Science & Santé n°28 nov/déc 2015
Science & Santé n°28 nov/déc 2015
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°28 de nov/déc 2015

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Institut national de la santé et de la recherche médicale

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 4,8 Mo

  • Dans ce numéro : changements climatiques, menaces sur notre santé !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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afp photo/fred dufour LMicrobiote Ensemble des microorganismes comme les bactéries hébergés par notre organisme antoine Flahault  : Centre Virchow- Villermé Paris-Berlin, Institut de Santé globale de l’université de Genève A. Flahault et al. The Lancet, 13 juin 2015 ; 385 (9985)  : e49-e50 34 Les brumisateurs aident à se rafraîchir pendant une vague de chaleur.e.:ziig des cohortes – pour suivre, dans le temps, l’incidence des maladies affectées par le climat dans la population. L’étude HEALS (Health and Environment-wide Associations based on Large « Limiter l’émission de polluants atmosphériques a un effet à long terme sur le changement climatique mais représente aussi un bénéfice immédiat sur la santé N°28 novembre - décembre 2015 ➜Grand Angle population Surveys) coordonnée par Isabella Annesi- Maesano recrute ainsi, depuis octobre 2013, 15 000 enfants européens qui seront suivis de la vie fœtale à 3 ans. Cette cohorte cherche à caractériser l’influence de l’environnement dans le développement de certaines pathologies, notamment l’asthme et les allergies. La constitution de ce type d’étude épidémiologique est un prologue au concept prometteur d’exposome. L’idée ? Mesurer l’ensemble des expositions de l’organisme sur toute une vie, dès l’état fœtal. « L’exposome permettrait d’avoir une vision globale des facteurs de risque sur une vie entière », explique Robert Barouki. Pour mettre en pratique ce concept très théorique, plusieurs étapes sont nécessaires. Au niveau des populations, il faut donc, d’une part, de grandes études épidémiologiques qui renseignent sur l’incidence des maladies mais aussi sur les modes de vies (alimentation, activité physique...) ou encore sur le contexte socio-économique. Et, d’autre part, les risques associés à l’environnement, comme la pollution atmosphérique, doivent être cartographiés. À l’échelle individuelle, toutes sortes de capteurs pourraient être utilisés pour évaluer l’influence de notre environnement sur notre organisme  : par exemple, des détecteurs d’activité physique, de tension artérielle ou encore de rayonnement UV. Au niveau de l’organisme, une analyse sanguine globale, représentative du métabolisme, de l’alimentation ou encore du microbiote (L) renseignerait sur l’exposome interne. « Ce concept d’exposome est tout particulièrement adapté à la recherche sur les interactions climat/santé qui sont multifactorielles et interdépendantes », souligne le toxicologue. Agir, c'est possible Au-delà de la recherche, l’action est d’ores et déjà possible à notre échelle. Nous pouvons en effet agir sur plusieurs leviers afin de diminuer la production de gaz à effet de serre (GES) et, ainsi, atténuer le réchauffement de la planète tout en prenant soin de notre santé actuelle et future. C’est en tout cas une partie du message d’une lettre ouverte de plusieurs experts, dont Robert Barouki, Jean-François Guégan et Antoine Flahault *, au journal The Lancet. « Limiter l’émission de polluants atmosphériques a un effet à long terme sur le changement climatique mais représente aussi un bénéfice immédiat sur la santé, notamment sur les maladies respiratoires et cardiovasculaires, en améliorant la qualité de l’air », assure Antoine Flahault, co-directeur du Centre Virchow-Villermé Paris-Berlin et directeur de l’Institut de santé globale de l’université de Genève. Les polluants atmosphériques et les GES ont des sources communes comme les transports, la production d’énergie, l’industrie ou encore le chauffage. « Une politique douce de mobilité interurbaine, où la marche à pied et le vélo serait à l’honneur, apporterait un triple bénéfice pour la santé, estime le chercheur. Plus d’activité physique, moins de pollution atmosphérique