Reflets de la Physique n°64 jan/fév/mar 2020
Reflets de la Physique n°64 jan/fév/mar 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°64 de jan/fév/mar 2020

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Société Française de Physique

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 48

  • Taille du fichier PDF : 5,6 Mo

  • Dans ce numéro : au sein et autour de la SFP, le concours Beautiful Science de la SFP.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 30 - 31  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
30 31
Académie des sciences/Simon Cassanas Jocelyn Bell en décembre 2018, lorsqu’elle a reçu la grande médaille de l’Académie des sciences à Paris. Née en 1943 à Belfast (Irlande du Nord), Jocelyn Bell est une astrophysicienne britannique reconnue internationalement, pionnière dans le domaine de la radioastronomie  : elle a découvert les pulsars en 1967 durant sa thèse à Cambridge (Royaume-Uni). Elle s’est ensuite confirmée comme un des leaders de son domaine. Tout au long de sa carrière, elle a été également très active au niveau de l’enseignement et de la diffusion des connaissances. Elle a aussi beaucoup œuvré pour la promotion des femmes dans le milieu scientifique. Thèse de doctorat et découverte des pulsars Après avoir obtenu son diplôme de Master of Science à l’université de Glasgow, Jocelyn Bell commence sa thèse à Cambridge en 1965, et aide activement à construire le «Four Acre Array», un grand radiotélescope à 81 MHz (longueur d’onde 3,7 m) destiné à observer des quasars, astres lointains tout juste découverts en 1964 par Maarten Schmidt. Son directeur de thèse, Anthony Hewish, et son conseiller de thèse, Martin Ryle, avaient conçu ce projet de radiotélescope spécialisé dans la détection de signaux très variables  : les quasars pouvaient être détectés grâce à l’effet de scintillation interplanétaire et interstellaire en radioastronomie (phénomène de turbulence du gaz ionisé, comparable à celui de l’atmosphère en optique), qui doit permettre de distinguer les sources compactes de celles plus étendues. 30 Reflets de la Physique n°64 Jocelyn Bell Burnell, découvreuse des pulsars Françoise Combes (1) (francoise.combes@obspm.fr) et Florence Durret (2) (durret@iap.fr) (1) LERMA (UMR CNRS 8112), Observatoire de Paris, 61 avenue de l’Observatoire, 75014 Paris (2) Institut d’Astrophysique de Paris (UMR CNRS 7095 et Sorbonne Université), 98 bis Bd Arago, 75014 Paris En 1967, le radiotélescope, constitué de 2048 dipôles couvrant plus de 16 000 m², devient opérationnel et Jocelyn Bell est chargée de traiter et d’analyser les données qu’il produit (fig. 1). Tout le ciel dans le domaine de déclinaison entre -8° < δ < 44° est scanné une fois par semaine. Après avoir passé des heures interminables à scruter les cartes et analysé des centaines de mètres de papier de résultats (avec un enregistrement toutes les 0,03 secondes), elle remarque certaines anomalies qui ne correspondaient pas aux prédictions des modèles de quasars, et les soumet à l’attention de son directeur de thèse Anthony Hewish. Les signaux proviennent d’une position constante sur la sphère céleste (donc ne correspondent pas à des interférences terrestres), et les pulsations, d’environ une par seconde, sont régulières. Au cours des mois qui ont suivi, l’équipe a systématiquement éliminé toutes les sources possibles de ces impulsions radio, jusqu’à pouvoir en déduire qu’elles ont été produites par des étoiles à neutrons, étoiles effondrées trop peu massives pour former des trous noirs. La source, qui avait été temporairement baptisée LGM-1 (Little Green Men-1) ou « Petits Hommes verts-1 », en référence à une origine potentiellement artificielle, est donc par la suite identifiée comme étant une étoile à neutrons en rotation rapide, émettant à chaque tour une impulsion radio vers l’observateur, d’où le nom de « pulsar » qui lui a été donné. En l’espace de quelques mois, Jocelyn Bella ensuite détecté quatre autres pulsars, de périodes également de l’ordre d’une seconde, venant de différentes régions du ciel. Ces découvertes ont été publiées dans le numéro de février 1968 de la revue Nature [1] et ont eu un impact fort et immédiat. Intriguée tant par la nouveauté et l’originalité d’une femme scientifique que par la signification astronomique de la découverte de l’équipe, la presse a beaucoup repris l’histoire et Jocelyn Bella été l’objet de toutes les attentions. Cette même année, elle a obtenu son doctorat en radioastronomie de l’Université de Cambridge. Cependant, en 1974, seuls Hewish et Ryle ont reçu le prix Nobel de physique pour leur travail commun, et notamment pour la découverte des pulsars. Beaucoup de membres de la communauté scientifique
ont soulevé des objections, estimant que Jocelyn Bellavait été injustement oubliée. Mais Jocelyn Bell elle-même a humblement rejeté cette objection, estimant que le prix avait été décerné correctement compte tenu de son statut de doctorante lors de la découverte, bien qu’elle ait également reconnu que la discrimination fondée sur le genre pouvait avoir contribué dans une certaine mesure. Poursuite de la carrière de Jocelyn Bell Jocelyn Bella ensuite travaillé dans les longueurs d’onde X et gamma, sans abandonner la radioastronomie, et a étudié les phénomènes rapidement variables autour des étoiles binairesX, sursauts gamma et quasars. Elle n’a pas vraiment continué à observer les pulsars, mais s’est spécialisée dans les objets très variables, comme les miniquasars dans la Voie lactée (par exemple SS433) ou bien les trous noirs de masse stellaire possédant un compagnon et un disque d’accrétion, qui sont sujets à des sursauts et des variations sur des périodes de quelques jours, comme Cygnus-X1. Ses connaissances approfondies en matière de radioastronomie et dans tout le spectre électromagnétique lui ont valu toute une vie de respect dans la communauté scientifique et une carrière prestigieuse dans le milieu universitaire. Après avoir reçu son doctorat de Cambridge, elle a enseigné et étudié l’astronomie gamma à l’Université Mullard Radio Astronomy Laboratory de Southampton. Elle a ensuite passé huit ans comme professeure à l’University College London, où elle s’est concentrée sur l’astronomie en rayonsX. Les travaux de Jocelyn Bell ne concernent pas seulement l’astronomie, mais aussi le traitement du signal, notamment la détection des signaux d’amplitude variable et de période extrêmement petite par rapport à la durée de l’expérience. Au cours de cette même période commence son affiliation à l’Open University, où elle travaillera plus tard en tant que professeure de physique en étudiant les étoiles binaires et à neutrons, et effectuera des recherches en astronomie infrarouge au Royal Observatory à Edimbourg. Elle a été doyenne de la faculté des sciences à l’University of Bath de 2001 à 2004 et professeure invitée dans des institutions aussi prestigieuses que Princeton et Oxford. La découverte des pulsars a ouvert un nouveau champ d’étude en physique fondamentale. En effet, la très grande stabilité dans le temps des impulsions radio des pulsars permet de les utiliser dans diverses expériences, en particulier dans les tests de la théorie de la relativité générale et la mise en évidence d’ondes gravitationnelles. Une description des propriétés des pulsars et de leurs applications peut être consultée dans l’article récent d’Ismaël Cognard [2]. Histoire des sciences 1. Le radiotélescope «Four Acre Array» du Mullard Radio Astronomy Observatory, près de Cambridge (UK), que Jocelyn Bell (à droite sur la photo) a aidé à construire et qui lui a servi à découvrir les pulsars en 1967. Une carrière marquée par de nombreux honneurs En reconnaissance de ses réalisations, Jocelyn Bella obtenu d’innombrables récompenses et honneurs, y compris ceux de Commandeur puis de Dame de l’Ordre de l’Empire britannique en 1999 et 2007, respectivement ; un prix Oppenheimer en 1978 ; et la médaille Herschel 1989 de la Royal Astronomical Society, dont elle sera présidente de 2002 à 2004. Elle a été présidente de l’Institute of Physics britannique de 2008 à 2010 et présidente de la Royal Society of Edinburgh de 2014 à 2018. Jocelyn Bella également reçu des diplômes honorifiques d’un éventail d’universités, trop nombreuses pour être mentionnées. En décembre 2018, elle a reçu la grande médaille de l’Académie des sciences française. À cette occasion, elle a donné une conférence pleine d’humour retraçant son parcours. Elle raconte notamment son syndrome de l’imposteur, au début de sa thèse, lorsqu’elle arrive de Belfast, région peu considérée par les intellectuels de Cambridge. La pression exercée sur les étudiants était tellement forte, qu’une grande partie d’entre eux décidaient euxmêmes d’abandonner pour éviter d’être renvoyés. Mais elle s’accroche et décide d’aller jusqu’au bout, de donner le meilleur d’elle-même. Elle s’empare des outils qui lui sont donnés à son arrivée, une tenaille, une pince, un fer à souder, pour construire » > Reflets de la Physique n°64 31



