Reflets de la Physique n°58 jun/jui/aoû 2018
Reflets de la Physique n°58 jun/jui/aoû 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°58 de jun/jui/aoû 2018

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Société Française de Physique

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 48

  • Taille du fichier PDF : 3,9 Mo

  • Dans ce numéro : l'observatoire spatial Fermi.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Tribune libre Alerte aux conférences prédatrices ! Quelques traces électroniques laissées dans le monde académique suffisent pour recevoir des sollicitations à publier article ou « numéro spécial » dans un journal inconnu ou pour être « invité » à une conférence lointaine. Le gâchis induit par ces journaux et conférences « prédatrices » n’est pas seulement financier. Fréquemment, des collègues trop peu vigilants se retrouvent à des « conférences » ineptes. D’où cette mise en garde. Les journaux prédateurs Lorsque les journaux scientifiques étaient imprimés, le client était un bibliothécaire, lui même à l’écoute des demandes des scientifiques. La naissance d’une nouvelle revue dépendait du choix d’une communauté. Depuis, une économie nouvelle est apparue, où l’auteur paie pour publier en ligne. Si certains de ces journaux sont incontestables (par exemple Phys. Rev. X), d’autres [1, 2] ne fournissent pas, malgré leurs dires, l’indispensable critique par les pairs. Ils accueillent couramment « résultats » infondés, sans originalité, et purs plagiats. C’est un bibliothécaire, Jeffrey Beall, qui, notant l’éclosion incontrôlée de ce type de revues en ligne, a trouvé l’expression « revue prédatrice ». Soumettre un travail scientifique original à une revue nouvelle s’avérant prédatrice est rare, mais cauchemardesque. Lorsque l’auteur découvre que la publication sera « invisible », le retrait est impossible, ou autorisé seulement au prix d’un supplément extravagant  : le « copyright », exigé très en amont, a verrouillé le processus. En fait, la cible commerciale de ces journaux prédateurs est le « tiers-monde » scientifique, où disposer d’une liste de publications à apparence « internationale » est bénéfique. Les conférences prédatrices Les conférences prédatrices [2-5], plus récentes, sont aussi une conséquence de l’Internet et de la gratuité de l’adressage électronique. Elles « vendent » de même des rencontres fourre-tout, sans contrôle scientifique, souvent d’apparence périodique, et sont organisées par de prétendues sociétés « savantes » ou « Académies ». L’objectif est d’attirer des participants payants  : les chercheurs sont gratifiés d’un statut d’« orateur invité » (payant) et, à la clientèle spontanée, on promet la gloire d’une sérieuse sélection (« au moins deux ou trois rapporteurs ») , là où toute soumission payée sera acceptée. Les frais d’inscription augmentent pour être contributeur plutôt qu’auditeur, et plus encore pour des présentations multiples. On y invente la « présentation virtuelle »  : l’envoi d’une vidéo suffit à être considéré comme « participant ». De plus, pour démultiplier le nombre d’« orateurs », on multiplie les sessions parallèles. Alors que la nécessité d’actes décline depuis l’échange instantané d’informations, ces conférences persistent à en éditer. Allier tourisme et « publication » (surtout, hélas, dans de vraies « éditions savantes ») est un argument de vente séducteur. 44 Reflets de la Physique n°58 Identifier ces rencontres, à l’affluence variable, est presque un jeu d’enfant  : titre grandiose («N th International Conference»), thématiques attrape-tout, comité pléthorique et peu identifiable, incluant beaucoup d’institutions « exotiques », voire de pure invention [5]. Très longtemps, le programme est « en construction ». Des éditions précédentes, ne restent que de jolies photos, garantissant que l’événement a eu lieu. Un même lieu peut réunir des conférences diverses, qui fusionnent in fine, d’où des interventions et un public totalement hétéroclites. Repérer ces jumelages ne peut se faire qu’avec les sites de l’industrie touristique, faisant la publicité (gratuite) des conférences de toute nature. Ces parodies de conférence sont nombreuses en Asie, mais France et Europe ne sont pas épargnées. Qui assiste et qui organise ? Comme pour les journaux prédateurs, la clientèle principale est issue de régions périphériques. Des collègues scientifiquement marginalisés peuvent aussi y « publier » leurs élucubrations autour des grandes théories [6]. Étonnamment, il est fréquent que des collègues de bon renom se laissent abuser par le titre de « conférencier invité » (fig. 1). À leur décharge, l’annonce prétendait à la