Salam News n°10 août 2009
Salam News n°10 août 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°10 de août 2009

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Saphir Média

  • Format : (200 x 270) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,2 Mo

  • Dans ce numéro : spécial Ramadan 2009

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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FOCUS Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Tandis que moins de la moitié (43%) des musulmans déclarent accomplir leurs cinq prières par jour, ils sont une large majorité (88%) à pratiquer le jeûne. Quatrième pilier de l’islam, le jeûne (as-siyam) passe pourtant − du point de vue de la doxa religieuse – bien après la prière rituelle (as-salât). Et nombre de dispenses existent. Les enfants prépubères en sont totalement exemptés. Les voyageurs, les personnes malades ou très âgées, les femmes enceintes ou qui ont leurs menstrues, qui allaitent ou viennent d’accoucher, et toute personne dont le jeûne pourrait mettre la santé en péril en sont également dispensés [lire p.17] ; ils doivent cependant reporter leur jeûne ou le compenser en donnant des repas aux nécessiteux. Malgré les difficultés – chaleur, soif, sommeil perturbé, rythme de travail… –, ne pas boire ni manger de l’aube au crépuscule, durant 29 ou 30 jours de l’année, est largement suivi. Au point que le mois de ramadan (ramadhân), neuvième mois sacré du calendrier lunaire hégirien [lire p.9], a fini par désigner dans la langue française, par glissement métonymique, le jeûne luimême. Le Ramadan a ainsi acquis une majuscule initiale, au même titre que les autres périodes de l’année que sont Noël, Pâques ou Halloween... Promotion typographique donc, pour une pratique suivie, par quelque 1,3 milliard de musulmans de par le monde. Beaucoup en profitent pour prendre de grandes décisions : « Je vais enfin arrêter de fumer », « Je vais me mettre à la prière », « Je vais porter le voile », « Je vais apprendre des sourates supplémentaires » ; des résolutions en CDD qui durent généralement le temps du mois sacré. Le Ramadan est donc devenu un véritable phénomène de société en terre hexagonale. Alors que les termes « assimilation » et « intégration » qui avaient fait florès dans les années 1980 sont (presque ?) relégués au placard, la « diversité » est maintenant de mise. Diversité en entreprise, diversité dans la cité, marketing de la diversité… Les paradoxes du Ramadan 2 443 entreprises françaises sont signataires de la charte de la diversité, mais combien sont-elles à prendre en compte la pratique du Ramadan parmi leurs équipes de travail ? La minorité de managers qui se sont appliqués à concilier diversité culturelle et objectifs économiques ont bien compris que cela était tout à l’avantage des performances de l’entreprise sur le long terme [lire p.10-11]. Dans la cité, ce sont des milliers de repas distribués chaque jour par des mosquées et des associations. Lait fermenté, dattes, chorba, pâtisseries, plus que le repas c’est la convivialité qui est fort appréciée : le ftour, moment de partage et de réconfort, est l’occasion aussi d’animer le quartier [lire SALAMNEWS N°10/AOÛT 2009 8 spécial ramadan Le Ramadan, phénomène de société Dons et partage, approche scientifique, travail et commerce, santé et voyages, le mois du ramadan revêt de multiples facettes, à découvrir dans ce « Focus ». Base navale de Toulon, septembre 2007 : rupture du jeûne pendant le mois de ramadan, avec l’aumônier Bouzid Messili et des marins du porte-avion Charles de Gaulle. p.18-19]. Les mosquées des grandes villes invitent chaque année les élus pour une rupture du jeûne citoyen. C’est dans le domaine du business que, finalement, le Ramadan fait son entrée sur le tapis rouge. Si dans le monde du travail le musulman a encore intérêt à se faire petit [lire p.12], il est largement bienvenu quand il s’agit de passer au tiroir-caisse. La croissance d’au moins 15% par an de la filière halal attire des segments entiers [lire p.14-15] : des industriels agro-alimentaires, qui ne cessent de diversifier leurs produits, aux enseignes d’hypermarchés, dont les linéaires s’allongent d’année en année durant la période faste du Ramadan. Ramadan, mois d’abstinence et de recueillement ou mois d’abondance et de flots d’argent ? Sans ambiguïté aucune, le Ramadan est tout cela à la fois [lire p.16], à l’image de nous tous, simples êtres humains, êtres d’esprit et de chair, envisageant imperceptiblement l’au-delà mais aussi s’activant résolument dans l’ici bas. ■ Huê Trinh Nguyên France Keyser
