Reflets de la Physique n°58 jun/jui/aoû 2018
Reflets de la Physique n°58 jun/jui/aoû 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°58 de jun/jui/aoû 2018

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Société Française de Physique

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 48

  • Taille du fichier PDF : 3,9 Mo

  • Dans ce numéro : l'observatoire spatial Fermi.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Les dangers J’ai pu observer à petite échelle que les missions pour ces rencontres douteuses se comptent en centaines par an en France  : c’est une délinquance astucieuse qui détourne de l’argent public, pour un préjudice de plusieurs M € . « Acheter » le statut de « conférencier invité » biaise l’évaluation institutionnelle [7], à la promotion, comme pour un recrutement temporaire d’un jeune chercheur étranger. Si ne sont pas exigés des détails conséquents sur la nature des « invitations » (financement, taille et composition du public...), les indélicats sont avantagés. Outre la publication, assez bénigne, des lubies de scientifiques « illuminés », les industries sur la sellette (tabac, pétrole, climatoscepticisme...) recherchent une caution scientifique [8]. Il est facile, dans ces conférences et revues prédatrices, de prétendre contrebalancer des résultats gênants établis par la recherche, et d’instiller le doute chez les décideurs. Des frontières qui s’estompent Les conférences scientifiques à vocation commerciale pullulent aussi. Cette « zone grise » dépasse celle où la conférence scientifique est l’« ornement » d’une foire professionnelle. Comme au spectacle, des « vedettes » bien choisies peuvent attirer un public payant. Ce sont sans doute des personnes à formation scientifique (collègues à l’éthique élastique, anciens étudiants...) qui repèrent les « cibles » de ces invitations, effectuées sans patronage ou subvention d’institutions. Les chercheurs en vue refusent difficilement une quelconque « présidence », car celle-ci aidera à l’impérieuse nécessité de « communication » vers les décideurs et financeurs. Déchargés des soucis d’organisation, ces scientifiques trouveront parfois un soutien de leur institution (logo, prêt de salles...). C’est en s’attribuant des droits d’inscription indécents, au final payés par des crédits de recherche, que le commerçant organisateur se rémunère. Cette zone « grise » devrait interroger notre pratique des conférences. Celles-ci se multiplient, car le chercheur dédaigne rarement une occasion de voyager  : il y a l’espoir de trouver enfin « son » public et la reconnaissance afférente, par un facile recyclage de résultats, chèrement acquis et ne donnant lieu qu’à quelques publications originales. De façon circulaire, l’inflation de publications conduit à une lecture superficielle  : on espère rattraper la bibliographie en allant en conférences. Pourtant, la plus-value propre aux réunions n’est patente que si les échanges et débats sont vraiment de qualité, ouvrant à réseautage ou collaborations futures. Les conférences de prestige, inévitablement rares, sont donc celles où les stars du domaine restent jusqu’au bout, assistent à plus que la demi-journée de leur session, et contribuent aux échanges. A contrario, la multiplication des sessions parallèles n’est pas un bon signe. Des réponses institutionnelles décevantes C’est en mentionnant les risques juridiques (« suspicion de fraude financière ») que j’ai pu faire retirer, nolens volens (cf. encart jaune de la figure 1) le soutien institutionnel à une conférence où j’apparaissais en coauteur. Sinon, prenant sur moi d’avertir des directions que leur laboratoire paraissait associé à des événements douteux (et peut-être par d’indélicats collègues), je n’ai eu que le 46 Reflets de la Physique n°58 silence en écho. Les témoignages individuels ont été plus faciles à obtenir (fig. 1). Pire encore  : des éditeurs de sociétés savantes, alertés de façon circonstanciée à propos de «Proceedings» très douteux, préfèrent le déni. Pourtant, l’analyse de certains des ouvrages publiés (préface vague, nombre prétendu de participants ou contributions sans rapport avec les photos en ligne, non-publication des interventions « invitées ») , et une comparaison avec les informations restées en ligne, sont édifiantes. Je tiens à disposition mes