Science & Santé n°25 mai/jun 2015
Science & Santé n°25 mai/jun 2015
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°25 de mai/jun 2015

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Institut national de la santé et de la recherche médicale

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 10,9 Mo

  • Dans ce numéro : cancers de l'enfant, les promesses de la recherche.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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➜Grand Angle Gustave Roussy Sur l'IRM, l'oedème associé et la tumeur du gliome infiltrant du tronc cérébral occupent toute la zone appelée pont de Varole (zone ovoïde blanche, en bas). Florent de Vathaire : unité 1018 Inserm/Université Versailles-Saint-Quentin-en- Yvelines – Université Paris-Sud 11, Centre de recherche en épidémiologie et santé des populationsL. Robison et al. Med Pediatr Oncol. avril 2002 ; 38 (4) : 229-39 R. Möller et al. J Clin Oncol. juillet 2001 ; 19 (13) : 3173-81 F. de Vathaire et al. Lancet Oncol., octobre 2012 ; 13(10):1002-10 Tomographie d’un ostéosarcome qui affecte le genou gauche (à droite sur la photo). 30 ● il 1. 4.1 & ECIENCE santé ● N°25 ● mai - juin 2015 et donc s’exprimer, et lesquelles seront silencieuses, serait responsable de cette maladie. « Dans ce cas, ce n’est plus le code génétique des cellules qui est altéré mais la façon dont il est lu. Quand les histones sont modifiées, le code génétique ne s’exprime plus de la même façon », décrypte Jacques Grill, pédiatre et oncologue, responsable du Programme tumeur cérébrale à Gustave-Roussy. Pour traiter cette maladie, les chercheurs essaient d’identifier une molécule qui vise donc les histones. « C’est très difficile de modifier l’action de ces protéines mutées. Celles-ci sont impliquées dans des boucles de régulation très complexes et, certains médicaments capables de changer le code génétique des histones n’ont pas eu l’effet escompté : ils ont fait au contraire croître la tumeur… Aujourd’hui, nous ne disposons pas de médicament pour traiter cette maladie. C’est assez représentatif de ce qui se passe avec les cancers du cerveau en général : en vingt ans, seuls 4 médicaments ont été développés pour traiter ces pathologies des enfants et des adultes », constate le chercheur. De quelle guérison peut-on parler ? À une époque où l’on sait désormais décrypter les 23 000 gènes du génome, ainsi que celui des cellules cancé reuses en quelques jours, les chercheurs ont-ils pour autant tout compris des mécanismes induits par les altéra tions génétiques tumorales ? L’ostéosarcome est un exemple emblématique de maladie qui résiste encore aux scientifiques. Cette pathologie, qui tend surtout à affecter les régions autour du genou ou de la hanche, est le sixième cancer le plus fréquent chez les enfants de moins de 15 ans. « C’est une boîte noire dont on ne sait rien », admet Frédéric Blanchard, chercheur au laboratoire de Physiopathologie de la résorption osseuse et thérapie des tumeurs osseuses primitives. « Nous avons identifié différentes anomalies génétiques mais on ne sait toujours pas lesquelles sont à l’origine de ce cancer », précise-t-il. En l’absence de cibles à attaquer dans les cellules tumorales, le traitement consiste à pratiquer une chimiothérapie et une chirurgie. « 60% des patients guérissent », rappelle Gilles Vassal. « Cela reste peu a } -.'i ; Iii GCA/SPL/PHANIE satisfaisant. Si des métastases sont déjà présentes au moment du diagnostic, on ne sait pas du tout le guérir. Dans les cas de diagnostic plus précoce, la chirurgie, qui consiste à retirer les zones osseuses touchées par la tumeur, peut poser problème à long terme car le patient doit le plus souvent bénéficier d’une prothèse. Quant aux chimiothérapies, reste toujours la question de leur toxicité », conclut Frédéric Blanchard. Or, pour les chercheurs en oncologie pédiatrique, « guérir mieux » est en effet indissociable de « guérir avec moins de séquelles ». Car si le taux de survie à 5 ans dépasse désormais les 80%, les séquelles, elles, font souvent partie du quotidien des anciens malades. À tel point que certains spécialistes préfèrent, non pas parler de « malades guéris », mais de « survivants à long terme ». En France, parmi les adultes survivants d’un cancer de l’enfant, 75% ont des troubles sévères ou invalidants 35 ans après. En 2001, deux grandes études se sont penchées sur la mortalité des personnes ayant eu un cancer lorsqu’elles étaient enfants ou adolescentes. Centrés sur des données américaines et canadiennes pour la première, et des pays nordiques pour la seconde, les résultats indiquent que 5 ans après le diagnostic, les anciens malades présentent une surmortalité de moins 1% par an par rapport à la population générale. Mais avec le temps, ce taux augmente : l’excès de mortalité cumulé est de 10%, 15 ans après le diagnostic, et de 14%, 25 ans après. Ces décès tardifs sont notamment dus à la récidive du premier cancer mais aussi à la survenue