Reflets de la Physique n°60 déc 18/jan-fév 2019
Reflets de la Physique n°60 déc 18/jan-fév 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°60 de déc 18/jan-fév 2019

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Société Française de Physique

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 4 Mo

  • Dans ce numéro : l'électricité nucléaire, questions ouvertes et points de vue.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Les choix techniques du nucléaire français  : le lien historique civil-militaire Hervé Bercegol, physicien, CEA Durant le second conflit mondial, un effort de guerre intense conduit la recherche scientifique à conquérir une nouvelle forme d’énergie, démontrée de façon radicale et cataclysmique par les bombardements nucléaires américains. L’énergie de l’atome vient au monde marquée du sceau de la géopolitique, du militaire et de la science. Le développement de l’énergie nucléaire qui s’ensuit en France n’échappera pas à ces trois déterminants  : tout au long des années 1945 à 1970, le lien civil-militaire est manifeste dans les technologies de réacteurs développées par les deux grandes institutions françaises en charge de cette énergie, le CEA en premier lieu et EDF dès le milieu des années 1950. En octobre 1945, le gouvernement provisoire crée par ordonnance le Commissariat à l’Énergie Atomique (CEA) « pour que la France puisse tenir sa place dans le domaine des recherches concernant l’énergie atomique » [1]. Deux mois avant, les États- Unis d’Amérique ont utilisé les bombes atomiques et se sont ainsi situés en position de puissance dans le camp des vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale. Le projet Manhattan a mobilisé entre 1940 et 1945 jusqu’à 130 000 employés [2]. Les savants atomistes français, très actifs dans l’entre-deux-guerres et parmi les premiers à commencer en 1939 l’étude secrète d’une arme nucléaire, ont été tenus à l’écart du projet. À la découverte de la fission, il est apparu très vite que la libération de l’énergie de liaison nucléaire dans une réaction en chaine donne la possibilité d’une « combustion nucléaire » auto-entretenue, pour faire tourner un générateur d’électricité ou un moteur si la combustion est maitrisée, ou pour déclencher une explosion. Pour obtenir les isotopes fissiles de l’essai Trinity et des bombardements d’Hiroshima et Nagasaki, il a fallu concevoir et maitriser des réacteurs nucléaires de plusieurs centaines de mégawatts et des procédés industriels de séparation isotopique ou chimique. Les connaissances acquises par les Anglo-saxons étant protégées par un secret très strict [3], il s’agit alors pour le gouvernement français de lancer des recherches scientifiques multidisciplinaires de grande envergure, dont l’ordonnance de 1945 ne précise ni la nature civile ou militaire ni la finalité (a). Le CEA est créé avec une structure hybride, à la fois institution scientifique et agence de réalisation technique et industrielle. Cette dualité s’exprime d’abord par une direction bicéphale, les décisions scientifiques relevant du poste de haut-commissaire à l’énergie atomique, confié à Frédéric Joliot-Curie, et l’organisation 34 Reflets de la Physique n°60 administrative et financière à un administrateur général, Raoul Dautry, ministre de la reconstruction et de l’urbanisme dans le gouvernement provisoire. Sans que l’option militaire ne soit exclue, elle semble secondaire dans la France de la reconstruction, qui manque cruellement de capacités techniques et de ressources énergétiques. Moins bien doté en charbon que ses principaux concurrents européens, le pays peut cependant disposer des ressources d’uranium de ses colonies d’Afrique et de Madagascar, et, bientôt, des mines découvertes en métropole. La recherche nucléaire porte alors des espoirs importants en termes d’énergie, de renouveau technique et de modernité, objectifs auxquels adhèrent les principales composantes politiques du pays. En 1949 la guerre froide se durcit, avec la formation de l’alliance OTAN et l’explosion de la première bombe atomique soviétique. Dès lors, la menace nucléaire et la nécessité d’y répondre par des armements similaires deviennent une préoccupation de tous les gouvernements occidentaux. En France, plusieurs forces politiques dont les communistes renforcent leur opposition à l’utilisation militaire de l’atome. Les communistes ou sympathisants sont progressivement écartés du programme nucléaire, à commencer par Joliot-Curie en avril 1950. Alors que Francis Perrin n’a pas encore remplacé ce dernier comme haut-commissaire, le CEA se réorganise début 1951 en concentrant les pouvoirs de décision sur le poste d’administrateur général [4]. Dautry décédé, son successeur Pierre Guillaumat construit un programme poursuivant de concert les objectifs d’énergie et de défense. En 1952, le Parlement approuve le développement des réacteurs à combustible Uranium Naturel, modérateur Graphite et caloporteur Gaz (CO 2) , dits UNGG. L’UNGG est un réacteur de première génération qui a l’avantage de pouvoir fonctionner avec des
