Centre de recherche épidémiologie et statistique Sorbonne Paris Cité (CRESS) à Paris, dont une publication récente évalue l’étude de la DREES. « En moyenne, la moitié des patients attendent moins de cinq minutes pour voir l’infirmier de triage, et moins de 50% d’entre eux passent plus de trois heures aux urgences au total. » Cela ne veut pas dire que les problèmes évoqués n’existent pas, cependant. À commencer par une conjoncture défavorable qui aggrave des faiblesses structurelles bien présentes. « Nous avons vécu un hiver difficile, explique François Dubos, chef du service d’urgences pédiatriques du centre hospitalier universitaire de Lille. Les soignants sont en difficulté, parce qu’ils ont l’impression de travailler dans des conditions insatisfaisantes. Le recours aux urgences me paraît de plus en plus fréquent et pas toujours nécessaire, et les ressources ne sont pas toujours optimisées. » k Le tableau de bord d’Optimum propose une vue d’ensemble ainsi qu’une vue par corps de métier des patients à prendre en charge. Ian Hanning/REA CHU de Lille
Car c’est là le problème fondamental des urgences  : leur fréquentation est en croissance effrénée, avec une augmentation de plus de 45% au cours des vingt dernières années, sans que les ressources soient toujours ajustées en conséquence. Au cœur de ce dilemme s’en trouve un autre  : les urgences sont souvent sollicitées par des patients pour des pathologies qui pourraient être prises en charge par d’autres structures. « Mais ils n’ont pas de couverture sociale, pas de docteurs à proximité, parlent mal le français ou ont du mal à utiliser le système de santé. Et, nous n’avons pas d’autre solution à leur proposer que les urgences », regrette Youri Yordanov. « Un vrai travail local et national doit être mis en œuvre pour améliorer le circuit des patients en amont, afin d’éviter qu’ils viennent aux urgences, poursuit François Dubos, ainsi qu’en aval, lorsqu’ils y sont déjà. » C’est dans cette démarche que s’inscrit le logiciel Optimum. Conçu par le centre d’investigation clinique-innovation technologique (CIC-IT) et le CHU de Lille, cet outil laisse espérer une amélioration de la prise en charge des patients en optimisant leur gestion après le triage. « Optimum est un logiciel de priorisation des patients », explique Jessica Schiro, ergonome au CIC-IT, spécialiste en technologies de la santé et responsable du développement du logiciel. « Il permet au personnel soignant d’avoir à la fois une vue d’ensemble de l’encombrement du service et une vue k Accueil des urgences pédiatriques du CHU de Lille Alain Vanderhaegen/CHU de Lille Alain Vanderhaegen/CHU de Lille François Dubos, chef du service d’urgences pédiatriques du CHU de Lille et Jessica Schiro, ergonome au CIC-IT de l’Inserm, sous le tableau de surveillance d’Optimum k individualisée, par corps de métier, des patients à prendre en charge en priorité. » Un logiciel, pourquoi ? Développé en étroite collaboration avec le service d’urgences pédiatriques du CHU, Optimum se présente sous la forme d’un tableau de bord sur lequel les patients sont classés en fonction de leur degré d’urgence, des examens déja réalisés ou non et du délai d’attente estimé, ainsi que des ressources disponibles. Ce classement évolue en temps réel  : le personnel peut ainsi s’informer à tout moment de l’état du service, ce qui permettrait d’optimiser l’allocation des ressources pour minimiser l’attente dite secondaire, par exemple après la prescription d’un examen. Ceci aurait alors pour effet de fluidifier l’ensemble du parcours du patient et de faciliter le travail des soignants. Ce logiciel est en place dans le service de François Dubos depuis un an environ, et les résultats sont encourageants  : « Nous manquons encore de chiffres sur le temps de prise en charge, mais en permettant aux professionnels d’identifier rapidement les patients en retard sur leur prise en charge, Optimum a entraîné une augmentation notable de la satisfaction des personnels et des patients », se réjouit Jessica Schiro. Le chef du service, cependant, temporise  : « Optimum a entraîné une augmentation notable de la satisfaction des personnels et des patients » « Le système est encore à développer. La difficulté pour le soignant est de garder l’œil sur plusieurs tableaux de surveillance, alors que nous sommes habitués à n’utiliser que celui du triage initial. Nous n’avons pas encore le réflexe de regarder aussi le tableau de priorisation secondaire d’Optimum. Notre objectif actuel est donc de voir comment mieux utiliser l’outil. » Les chercheurs espèrent à terme déployer Optimum aux urgences générales également, d’abord à Lille puis partout en France. Les enjeux sont de taille, surtout dans le contexte actuel de fréquentation en hausse. « Plus il y a de patients, plus ce type de système de gestion est nécessaire », résume François Dubos. Et d’après Youri Yordanov, ce logiciel pourrait même représenter une avancée majeure  : « La manière dont on trie aujourd’hui aux urgences est encore très artisanale, et après ce tri l’état du malade et du service peut évoluer, explique le chercheur. Si un logiciel, en analysant l’ensemble de la situation des urgences, pouvait en fournir une actualisation et une priorisation en temps réel, ce serait absolument formidable. » Et Optimum pourrait bien être cette lumière au bout du tunnel. Simon Bourdin Jessica Schiro  : CIC 1403 Inserm/Université de Lille Insermle magazine #41 13



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