www.salamnews.fr Abd-al-Haqq Guiderdoni est astrophysicien au CNRS, et dirige l’Institut des hautes études islamiques (IHEI). Et si l’on regardait le ciel pendant la Nuit du doute ? L’UNESCO a choisi 2009 comme l’Année mondiale de l’astronomie, avec une volonté à la fois modeste et ambitieuse : que chaque citoyen de notre planète Terre puisse, au moins une fois au cours de l’année, observer le ciel et prendre conscience de sa position dans le cosmos. Observer le ciel au moins une fois dans l’année… Certainement les musulmans sont censés le faire pour guetter le fin croissant de Lune (hilal), qui marque le début du mois de ramadan. Rien de plus simple apparemment. Or, chaque année, cette question de la vision du croissant suscite de vifs débats au sein de la communauté musulmane de France. Rappelons quelques données astronomiques indispensables. Une « Nouvelle Lune » a lieu à chaque cycle lunaire, quand la Lune est au plus près de l’axe Terre-Soleil, et nous montre sa face non éclairée. Il s’agit d’un événement global, qui vaut pour la Terre entière. Il faut ensuite attendre de 12 à 15 heures pour que la Lune s’écarte suffisamment de cet axe, et commence à montrer une partie très mince de sa face éclairée (le croissant). La nuit qui suit la Nouvelle Lune est la « Nuit du doute ». Suivant la localisation de l’observateur sur Terre, le croissant sera visible ou non au début de cette Nuit. Si l’observateur voit le croissant ce soir-là, le mois de ramadan débute pour sa « zone ». Sinon, on prolonge d’un jour le mois lunaire précédent, et le premier jour de jeûne de la « zone » sera le surlendemain. Alors que la Nouvelle Lune est un événement global, la vision du croissant, quant à elle, demeure un événement local, qui vaut pour une « zone » donnée. C’est ainsi que l’ont vécue les compagnons du Prophète et les premiers musulmans, et l’on ne s’offusquait pas que, d’une ville à l’autre, le mois du jeûne commence avec un jour de décalage. La Nouvelle Lune d’avant Ramadan 1430 aura lieu le jeudi 20 août à 12 h 01, heure civile française. En fait, les calculs astronomiques montrent que le croissant ne sera visible ce soir-là ni de France, ni d’ailleurs d’aucun lieu en Europe ou au Maghreb. En suivant la tradition, il faudrait donc reporter le début du jeûne en France à samedi 22 août. Mais les choses ont changé. Une exigence nouvelle est apparue dans le monde musulman : celle d’avoir un calendrier qui permette de prédire les mois lunaires avec certitude. Il y a d’abord des raisons économiques. Il y a surtout une nouvelle perception de ce que doit être l’unité de laumma : non plus seulement le respect de principes communs, mais celui de « faire les choses en même temps, et de la même façon ». Pour cette sensibilité, la « zone » de l’observateur, ce n’est pas un pays, c’est tout le monde musulman. C’est ainsi que de nombreuses voix s’élèvent pour proposer un calendrier « global » qui permette à toute laumma de débuter et de finir le jeûne « en même temps ». Plusieurs solutions ont été proposées. Qu’il suffise de dire ici qu’aucune n’est satisfaisante, c’est-à-dire qu’aucun critère global ne permet de respecter la prescription de la visibilité locale du croissant, en tout lieu et pour chaque année. Un critère global très utilisé est qu’il suffise que le croissant soit visible en un point de la Terre pour que le début du mois soit décidé partout. Cette année risque d’être particulièrement critique : le croissant ne sera visible, jeudi 20 au soir, qu’au sud-ouest du continent sud-américain, et avec difficulté. Par exemple, au Chili, aux alentours du coucher du soleil là-bas, qui aura lieu à Santiago à 18 h 19. On pourrait alors décider que le mois de ramadan débute jeudi soir et commencer à jeûner vendredi 21. Mais un problème demeure : le décalage horaire est de six heures entre le Chili et la France. Quand il sera 18 h 19 à Santiago, il sera 0 h 19 du matin, le vendredi en France. On aurait donc décidé du début du mois, fait la prière de ‘isha de jeudi (à 22 h 26, à Paris) et les prières des tarawîh juste après, alors que personne sur Terre n’aurait encore pu observer le croissant… Ce choix ne serait-il pas un symptôme de la « déréalisation » qui frappe les sociétés modernes, et qui fait oublier que, au-delà des calculs, il y a un vrai Soleil et une vraie Lune ? En cette Année mondiale de l’astronomie, il faudrait penser, enfin, à regarder le ciel lors de la Nuit du doute… ■ D.R. 9 cornelius



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