correspondances avec l’Institute of Physics britannique et l’American Institute of Physics, sans parier sur la rigueur des autres éditeurs spécialisés. Des « prédateurs » bien connus ou plus discrets se nichent toujours dans les annonces (gratuites) de «Natureevents», même si la revue Nature a promis d’exclure les conférences que j’avais signalées spécifiquement. Des propositions de remèdes De même que les DiSI (Directions des Services Informatiques) diffusent largement au sujet des virus et menaces, l’organisation d’un signalement issu des annonces suspectes permettrait de recenser, par l’Inist (Institut de l’information scientifique et technique du CNRS) par exemple, une liste noire des opérateurs de conférence non éligibles à mission. C’est une politique envisagée par la Chine [9] contre les journaux prédateurs. La participation à ces évènements prédateurs dénote aussi, malheureusement, une certaine irresponsabilité individuelle. Si le financement pour une conférence était conditionné à une trace visible (la plateforme en ligne HAL ou équivalent), le risque de rester associé à une « invitation » indigne aiderait sans doute à la vigilance. Enfin, plus globalement, la mise en ligne systématisée des rapports de relecteurs, proposée désormais par quelques revues, combattrait l’arnaque au «peer reviewing», commune aux « prédateurs », journaux et conférences. Daniel Bloch (daniel.bloch@univ-paris13.fr) Laboratoire de Physique des Lasers, UMR 7538 du CNRS, Université Paris 13 - Sorbonne Paris Cité, 99 Avenue J.-B. Clément, 93430 Villetaneuse Remerciements à Michèle Leduc, Charles Desfrançois, Ariel Levenson, qui m’ont encouragé à persévérer dans ces investigations à la frontière de la science. Références 1 J. Beall, Nature 489 (2012) 179 ; Nature 534 (2016) 326. 2 Cf. par exemple les articles de Wikipedia à propos de «Jeffrey Beall», «Predatory Publishing», «Predatory Conference», «WASET», «OMICS», «BIT Life Sciences», ou EMN_meetings/Research Gate. 3 K. Carey, «A Peek Inside the Strange World of Fake Academia», The New York Times (29 décembre 2016). 4 K Cobey et al., éditorial de Journal of Oncology Practice 13 (2017) 410. 5 D. Bloch, The Conversation, article 86957, 22 décembre 2017. 6L.C. Martini, J. Phys : Conference Series, 495 (2014) 012001, 012002 et 012003. 7 J. Grove, Times Higher Education, 23 décembre 2017. 8 S. Chapman, The conversation, article 62497, 18 juillet 2016. 9 Nature (éditorial), 558 (2018) 162.
Note de lecture INTRO JrnmeiDU Tl O N VERTIGINEUSES SYMÉfRIES Li il-chu-du. kir ia beau tirrl pheique renterripeaine AnIFSQrly ler 1.16.:ren alt Slrhd Mer. ? ee M'en. Orr.r, Mais Tony est aussi un auteur de plusieurs livres tout à fait exceptionnels destinés au grand public  : ils se caractérisent par une écriture claire et élégante, un style qui refuse de cacher la pensée sous des mots abscons ou techniques, et une volonté de faire comprendre les concepts les plus difficiles sans recours à aucun formalisme. Le livre que publie aujourd’hui EDP Sciences a connu sa première édition en anglais en 1986 sous le nom de Fearful Symmetries ; il a connu une seconde édition en 2007, avec une préface de Roger Penrose. Mais il fallait un physicien bien au fait des développements modernes comme Michel Le Bellac, pour traduire et enrichir le livre après qu’un événement majeur, la découverte expérimentale du boson de Higgs en 2012, démontra le côté irréfutable de la brisure spontanée de symétrie responsable des masses des particules du modèle standard. L’auteur l’affirme dès la première ligne  : il est fasciné par l’importance et la beauté de la notion de symétrie en physique, qu’il rapproche de la beauté dans les représentations artistiques ; mais il veut démontrer que, quand bien même ces symétries sont violées ou brisées dans la nature, elles sont un principe d’organisation dont l’importance s’est affirmée tout au long du XX e siècle. Il commence par montrer en termes simples que la physique distingue la droite de la gauche  : alors que tout le monde imaginait que deux expériences de physique correspondant à des images dans un miroir l’une de l’autre produiraient le même résultat, la nature, dans le cas présent la désintégration béta, distingue entre une main droite et une main gauche. Il introduit ensuite les contributions majeures d’Einstein  : la