Reflets de la Physique n°60 déc 18/jan-fév 2019
Reflets de la Physique n°60 déc 18/jan-fév 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°60 de déc 18/jan-fév 2019

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Société Française de Physique

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 4 Mo

  • Dans ce numéro : l'électricité nucléaire, questions ouvertes et points de vue.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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 » > dans la réflexion des combustibles différents de l’uranium  : quelles perspectives offrent le plutonium (génération IV, surgénérateurs) ou le thorium (dont les réserves sont plus importantes que celles d’uranium) ? Que faut-il penser des prototypes de recherche sur la fusion (ITER), sur les réacteurs rapides (ASTRID) ou sur les sources à spallation (MYRRHA) dans une perspective d’incinération de certains déchets ? Resteront-ils des prototypes ou déboucheront-ils sur des applications réalistes ? Les décisions françaises Cette question des déchets suscite à son tour un débat sans fin (e). La décision politique française a mis en avant le stockage en profondeur pour les déchets de haute activité à vie longue (HAVL). Or ce stockage n’est pas purement passif  : le risque d’échauffement et le dégagement d’hydrogène imposent de ventiler les galeries, ce qui requiert que l’alimentation électrique soit maintenue (pas de coupure de plus d’une semaine) pendant des centaines d’années ; à son tour, cette maintenance requiert une stabilité politique et énergétique. Sans parler de la stabilité géologique, qui, elle, doit être préservée sur des dizaines ou centaines de milliers d’années. Les opposants à ce choix considèrent que le stockage profond serait largement irréversible, alors qu’il n’aura pas été testé au préalable en grandeur réelle, et sans possibilité fiable de communiquer avec les générations futures. Ils soulignent aussi que les plans actuels de stockage ne concernent que les déchets du parc actuel  : si on continue à en produire, aura-t-on assez de matériaux (verre borosilicaté et acier), d’énergie et de place pour organiser leur stockage ? Les mêmes décideurs politiques français ont considéré, lors du moratoire de la loi Bataille, que le stockage n’est pas la seule option. Ils ont préconisé de développer des systèmes nouveaux pour incinérer, recycler ou transmuter ces mêmes déchets de haute activité à vie longue. Contrairement au stockage, ces systèmes peuvent difficilement s’accommoder de ce que ces déchets restent mélangés à d’autres  : il faut d’abord les séparer, ce qu’on sait faire techniquement, mais pas encore à échelle industrielle (sans parler de la rentabilité, qui ne fait pas partie des objectifs de l’opération). Comment la recherche sur les systèmes incinérateurs 60 Reflets de la Physique n°60 s’articulerait-elle avec le stockage en profondeur ? Des choix techniques portant sur l’ensemble de la filière ont été opérés par l’exécutif français, et ont été débattus, entre autres, au sein de l’Office Parlementaire de l’Évaluation des Choix Scientifiques et Technologiques (OPECST). Cependant, les choix politiques sur les questions de fond et de long terme n’ont pas encore été débattus, amendés et votés par le Parlement en tant que tels, à l’exception d’un dossier très visible, celui des déchets. L’importance des sujets politiques considérés requiert des procédures collectives démocratiques de débat et de décision, en toute transparence et en confiance, ce qui ne semble pas faire consensus actuellement au sein de la communauté française. Est-il envisageable d’améliorer le fonctionnement démocratique, et de mieux intégrer les retours d’expérience afin de procéder aux corrections a posteriori ? Et comment gère-t-on, politiquement et financièrement, des risques à la fois très rares et aux conséquences très importantes ? La structure de la filière française La transparence et la confiance doivent porter également sur les opérateurs et leurs vérificateurs, et là aussi le consensus semble loin d’être atteint. Le taux d’erreurs et d’incidents de la filière nucléaire française, clairement meilleur que dans beaucoup d’autres industries et activités humaines, pourrait toujours sembler trop élevé au regard des attentes de la communauté. C’est en particulier le débat soulevé par les questions de fissures et de fragilité de l’acier des cuves des réacteurs, y compris celle de l’EPR. L’indépendance