Science & Santé n°19 mar/avr 2014
Science & Santé n°19 mar/avr 2014
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°19 de mar/avr 2014

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Institut national de la santé et de la recherche médicale

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 11 Mo

  • Dans ce numéro : jeux vidéo, jeux d'argent, sexe, travail... des addictions comme les autres ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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➜Grand Angle Juergen Schwarz/Getty Images/AFP Les jeux vidéo sont de plus en plus attractifs. On peut les découvrir dans les salons internationaux qui leur sont• consacrés. LPhobie sociale Se caractérise par une importante anxiété causée par la crainte de s’exposer à une interaction avec d’autres individus. a. Weinstein, M. Lejoyeux. The Americain Journal on Addictions, 13 septembre 2013 ; doi : 10.1111/j.1521-0391.2013.12110.x c. Lanteri et al. Neuropsychopharmacology, 2008, 33, 1724–34 ; doi:10.1038/sj.npp.1301548 ; (en ligne 5 septembre 2007) c. Lanteri et al. J Neurosci, 28 janvier 2009 ; 29 (4)  : 987-97 ; doi : 10.1523/Jneurosci.3315-08.2009. retarde le premier usage du tabac ? Comment quantifier l’usage non problé matique ? » Pour ce spécialiste, qui reçoit de nombreux adolescents accompagnés de parents inquiets, il y a derrière chaque prétendu « addict », un jeune qui refuse de se confronter à ses peurs. Si les jeux ne sont pas des « drogues » en soi, la manière dont ils sont conçus depuis quelques années les a rendus plus attractifs encore. « Cela fait trente ans que le jeu vidéo existe, mais seulement quatre ou cinq ans que l’on voit arriver des jeunes qui passent vraiment beaucoup de temps à jouer. Depuis que les jeux en ligne compétitifs sont arrivés. » Un jeu de combat qui rassemble plusieurs joueurs devant un même écran se révélera, en effet, moins « dangereux » qu’un jeu de stratégie auquel chacun joue depuis chez lui, seul derrière son ordinateur. Le temps passé à jouer n’est en revanche pas un indicateur. « Je me souviens d’un étudiant qui jouait sept heures par jour à World of Warcraft, mais qui avait 16 partout parce qu’il était extrêmement brillant. » Comme pour l’addiction sexuelle, cette frénésie de jeux vidéo peut cacher autre chose. « Quand un adolescent passe des jours et des nuits d’affilée devant son écran, il faut faire une évaluation psychiatrique et on peut tomber sur une phobie sociale (L) sévère non encore répérée », confirme Jean-Michel Delile. Il est également possible qu’un joueur abusif recherche avant tout à fuir une situation difficile (conflit familial, échec personnel…) dans une pratique où il bénéficie d'une distraction par rapport à ses difficultés, d’une reconnaissance par ses pairs et d’une illusion de contrôle absolu. Selon un rapport commandé par l’Association médicale américaine, jusqu’à 15% des jeunes américains auraient une pratique excessive du jeu vidéo, mais les auteurs se gardent bien de les qualifier de dépendants. « Quand un adolescent passe des jours et des nuits devant son écran, il faut faire une évaluation psychiatrique „ D’autres addictions ont par ailleurs une existence plus théorique qu’avérée. « Tant que personne n’est venu me consulter, je ne peux pas dire qu’un type d’addiction est une réalité, estime Marc Valleur qui cite l’exemple de la télévision. Cela fait quarante ans que nous avons ouvert une consultation qui lui est dédiée, et seulement trois personnes sont venues nous voir pour une dépendance aux programmes télévisés. Il s’agissait de gens qui téléchargeaient des séries et qui ne pouvaient pas s’arrêter tant qu’ils n’avaient pas tout vu ! » Là encore le rôle facilitateur d’Internet est mis en avant, et le très petit nombre de cas interdit de conclure à l’existence d’une dépendance à la télévision. Le point de vue de la neurobiologie Puisque la clinique ne peut pas encore dessiner la frontière entre