et moins de GES. » Il faudra, bien sûr, combiner ce type d’action avec des mesures draconiennes (arrêt des centrales thermiques au profit d’énergies renouvelables, isolation des bâtiments, capture et stockage du CO2 émis par l’industrie...) de réduction des émissions dans les autres secteurs émetteurs de GES pour limiter la pollution atmosphérique, tout en atténuant le changement climatique. Une récente étude européenne montre ainsi que des mesures limitant l’augmentation des températures en-deçà de 2 degrés (comme le préconise le GIEC) permettrait, d’ici 2050, de diminuer de 68% le nombre d’années perdues dues à l’exposition au PM2,5 et de réduire de 85% le nombre
de morts prématurées liés à l’ozone en Europe, par rapport au cas où aucune disposition pour le climat ne serait mise en place (équivalent au RCP8.5). En outre, les économies réalisées sur les systèmes de santé correspondraient à 85% du coût global de ces mesures prises en faveur du climat. « Cette prise de conscience de l’impact grandissant du changement climatique sur la santé est une opportunité sans précédent pour faire avancer les négociations lors de la COP21 », affirme Antoine Flahault. Elle est d’ailleurs probablement responsable du retour à la table des négociations des plus gros émetteurs mondiaux de GES, comme les États-Unis et la Chine. Cette dernière a particulièrement souffert d’épisodes de pollution atmosphérique d’intensité extrême ces dernières années. Les taux de PM de plusieurs grandes villes chinoises dépassent régulièrement de dix à quarante fois les valeurs guide de l’OMS (25 μg/m 3 pendant 24h). L’ancien ministre de la Santé chinois, Chen Zhu, estimait, a minima, dans The Lancet le nombre de morts prématurées causées par la pollution atmosphérique en Chine entre 350 et 500 000 par an. Autre levier sur lequel nous pouvons agir  : l’alimentation. « Le secteur de l’agroalimentaire représente 30% des émissions de GES, dont 80% est émis pour l’élevage du bétail », avance Antoine Flahault. Réduire notre « Il faut placer le citoyen face à ses responsabilités ➜Grand Angle consommation de viande, tout particulièrement de bœuf, la plus consommée par les Français, tout en mangeant plus de fruits et légumes permettrait donc de diminuer l’émission de GES, tout en étant bénéfique pour la santé. « Tout particulièrement pour les maladies cardiovasculaires, l’obésité, le diabète mais aussi le cancer », précise Antoine Flahault. Le CIRC vient d’ailleurs de déclarer les viandes transformées, telles le bacon ou les saucisses, comme cancérigènes certains, et les viandes rouges (bœuf, agneau, porc, cheval) comme probablement cancérigènes. Une récente étude d’outre-Manche confirme que l’introduction de modes d’alimentation plus équilibrés au Royaume-Uni permettrait aux britanniques de réduire jusqu’à 40% leur émission de GES. Si cette démarche est effectuée tout en privilégiant l’agriculture raisonnée ou biologique, et des circuits de distribution locale, elle aura encore plus d’impact sur notre empreinte carbone (L) en limitant notamment l’usage de pesticides chimiques, produits à partir du pétrole, et de carburant pour le transport. « Il faut placer le citoyen face à ses responsabilités », estime Antoine Flahault. Reste aux décideurs politiques à assumer les leurs en se mettant enfin d’accord lors de la COP21 pour initier rapidement des mesures adéquates permettant d’atténuer le réchauffement de la planète et ses conséquences sur notre santé à tous. n claude thiriet/bios L Empreinte carbone Mesure du volume d’émission de CO2 émis par une activité, une entreprise ou encore des êtres vivants, ici l’homme #climatsanté UNE EXPOSITION DE L'INSERM Retrouvez les dates et le livret de l'exposition InsermClimat & Santé sur inserm.fr S. Schucht et al. Environmental Science & Policy, juin 2015 ; 50  : 252-69 Z. Chen et al. The Lancet, 14 décembre 2013 ; 382 (9909)  : 1959-60 R. Green et al. Climate Change, mars 2015 ; 129 (1)  : 253-65 Tous les élevages bovins sont de gros producteurs de GES, le méthane en l'occurence ; en France, celui des charolaises n'échappe pas à la règle. SCIENCE sg novembre - décembre 2015 N°28 35



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