participation (non confirmée) de célébrités, ou le « Comité » avait été étoffé avec des CVs volés (fig. 1). Certains chercheurs reconnaissent qu’ils auraient pu être plus méfiants (fig. 1) ; d’autres osent plaider  : « On sait bien que les invitations, c’est toujours par copinage. » L’intervention de ces collègues, si travaillée soit-elle, sera sans impact face à un public disparate et médiocre. Les organisateurs réels, bien moins nombreux que le « Comité » fantôme, sont à l’image du public  : universités obscures, orateurs dits « invités » ou « pléniers » qui ne sont que « enseignants associés » ou pas encore docteurs. On peut même identifier une poignée d’habitués, auteurs de «keynote talks» répétitifs. Quelques collègues de France ou d’Europe, qui passent pour d’honnêtes spécialistes, se complaisent à « éditer », hors de leur champ disciplinaire, des « Actes » de ces rencontres. Ces activités peu reluisantes seront inconnues des collègues proches. Pour ces imprudents, le bénéfice matériel n’excède sans doute pas un séjour indu, pas toujours exotique. Faut-il croire que c’est pour l’entourage (famille, collègues d’autres disciplines...) que ces participations rehaussent le prestige social d’une carrière terne ?
Bonjour Monsieur Bloch, J’ai bien reçu votre dernier courrier. Concernant les accusations portées contre XXXX, je n’ai personnellement aucun élément de réponse à vous apporter, et il aurait été grandement préférable de le contacter directement afin qu’il puisse y répondre lui-même. Cette façon de procéder jette en effet un soupçon sur certaines activités de ce collègue français, de nature à gravement impacter ses conditions de travail à XXXX Les documents sont actuellement dans les mains du service juridique de XXXXX. Cordialement J’ai vu mon nom et ma photo sur le programme. (...) Mais je ne participe pas à ce genre de conférence, je n’ai pas effectué de registration, et n’ai pas l’intention d’aller à XXX ! (...) Je note que le titre et le résumé de ma « supposée » conférence sont le titre et le résumé tirés d’un de mes articles récents. Le congrès s’est bien déroulé. Il y avait des présentations d’un haut niveau avec de la belle science. Il y avait des conférenciers d’un peu de partout, MAIS que deux personnes du comité d’organisation !!! ! Dans l’ensemble, ça manquait de professionnalisme. J’ai été recontacté cette année par les organisateurs pour me demander de présenter mon travail (message personnel, référence à un article paru). J’ai l’intention de me rendre à la conférence pour le moment. Je vous remercie de m’avoir alerté des pratiques insistantes des organisateurs d’XXXX. Je n’apprécie pas la publicité faite par cette conférence sur mon nom. Reflets de la physique et ses lecteurs fre Alors qu’il y avait une pub très alléchante (conférence large avec des sessions parallèles sur différentes sous-disciplines de la chimie avec soi-disant de nombreux participants et des conférenciers de renom), je me suis retrouvée dans une petite salle minable (on ne voyait rien depuis le fond, pas de micros ni de pointeurs) d’un hôtel à Noisy le Grand (la conférence était annoncée à Paris), avec au max 20 personnes dans la salle. Programme totalement hétéroclite avec quelques rares conférences (de 20 minutes !) correctes et beaucoup de présentations sans aucun intérêt (et bien moins bien présentées que les présentations de L3 de nos étudiants). J’ai été effectivement à cette série de conférences, en 2016. Je vous déconseille toutefois de vous y rendre  : prix d’inscription exorbitant, tous les frais sont à votre charge alors que vous êtes invité, le nombre total de personnes devait s’élever à 30. Il n’y a pas vraiment de thématiques, c’est très très large. La conférence avait lieu à San Francisco dans le centre de conférence Hilton (ce qui n’était pas désagréable et a certainement participé inconsciemment à ma volonté d’y aller), mais j’ai vite compris en arrivant que leur but n’était pas scientifique mais de faire de l’argent ! Le programme des conférences n’était pas inintéressant, mais il n’y avait évidemment pas de « cador » de la thématique ce qui fait que je n’ai pas appris grand-chose 1. Extraits anonymisés de courriers électroniques autour de conférences prédatrices. En jaune  : réponse d’une direction de laboratoire  : mon premier signalement avait reçu une réponse lénifiante, ce qui m’a amené à décrire très précisément des participations à l’organisation d’autres conférences douteuses. En turquoise  : deux avis sur une même conférence. En violet  : avis sur deux conférences du même organisateur. Reflets de la Physique n°58 45



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