d’un second cancer, différent. « Ce sont fréquemment des leucémies. Les médicaments qui ont été utilisés pour combattre le premier cancer sont souvent très toxiques et ciblent toutes les cellules, pas seulement celles qui sont malades. L’ADN peut alors « Guérir mieux est indissociable de guérir avec moins de séquelles être altéré par le traitement, notamment dans les cellules sanguines qui, du fait de leur caractère prolifératif, sont plus sensibles », explique Éric Solary. D’autres séquelles peuvent aussi venir handicaper la vie après la maladie, notamment des problèmes cardiaques et rénaux, à cause surtout de la toxicité des médicaments admi nistrés. Une étude menée par Florent de Vathaire *, au CESP, en 2012, a, par exemple, montré que les jeunes patients irradiés sur le côté gauche de l’abdomen, là où se loge le pancréas, organe producteur de l’insuline, avaient plus de risques de développer un diabète à l’âge adulte. La fertilité est aussi une préoccupation importante. Si les médecins pensent que cette fonction peut être endommagée par les traitements anticancéreux, des prélèvements, chez les petits garçons, de pulpe testiculaire - le tissu contenant les spermatozoïdes - et d’ovaires, chez les petites filles, sont réalisés et stockés dans des banques de tissus biologiques afin de leur permettre, plus tard, de devenir parents. Grâce aux efforts de recherche menés sur la mise au point de nouvelles thérapies pour les enfants et adolescents depuis plusieurs décennies, la guérison des jeunes malades d’un cancer s’est notablement améliorée. « Dans les années 1970, le taux de survie à 5 ans n’était que de 30% », rappelle Natalie Hoog Labouret.
➜Grand Angle reportage photo : François guénet/insermDes traitements les plus innovants jusqu’aux animations, Gustave-Roussy offre une prise en charge adaptée à ses jeunes patients. Dans l’univers des enfants à Gustave-Roussy À Gustave-Roussy, à Villejuif, un département est entièrement dédié à la prise en charge des enfants et des adolescents atteints d’un cancer. Le leitmotiv : apporter des soins adaptés, incluant soins médicaux et suivi psychologique, et permettre aux patients de garder le contact avec leur vie avant la maladie en leur donnant accès à des activités et à la scolarité. D ans les allées, la présence de la maladie est discrète. Les murs sont décorés de couleurs joyeuses et, dans les couloirs, les enfants déboulent à toute vitesse au volant de voitures-jouets, dans de grands éclats de rire… Afin de proposer une prise en charge plus adaptée aux soins des enfants et des adolescents, à leurs familles et aux soignants, le département de Cancérologie pédiatrique de Gustave-Roussy vient d’être entièrement rénové. En France, en effet, les patients atteints d’un cancer sont traités dans 30 centres de référence qui proposent une prise en charge adaptée aux enfants en lien avec 17 sites spécifiques. Certains de ces centres, comme celui-ci, ont, en outre, une structure dédiée aux adolescents. « Le lien familial est au cœur de ce projet. Il est essentiel que les petits malades aient leurs parents mais aussi leur fratrie auprès d’eux », souligne Dominique Valteau-Couanet, responsable du département de Cancérologie de l’enfant et l’adolescent. Ainsi, les parents ne sont jamais loin. Un « hôtel » pour eux a été installé au sein même du service, ce qui leur permet de dormir sur place quand les conditions de l’hospitalisation de l’enfant le nécessitent. Une salle à manger leur est réservée, pour se retrouver et partager les repas. Les familles qui viennent de loin peuvent aussi être accueillies dans ce que tout le monde ici appelle « la maison Mc Do », financée par la chaîne de restaurants, la maison des parents, située au pied des bâtiments de Gustave-Roussy, offre des appartements de plusieurs chambres, adaptés aux familles plus ou moins nombreuses. Pour la maman de Fadoua, une jeune fille de 15 ans traitée dans le service, cet accueil est un soulagement. « Nous venons de Casablanca, au Maroc, et ma fille doit subir plusieurs cures chimiothérapiques de 6 à 7 semaines chacune. Je suis rassurée de pouvoir rester auprès d’elle. Ma présence lui fait du bien. » Fadoua, qui doit recevoir une chimiothérapie haute dose, suivie d’une greffe de cellules souches, reste confinée dans une allée du service où les mesures d’hygiène sont plus lourdes que dans le reste du service. Cette unité de transplantation médullaire a reçu un nom poétique : « La Mer ». Ici, toutes les zones du service ont un nom qui fait penser au grand air que les enfants regagneront bientôt : « La Montagne » est dédiée aux adolescents, « La Plaine » à l’accueil des plus petits, de 0 à 12 ans, « Le Village » est l’hôpital de jour. L’art de s’évader Camille Park Mercandelli est une artiste plasticienne employée par le département d’Oncologie pédiatrique. Plusieurs jours par semaine, elle anime l’atelier d’arts SCIENCE mai - juin 2015 ● N°25 ● ● 31



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