l’addiction et la manie, peut-on trouver la réponse du côté de la neurobiologie ? En septembre dernier, la métaanalyse, menée par Michel Lejoyeux et le psychologue israélien Aviv Weinstein, spécialiste de la dépendance, montrait des modifications dans le fonctionnement du circuit de la récompense chez les patients incapables de contrôler leur consommation de jeux vidéo et d’Internet. Celui-ci représente les mécanismes cérébraux qui règlent l’intensité de la motivation en fonction de la récompense perçue (nourriture, argent, drogue...). Les chercheurs constataient notamment une altération de la taille du striatum ventral et une forte augmentation de l’activité des neurones dopaminergiques dont le rôle est, entre autres, de nous pousser à réagir davantage face à une source de motivation. Des effets similaires sont observés chez les patients alcooliques ou toxicomanes. « Nous avons montré que, confronté à la stimulation qui provoque le plaisir, le cerveau du dépendant au jeu va s’exciter plus, analyse Michel Lejoyeux. Les modifications révèlent qu’il se met à dysfonctionner lorsque qu’il est en présence d’un jeu vidéo. » Dans ce cerveau, les zones, en jaune, sont activées lorsque le joueur gagne de l’argent. Stefano Palminteri/Inserm28 ● & ECIENCE santé ● N°19 ● mars - avril 2014
➜Grand Angle Désir, récompense, addiction... un enchevêtrement complexe de circuits de régulation Cortex orbito-frontal res associatives.ti Parcours et traitement e L'intornnation Aire associée aux recompenses secondaires Striatum ventral. Thalamus Aire associee aux récompenses primaires Sortie comporternenta Le Aire tegmentaLe ventre Le Noyau raphé Locus coeruLeus Trone cérébral Parcours et traitement de [information sensorieLie Neurones sérotonlnergiques  : nous préparent à réagir• eurones noradrenergiques  : nous ëvitenl de sur-réagir nones dopaminergiques  : régulent le circuit de la récompense Le circuit de la récompense occupe un rôle central dans la mise en place et le maintien d’une addiction. Pour savoir quelle réaction adopter vis-à-vis d'une récompense perçue, qu'il s'agisse d'un verre d'alcool ou d'une partie de poker, notre cerveau s’appuie sur les informations sensorielles qui transitent par le tronc cérébral puis les aires associatives, de l’arrière vers l’avant, pour aboutir au noyau accumbens. L’action de cette région dicte des sorties comportementales, comme la sensation de plaisir ou de peur, mais aussi, l’accoutumance et la sensation de dépendance. Le circuit de la récompense est régulé par l’activité des neurones dopaminergiques (en vert) qui activent les sorties comportementales et les neurones sérotoninergiques (en bleu) et noradrénergiques (en rose) qui, eux, régulent la remontée des entrées sensorielles. Le dysfonctionnement de ces trois systèmes peut générer l'addiction. infographie  : frédérique koulikoff/inserm, FOTOLIA Ces résultats valident l’idée qu’il s’agit d’un trouble avec une véritable identité neurobiologique qui ressemble étrangement à celle de l’addiction telle que décrite dans le DSM, « mais je ne voudrais pas que l’on fasse un amalgame pour autant », insiste Michel Lejoyeux. Pendant très longtemps, les spécialistes ont, par ailleurs, envisagé l’addiction comme uniquement causée par un dysfonctionnement de l’activité des neurones dopaminergiques impliqués dans la motivation et la modulation de notre réponse à l’environnement (voir infographie). Une explication qui ne satisfait pas le neuro biologiste Jean-Pol Tassin * pour qui « la modification induite par les drogues sur la dopamine n’est pas un mécanisme pérenne et n’explique pas à elle seule les changements Jean-Pol Tassin  : UMR 952 Inserm/CNRS 7224/Université Pierre-et-Marie-Curie, Paris 6 équipe Physiopathologie de la dépendance et de la rechute J.-P. Tassin. Biochemical Pharmacology, 1er janvier 2008, 75 (1)  : 85–97 SCIENCE mars - avril 2014 ● N°19 ● ● 29



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