relativité restreinte, mariage de l’espace et du temps, et son lien avec la symétrie de l’électromagnétisme de Maxwell, qui permet à des observateurs en déplacement relatif de décrire la même réalité physique ; la relativité générale, nouvelle théorie de la gravitation, dans laquelle la matière est source de courbure de l’espace et du temps (!) , qui vient de connaître un succès éclatant avec la mise en évidence des ondes gravitationnelles et des trous noirs. Dans une troisième partie, il aborde la mécanique quantique et la classification des particules élémentaires grâce à la symétrie de « saveur » entre les trois sortes de quarks, universellement baptisésup, down, étranges. Cette symétrie permit dans les années 1960 de comprendre la classification et les masses des hadrons, les particules en interaction nucléaire forte. Reflets de la physique et ses lecteurs Vertigineuses symétries La recherche de la beauté en physique contemporaine Anthony Zee - Préface de Roger Penrose – Traduit de l’anglais (américain) par Michel Le Bellac (EDP Sciences, collection Une Introduction à..., 2018, 388 p., 34  € ) Quelques mots sur l’auteur  : physicien théoricien réputé, professeur à l’Institut de Physique Théorique de l’Université de Californie à Santa Barbara, ses contributions à la physique des particules élémentaires, élaboration du modèle standard, physique des neutrinos..., sont nombreuses et importantes. De plus «Tony» est un auteur de livres scientifiques majeurs. Au cours des années récentes, ses livres Quantum field theory in a nutshell, Einstein’s gravity in a nutshell et, tout récemment, Group theory in a nutshell for physicists, sont les favoris des graduate students mondiaux, même si les coquilles de noix cachent des fruits de plus de 800 pages pour certains. Mais le grand triomphe du dernier quart du XX e siècle fut la découverte que la symétrie pouvait être, non seulement une propriété « externe », mais la base même des forces d’interaction entre particules. Anthony Zee commence par montrer que l’électrodynamique, non seulement possède une symétrie de jauge, c’est-à-dire une invariance par changement de phase des champs de matière, indépendamment en tout point de l’espace-temps, mais que cette propriété, plus la mécanique quantique, permet de la définir complètement et de manière unique. Les équations de Maxwell, l’électrodynamique quantique, deviennent des conséquences de la symétrie de jauge. L’auteur expose ensuite les symétries de jauge plus complexes décrites par les théories de Yang et Mills. Il montre que la symétrie de « couleur » entre quarks, conduit à la chromodynamique quantique dans laquelle les quarks sont confinés de manière permanente dans les hadrons, bien que leur interaction à courte distance s’annule. Enfin, A. Zee explique le modèle électrofaible de Weinberg-Salam, qui n’est compatible avec la nature que si les bosons vecteurs W ± et Z 0 sont massifs, ce qui semble en contradiction avec la mécanique quantique, sauf si on fait appel à la brisure spontanée de symétrie de Brout-Englert-Higgs. L’auteur démontre l’unification des forces électromagnétiques et nucléaires faibles et fortes dans le modèle standard. Enfin, une postface et une annexe à l’édition de 1999 esquissent la vision contemporaine de la théorie des cordes, qui ambitionne de décrire quantiquement la théorie de la gravitation. Tous ces sujets sont évidemment difficiles, mais je ne crois pas qu’il existe de livre plus clair, plus pédagogique, permettant de les aborder. Un dernier mot  : l’auteur fait souvent allusion à Dieu, au grand horloger. C’est ainsi qu’il a mis en exergue la citation d’Einstein  : « Je veux savoir comment Dieu a créé ce monde. […]. Je veux connaître sa pensée, le reste n’est que détail. » Je ne suis pas historien des sciences, mais je pense que Dieu n’est, pour Einstein comme pour Zee, qu’une métaphore pour désigner un ordre du monde naturel ou l’existence même de lois de la nature. Il reste à espérer que ce livre, non seulement répondra aux questions des lecteurs intéressés par la physique de notre temps, mais qu’il suscitera chez nombre d’entre eux le désir d’en savoir plus. Édouard Brézin Professeur émérite de physique, École normale supérieure, Paris Reflets de la Physique n°58 47



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