actuelle de l’Autorité de Sureté Nucléaire (ASN) et de l’Institut de Radioprotection et de Sureté Nucléaire (IRSN) est soulignée dans les vérifications opérées au jour le jour, mais les critiques s’interrogent sur la capacité qu’aurait l’ASN d’imposer une remise en cause drastique de toute la filière si elle le jugeait nécessaire. Quelle est la sincérité des documents de vérification, et quel est l’impact concret du Haut comité pour la transparence [2] ? Pourquoi le secretdéfense, qui est en lui-même un enjeu démocratique du fait qu’il protège les décideurs vis-à-vis de leurs concitoyens, est-il utilisé autant pour le nucléaire civil [3] que pour ce qui appartient réellement au domaine militaire ? Les liens (notamment autour des ingénieurs du corps des Mines) entre les structures étatiques, les institutions de régulation et les opérateurs font-ils désormais partie du passé (f) ? Même si cela n’a pas de conséquence directe sur les futures décisions à prendre, il peut être utile de rappeler l’historique de la filière française, qui n’est traité que partiellement dans ce dossier. La création du CEA et du centre de Marcoule, le choix des réacteurs à eau pressurisée, le Plan Messmer de nucléaire civil décidé en 1974 à la suite du premier choc pétrolier, la construction et les difficultés des surgénérateurs et de l’EPR  : en toile de fond se déroule la mise en place parallèle d’un secteur industriel complet et d’un mouvement qui le conteste. Il serait intéressant d’approfondir cet historique de la filière française, y compris au sein du contexte international. La nécessité de raisonner à long terme soulève la question de la stabilité politique et financière des décideurs et opérateurs, qu’ils soient publics ou privés. L’un des premiers arguments politiques contre le nucléaire (ravivé [4]) était qu’il entrainait l’instauration d’un État centralisé et autoritaire. Gérer le nucléaire nécessite-t-il un certain type d’État ou d’institutions ? Quant aux opérateurs du nucléaire français désormais de droit privé, ils sont en pleine réorganisation, et engagés sur des dossiers internationaux lourds et délicats (g). Faudrait-il les mettre à l’abri de la concurrence ? Santé et environnement Quelques pages sur l’impact du nucléaire sur la santé et l’environnement ne peuvent suffire à épuiser le débat. Les conséquences (qui ne sont pas nécessairement spécifiques au nucléaire) de l’exploitation des mines sur les pays producteurs et leurs travailleurs suscitent des oppositions, par exemple à Ganbaatar en Mongolie, à Faléa au Mali, ou à propos des droits des Aborigènes australiens [5]. L’impact d’un accident, très peu évoqué dans ce dossier, peut apparaitre différent selon qu’il s’envisage à l’échelle d’une semaine, d’un an, ou d’une génération. Les retours d’expérience ont été tirés des accidents de Windscale/Sellafield, Three Mile Island, Tchernobyl, Fukushima, en fonction des informations disponibles. La radioactivité en mer affecte la biodiversité marine et la pêche, celle dans l’air peut
toucher directement les individus et contaminer les sols, avec des effets sur l’alimentation. Si pour Windscale les conséquences ont surtout été en termes d’environnement, Tchernobyl et Fukushima ont aussi révélé (au-delà de profondes différences dans la capacité de réaction et de gestion des États et entreprises) l’impact sur les relations sociales, les liens familiaux, la psychologie personnelle, les activités économiques, la confiance dans les autorités et les médias, les animaux, qui ne peuvent être ramenés à un bilan uniquement financier (h). Pour Tchernobyl, le nombre de personnes touchées, l’étendue des dommages sur leur santé et le nombre de morts restent controversés. Pour Fukushima, la densité d’habitation dans les zones affectées a mis en évidence, tant de la part des autorités que des personnes concernées, les difficultés des décisions d’évacuation ou de retour, ainsi que des actions de la vie courante  : habiter, manger, jouer, respirer, travailler, se déplacer. La probabilité d’un accident futur touchant un réacteur français est difficile à évaluer ; le parc a eu cinq accidents qui auraient pu devenir graves et qui ont été tous maitrisés (i). Outre les erreurs humaines, qui ne peuvent être exclues, et les évènements naturels extrêmes, comment tenir compte de possibles intrusions volontaires, du type de pilote suicide ou terrorisme sur une centrale ou une piscine, dans une époque où les moyens d’attaque sont en