Réfugiés n°120 sep/oct/nov 2000
Réfugiés n°120 sep/oct/nov 2000
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°120 de sep/oct/nov 2000

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : UNHCR

  • Format : (205 x 280) mm

  • Nombre de pages : 48

  • Taille du fichier PDF : 1,6 Mo

  • Dans ce numéro : il n'existe pas de plus grande douleur au monde que la perte de sa terre natale (Euripide, 431 avant J.-C.).

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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"Transport : la plupart des réfugiés s’enfuient de chez eux à pied. D’autres partent en tracteur, en voiture, en avion ou en camion. En Tanzanie, un allié inattendu, le Liemba, leur a tendu la main. Ce vieux navire de la Marine allemande, canonnière rescapée de la Première Guerre mondiale, avait tenu la vedette aux côtés de Humphrey Bogart et Katherine Hepburn dans un classique hollywoodien : « African Queen ». en 1995. Déjà parmi ces déshérités figuraient, en plus des réfugiés, d’autres catégories de personnes ne relevant pas directement du mandat du HCR — des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays, des réfugiés qui rentraient chez eux et des demandeurs d’asile. Tous ces gens avaient fui les guerres et les persécutions par tous les moyens — à pied, en canoë, en voiture, en camion ou par avion — seuls, avec leur famille, ou de plus en plus souvent, dans le cadre d’un exode massif. En 1971, dix millions de civils passèrent en Inde pour échapper aux dangers qui les menaçaient au Pakistan oriental (le futur Bangladesh). Ce fut le plus important déplacement humain de l’histoire moderne. Trois millions de boat people quittèrent l’Asie du Sud-Est au lendemain de la guerre du Viet Nam et six millions d’Afghans ont dû fuir leur patrie. En 1994, plus d’un million de Rwandais se réfugièrent au Zaïre en l’espace de trois jours. Dans les années 90, le HCR s’occupa de quatre millions de personnes dans la région des Balkans. Il est arrivé qu’un seul camp abrite des centaines de milliers de réfugiés, devenant parfois la plus grande agglomération d’un pays donné. En 1981, quand 452 bateaux débarquèrent en Thaïlande avec à leur bord 15 479 réfugiés, les | EN COUVERTURE | HCR/P. MOUMTZIS statistiques fournies par le HCR révélèrent un monde d’horreur : 349 embarcations avaient été attaquées trois fois chacune en moyenne ; 578 femmes avaient été violées, 228 autres enlevées et l’on dénombra 881 décès ou disparitions. — Rapport sur les sévices endurés régulièrement par les boat people indochinois. 8 R É F U G I É S HCR/M. KOBAYASHI Le budget initial du HCR, de 300 000 dollars, atteignit le chiffre record de 1,4 milliard de dollars en 1996, au plus fort de la crise mondiale, tandis que son personnel passait de 34 à plus de 5000 membres présents dans 120 pays. A côté des juristes chargés de protéger les droits des réfugiés intervenaient désormais, du fait de la complexité croissante des opérations, des logisticiens, des ingénieurs hydrauliques et du bâtiment, des psychologues, des nutritionnistes, des démineurs, des universitaires, des écologues, des journalistes, des experts en cartographie et imagerie par satellite, des contrôleurs aériens et autres spécialistes. Le nombre d’associations humanitaires, notamment d’organisations non gouvernementales (ONG), se multiplia également. Au cours des années 90, il devint courant de voir des centaines d’agences, depuis les groupes fondamentalistes religieux jusqu’aux équipes de neurochirurgiens, planter leurs tentes dans les lieux les plus désolés de la planète. Les progrès des communications et des transports révolutionnèrent le refugee business. Dans les années 60, un Africain avait adressé un appel à l’aide au Haut Commissaire, au moyen de quelques mots gravés sur une feuille d’arbre : « Je pense que vous serez heureux de m’entendre à travers cette feuille. » Le messager de fortune arriva à Genève par courrier. A la fin des années 90, les réfugiés kosovars disposaient gratuitement de téléphones portables pour appeler leurs proches. Si les réfugiés continuèrent de fuir par les moyens les plus rudimentaires et les plus chaotiques tout au long de ces cinquante années, les opérations mises en place pour les aider devinrent de plus en plus sophistiquées et high-tech. En 1973, le HCR organisait le plus important pont aérien de tous les temps pour rapatrier des dizaines de milliers de victimes de la guerre au Pakistan à travers le sous-continent indien. Après le plus « grand » pont aérien, le HCR mit en place le plus « long » pont aérien humanitaire de l’histoire pour nourrir la population assiégée de Sarajevo, la capitale bosniaque, durant quatre rudes hivers. Il dura 1279 jours. Ce fut l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) qui livra la première guerre humanitaire de l’histoire, la seule à ce jour,
S. SALGADO une guerre éclair en 78 jours de raids aériens contre les forces serbes pour tenter de protéger la population d’origine albanaise dans la province yougoslave du Kosovo. Ils nous ont obligés à nous coucher dans la neige, les mains derrière la tête, et ils nous ont roués de coups. Puis ils nous ont ordonné de monter sur une colline. Nous avons été pris de panique et nous nous sommes mis à courir. Les policiers ont ouvert le feu. Certains ont été abattus dans leur course, d’autres exécutés sur place. — Récit d’un survivant des massacres au Kosovo. Grâce à l’ensemble de ses opérations, le HCR a aidé environ 50 millions de personnes à refaire leur vie, en favorisant leur rapatriement ou en les réinstallant dans un nouveau pays. En 1954, l’agence se vit décerner le premier de ses deux prix Nobel de la paix pour avoir essayé de créer ce que le Haut Commissaire Goedhart décrivait à l’époque comme un environnement mondial « dans lequel aucune personne, dans aucun pays, en fait aucun groupe de personnes quel qu’il soit, ne vive dans R É F U G I É S la peur et le besoin ». Cet espoir ne s’est pas réalisé. Vingt-cinq ans après, le HCR reçut un second prix Nobel de la paix que Poul Hartling, alors Haut Commissaire, qualifiait de « témoignage aux réfugiés du monde entier, qu’on ne les oublie pas ». Au milieu de tous ces remous et bouleversements, quelques constantes demeurent — notamment les terribles souffrances et les épreuves traversées par ceux que l’on chasse de chez eux, ainsi que leur courage et leur détermination pour repartir de zéro. Pendant l’exode de l’Asie du Sud-Est, nombreuses sont les femmes qui furent violées et les passagers massacrés, par embarcations entières, au cours des plus atroces actes de piraterie de l’époque moderne. Après le génocide de 1994, qui fit un million de victimes au Rwanda, des dizaines de milliers de réfugiés rwandais périrent du choléra et d’autres maladies, souvent devant les caméras de télévision, dans les camps du Kivu en Afrique centrale. A Srebrenica, ville déclarée « sanctuaire » de l’ONU, plus de sept mille hommes et jeunes adolescents ont été exécutés en 1995. Ce fut le plus odieux massacre de ce genre commis en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Où que ce soit, pratiquement chaque réfugié avait un récit d’horreurs à raconter. Pourtant, des millions de personnes ont réussi à reconstruire leur vie, souvent discrètement et sans fanfare. Des gens célèbres sont devenus réfugiés. D’autres sont devenus célèbres après 9 COPYRIGHT



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