Reflets de la Physique n°60 déc 18/jan-fév 2019
Reflets de la Physique n°60 déc 18/jan-fév 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°60 de déc 18/jan-fév 2019

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Société Française de Physique

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 4 Mo

  • Dans ce numéro : l'électricité nucléaire, questions ouvertes et points de vue.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Radioactivité dans l’environnement Le rôle des associations de contrôle David Boilley, physicien, président de l’Association pour le Contrôle de la Radioactivité dans l’Ouest (ACRO) Depuis la catastrophe de Tchernobyl, l’opinion publique s’est mobilisée pour demander plus de transparence dans l’établissement de l’impact des accidents nucléaires sur les populations et l’environnement. Dans ce cadre, plusieurs associations participent au contrôle de l’exploitation des centrales nucléaires, en particulier par des mesures de radioactivité, aussi bien en France qu’à l’étranger. Tchernobyl et l’émergence de la mesure associative L’accès aux résultats de mesure de la radioactivité dans l’environnement a longtemps été réservé aux seuls spécialistes. Suite à la catastrophe de Tchernobyl en 1986, qui a entrainé une contamination de toute l’Europe à des niveaux divers, les Européens ont découvert qu’ils pouvaient tous être potentiellement exposés à des rejets radioactifs. En France, les autorités ont déclenché une grave crise de confiance en niant l’impact sur le territoire national. En réponse, des scientifiques et des profanes se sont regroupés pour créer des laboratoires associatifs, afin de contrôler la radioactivité par eux-mêmes. Ainsi sont nés l’Umweltinstitut à Munich [1], la Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité (CRIIRad) à Valence [2] et l’Association pour le Contrôle de la Radioactivité dans l’Ouest (ACRO) à Caen [3]. Au début, il leur a fallu démontrer aux autorités que les mesures effectuées par les associations sont de même qualité que les mesures institutionnelles. Pour cela, ils ont dû mettre en place un système d’assurance qualité et se soumettre à des essais interlaboratoires. Ce n’est qu’en 1997 que les deux laboratoires associatifs français ont été agréés. Leurs capacités de mesure se sont aussi étendues et incluent les analyses par spectrométrie gamma, la mesure du tritium dans l’eau, ainsi que celle du radon dans les bâtiments. Le 24 Reflets de la Physique n°60 Umweltinstitut, quant à lui, s’intéresse en plus aux OGM et aux champs électromagnétiques. Le présent article se focalise sur l’ACRO, dont l’auteur est président [4]. Les rejets À la fin des année 1990, les travaux du Groupe Radioécologie Nord-Cotentin (développé sous l’égide de l’ASN et géré par l’IRSN, et auquel l’ACRO participe) ont marqué une étape importante dans la reconnaissance de la surveillance citoyenne de la radioactivité dans l’environnement. Pour la première fois, une cinquantaine d’experts de tous horizons ont travaillé ensemble pour tenter de répondre aux inquiétudes suscitées par une étude épidémiologique qui avait mis en évidence une augmentation du nombre de leucémies chez les jeunes dans un rayon de 10 km autour de l’usine de retraitement de La Hague. Les mesures associatives (dont celles de l’ACRO) ne représentaient qu’une faible part des résultats compilés, mais concernaient des échantillons ou des lieux peu, voire jamais étudiés par ailleurs. Les experts associatifs y ont acquis de nouvelles compétences en radioécologie, modélisation… qui dépassaient la simple mesure de la radioactivité. En s’impliquant dans les mesures, les citoyens ont transformé un sujet purement technique en un sujet politique. Ils ont ainsi contribué à plus de transparence et à une meilleure surveillance de l’impact des rejets. Depuis 2010, le Réseau National de Mesure [5] (mis en place par les ministères chargés de la santé et de l’environnement) collecte et met à la disposition de tous les résultats des mesures règlementaires de radioactivité dans l’environnement, ainsi que ceux d’autres acteurs, dont l’ACRO. Cette évolution s’inscrit dans un cadre plus général de démocratisation des choix ayant un impact sur l’environnement, facilitée par l’émergence d’Internet et marquée par deux textes emblématiques que sont la Convention d’Aarhus (1998) [6] et la charte de l’environnement adossée à la constitution française en 2005. La consultation du public sur des sujets techniques est d’autant plus pertinente que des experts peuvent apporter une analyse pointue. À ce titre, l’ACRO participe à plusieurs groupes de travail institutionnels  : cela lui permet de mieux connaitre les dossiers et de faire remonter les préoccupations citoyennes. Toutes les installations nucléaires, y compris les centres de stockage, engendrent des rejets radioactifs dans l’environnement à des niveaux divers. Les incidents ou accidents peuvent entrainer des rejets beaucoup plus importants. Globalement, ce sont les essais nucléaires atmosphériques des années 1950-1960 qui ont été à l’origine des rejets radioactifs les plus élevés de l’histoire. On trouve encore dans l’environnement de nombreux radioéléments artificiels résultant de ces essais, tels le césium 137, le strontium 90, les isotopes du plutonium...