matières premières accessibles à l’époque. Il ne nécessite pas l’usage d’eau lourde (b) dont la séparation d’avec l’eau normale est très couteuse en énergie, ni celui de combustibles enrichis en uranium 235, isotope fissile de l’uranium, que l’on ne sait alors produire en France qu’en faible quantité. Une caractéristique cruciale des UNGG est la possibilité de leur faire produire du plutonium 239  : cet isotope intéresse aussi bien l’utilisation militaire que la perspective des réacteurs surgénérateurs, considérés à l’époque comme la voie énergétique la plus prometteuse. À partir de 1953, le CEA construit à Marcoule les réacteurs G1, G2 et G3, ainsi qu’une usine d’extraction chimique du plutonium. Outre le plutonium, les trois réacteurs fournissent également dès le début du courant électrique en collaboration avec EDF, l’objectif du plutonium militaire restant confidentiel jusqu’en 1958 (c) [4]. Entretemps, le pouvoir exécutif prend des décisions successives en direction de l’armement nucléaire. Fin 1954, peu de temps après le rejet par l’Assemblée nationale de la Communauté Européenne de Défense, Pierre Mendès-France crée une branche défense spécifique au CEA, le Bureau d’études générales qui devient en 1958 la Direction des applications militaires, et un Comité des explosifs nucléaires. En décembre 1954, Mendès-France demande également au CEA de développer un réacteur pour sous-marin. Le Nautilus, sous-marin américain, vient d’être inauguré  : un peu plus tard, en 1958, il réussit la prouesse d’atteindre le Pôle Nord sous la banquise arctique. Directement inspiré de la chaudière nucléaire du Nautilus, le Prototype-à-terre du CEA à Cadarache est un réacteur de deuxième génération fonctionnant à eau légère pressurisée et à uranium enrichi en uranium 235. En 1957, une promesse est obtenue des Américains pour la fourniture du rill,rin4 SOPHIE BRUN 1 MI PRS DE LIME 4- Le nucléaire et la société française combustible du Prototype-à-terre ; cette année-là, le Parlement français vote aussi les crédits pour une usine de séparation isotopique, qui est installée à Pierrelatte. L’uranium enrichi, crucial pour les armes thermonucléaires et pour la propulsion navale, est, comme le plutonium, un objectif stratégique. Au contraire de l’image qui a longtemps prévalu d’un projet de dissuasion porté uniquement par de Gaulle et le gaullisme, ce sont bien les dirigeants de la 4 e République qui décident de 1950 à 1958 du développement nucléaire militaire (d) [3], tout en poursuivant l’objectif énergétique [4]. Les dernières années de la 4 e République voient les projets nucléaires militaires s’intensifier, et se développer dans une démarche tripartite avec l’Allemagne fédérale et l’Italie [3]. En avril 1958, Félix Gaillard, président du Conseil, décide de l’expérimentation d’une bombe française. De Gaulle confirme la décision de fabriquer et tester la bombe ainsi que le développement des sous-marins nucléaires « lanceurs d’engins » ; stoppant la coopération nucléaire militaire programmée avec l’Italie et l’Allemagne fédérale, il poursuit une diplomatie de liens bilatéraux avec les alliés européens. Mais la France et ses voisins sont dorénavant associés dans la collaboration civile européenne Euratom, dont l’activité se concentre dès 1958 sur le développement et l’implantation en Europe de la technologie à eau légère et uranium enrichi appelée à l’époque réacteur à eau légère (en anglais, LWR) et actuellement réacteur à eau pressurisée (REP). Elle est directement inspirée des chaudières de sous-marins, de même que le réacteur américain de Shippingport. Ce dernier est un prototype de réacteur pour l’énergie construit par Westinghouse, inauguré par le président Eisenhower en 1954 et devenu le fer de lance de sa politique Atoms for peace. » > Reflets de la Physique n°60 35



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