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Reflets de la Physique numéro 64 jan/fév/mar 2020 Page 1Reflets de la Physique numéro 64 jan/fév/mar 2020 Page 2-3Reflets de la Physique numéro 64 jan/fév/mar 2020 Page 4-5Reflets de la Physique numéro 64 jan/fév/mar 2020 Page 6-7Reflets de la Physique numéro 64 jan/fév/mar 2020 Page 8-9Reflets de la Physique numéro 64 jan/fév/mar 2020 Page 10-11Reflets de la Physique numéro 64 jan/fév/mar 2020 Page 12-13Reflets de la Physique numéro 64 jan/fév/mar 2020 Page 14-15Reflets de la Physique numéro 64 jan/fév/mar 2020 Page 16-17Reflets de la Physique numéro 64 jan/fév/mar 2020 Page 18-19Reflets de la Physique numéro 64 jan/fév/mar 2020 Page 20-21Reflets de la Physique numéro 64 jan/fév/mar 2020 Page 22-23Reflets de la Physique numéro 64 jan/fév/mar 2020 Page 24-25Reflets de la Physique numéro 64 jan/fév/mar 2020 Page 26-27Reflets de la Physique numéro 64 jan/fév/mar 2020 Page 28-29Reflets de la Physique numéro 64 jan/fév/mar 2020 Page 30-31Reflets de la Physique numéro 64 jan/fév/mar 2020 Page 32-33Reflets de la Physique numéro 64 jan/fév/mar 2020 Page 34-35Reflets de la Physique numéro 64 jan/fév/mar 2020 Page 36-37Reflets de la Physique numéro 64 jan/fév/mar 2020 Page 38-39Reflets de la Physique numéro 64 jan/fév/mar 2020 Page 40-41Reflets de la Physique numéro 64 jan/fév/mar 2020 Page 42-43Reflets de la Physique numéro 64 jan/fév/mar 2020 Page 44-45Reflets de la Physique numéro 64 jan/fév/mar 2020 Page 46-47Reflets de la Physique numéro 64 jan/fév/mar 2020 Page 48