En fonctionnement normal, parmi les installations françaises, c’est l’usine de retraitement d’Orano (ex-Areva) à La Hague qui a les rejets dans l’environnement les plus élevés. Pour certains radioéléments, comme le krypton 85 (un gaz rare) ou le tritium, la séparation et le stockage sont complexes. Pour d’autres, comme l’iode 129, qui a une demi-vie de 16 millions d’années, c’est un choix de gestion de ce déchet que de le rejeter en mer. On peut le détecter dans les algues tout le long du littoral de La Manche et de la Mer du Nord à des niveaux, par kilogramme d’algue sèche, de quelques becquerels (a), jusqu’à quelques dizaines de becquerels près de l’émissaire de l’usine de La Hague. Pour le tritium, on mesure une dizaine de becquerels par litre d’eau de mer. Fukushima et les préleveurs volontaires En 30 ans, les associations ont du s’adapter pour rester pertinentes. L’ACRO effectue une surveillance de la radioactivité dans l’environnement grâce à un réseau de préleveurs volontaires, dans le but de répondre aux questions des personnes concernées. Cette action vise à compléter la surveillance officielle de l’environnement. En 2011, quand le « nuage radioactif » est arrivé de Fukushima et a suscité une forte inquiétude, l’ACRO a lancé une cartographie des retombées sur tout le Prélèvement d’algues réalisé par l’ACRO. territoire national, basée sur des prélèvements de végétaux. Elle a permis de confirmer que l’impact de l’accident était très faible, mais néanmoins détectable. Cette démarche était complémentaire de celle de l’Institut de Radioprotection et de Sureté Nucléaire (IRSN), basée sur un réseau de balises performantes et sur la modélisation. Plus récemment, en 2016, à l’occasion des 30 ans de la catastrophe de Tchernobyl [7] (30 ans est une durée symbolique car c’est la demi-vie du césium 137), les cartographies de la pollution rémanente ont été à nouveau complémentaires  : l’ACRO a privilégié une démarche ascendante en laissant l’initiative aux préleveurs sur les choix des échantillons et des lieux de prélèvement, et en nouant des partenariats avec des associations locales comme les sociétés de cueillette de champignons. L’IRSN est allé étudier les zones où les dépôts étaient les plus élevés. Les mesures effectuées par l’ACRO ont montré que l’ensemble des échantillons de sol présente une contamination par le césium 137, due à la fois aux retombées des essais nucléaires atmosphériques et à la catastrophe de Tchernobyl, à des niveaux très variables. Par kilogramme de sol sec, cela va de quelques becquerels jusqu’à 68 000 becquerels au col de Restefond dans les Alpes françaises. En ce qui concerne les denrées alimentaires, ce Les problématiques du nucléaire sont, sans surprise, les champignons qui restent le plus contaminés, à des niveaux très variables allant jusqu’à 4 000 becquerels par kilogramme pour des pieds de mouton prélevés au Luxembourg. Bien évidemment, en Ukraine et en Biélorussie, ou à proximité de la centrale de Fukushima, les niveaux de contamination sont bien plus élevés et justifient le maintien d’ordre d’exclusion. Le Japon, suite à la catastrophe de la centrale de Fukushima, a vu l’émergence de la mesure citoyenne [8]. Localement, ce sont les habitants qui ont tracé les cartes de la contamination avec, parfois, l’aide des autorités locales. Ils ont trouvé rapidement des points chauds qui avaient échappé à la surveillance officielle. Des centaines de stations de mesure ont été créées par les producteurs, les vendeurs et les consommateurs pour contrôler l’alimentation. La multiplication des contrôles fait qu’il n’y a plus de scandale et que la contamination interne des habitants via l’alimentation est très faible, voire indétectable. Cette situation est très différente de celle qui prévaut dans les territoires contaminés par la catastrophe de Tchernobyl, où la contamination interne (alimentaire) est le principal contributeur à la dose reçue. L’ACRO a soutenu la création au Japon d’un laboratoire à son image, Chikurin-sha [9], en lui fournissant deux chaines de mesure par spectrométrie gamma et en formant les scientifiques. » > Reflets de la Physique n°60 25



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