évolution rapide ? Le débat sur la sureté et la sécurité (j) porte aussi sur le vieillissement du parc des centrales. En novembre 2017, la presse française s’est fait l’écho d’une part des risques sismiques et de la vétusté affectant l’unique centrale nucléaire arménienne, à Metsamor ; et d’autre part de la pollution au ruthénium 106 qui a ramené l’attention sur le complexe nucléaire Maïak, à Kychtym (Russie), déjà siège en 1957 d’un grave accident longtemps gardé secret. Toute extrapolation au parc français est délicate. En guise de conclusion Pour terminer sur des questions ouvertes, nous rappellerons celles qui ont été posées il y a tout juste 40 ans dans la préface d’un dossier spécial sur le nucléaire [6]  : « De combien d’énergie avons-nous besoin ? Y a-t-il un rapport entre consommation d’énergie et niveau de vie, consommer plus et vivre mieux ? Qui manque d’énergie, qui en gaspille, et pourquoi ? De quelles énergies avons-nous besoin ? Laquelle, pour une utilisation donnée, constitue le meilleur choix du point de vue de la collectivité et des personnes ? Y a-t-il un rapport entre formes d’énergie et formes de société ? Sur quelles énergies pourrons-nous compter pour demain ou même pour tout de suite ? Dans quelle mesure l’énergie nucléaire nous est-elle indispensable ? Le programme électronucléaire français est-il réaliste ? Est-il réaliste de vouloir le stopper ? » ❚ Le nucléaire civil en débat a. Le « retour sur investissement en énergie » (EROI) d’une filière est le rapport de l’énergie qu’elle fournit à la quantité d’énergie utilisée pour la production. b. Les centrales doivent être refroidies ; en période de canicule elles doivent parfois être arrêtées, et cela arrive même en Suède.c. Voir dans ce dossier l’article de S. Bouneau (p. 46), et celui de N. Maïzi et F. Briens (p. 49). d. La première génération de réacteurs nucléaires est celle, désormais terminée, à l’uranium naturel et au graphite-gaz (UNGG). Les réacteurs à eau pressurisée en cours d’exploitation en France font partie de ce qui est appelé la deuxième génération. On appelle « troisième génération » les réacteurs à eau pressurisée en cours de construction dont, entre autres, la sécurité a été améliorée, comme le réacteur pressurisé européen (EPR).e. Sur la question des déchets, voir plusieurs articles dans ce dossier, en particulier ceux de J.-Y. Le Déaut (p. 13) et de B. Romagnan (p. 14), et l’entretien croisé avecC. Stéphan et P.Barbey (p. 19).f. Greenpeace dénonce actuellement de tels liens au Conseil d’État (Le Canard Enchaîné, 3 octobre 2018). g. L’affaire Uramin (scandale financier impliquant Areva), les difficultés des chantiers EPR peuvent avoir des impacts significatifs sur ces opérateurs et leurs perspectives.h. Pour l’estimation du cout d’un accident, voir dans ce dossier l’article d’A.-S. Dessillons (p. 29).i. St-Laurent-des-Eaux les 17 octobre 1969 et 13 mars 1980, Le Bugey le 14 avril 1984, Civaux le 12 mai 1998, Le Blayais le 27 décembre 1999. j. Le rapport de la Commission d’enquête sur la sureté et la sécurité des installations nucléaires, dit « Rapport Pompili » (28 juin 2018), a largement débordé le cadre de la sureté pour aborder différents aspects de la filière. EDF y a répondu sur plusieurs dizaines de points  : www.edf.fr/sites/default/files/contrib/groupe-edf/producteur-industriel/hydraulique/Notes%20d’info/note_info_pompili.pdf. Barbara Pompili y a répondu à son tour  : https://barbarapompili.fr/reponse-a-edf-concernant-rapportde-commission-denquete/7 Références Traduction : SilesRomainsavaienteul’énergienucléaire, nous serions encore en train de surveiller leurs déchets. 1.Rapportdel’IRSNsurlecycledu combustiblenucléaireenFrance, 24octobre2018,www.irsn.fr/FR/Actualites_presse/Actualites/Pages/20181024_Publication-rapport- IRSN-sur-cycle-du-combustiblenucleaire-en-France.aspx 2.www.hctisn.fr 3.M. Prieur, « Nucléaire,informationet secretdéfense,Débatpublic-Caen, 14novembre2005 », Revue juridique de l’Environnement 3(2006)289-301, www.persee.fr/doc/rjenv_0397- 0299_2006_num_31_3_4550 4.https://zad.nadir.org/spip. php ? article6177 5.Voirparexemple:http://falea.eu ; http://mcca-ain.org/index.php/cris-devictimes ; « Australie,coloniedel’uranium », Revue Z,6(2012)72. 6.M. Bosquet(ouA.Gorz,pseudonymesde G.Horst), « Ausoleildel’an2000,peut-on stopperlenucléaire ? », Que choisir ?, N°spécialÉnergie(février1978). Reflets de la Physique n°60 61



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