Reflets de la Physique n°57 avr/mai 2018
Reflets de la Physique n°57 avr/mai 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°57 de avr/mai 2018

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Société Française de Physique

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 48

  • Taille du fichier PDF : 5,8 Mo

  • Dans ce numéro : dossier micronageurs naturels et artificiels.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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physicien. Elle exige une vigilance pour ne pas perdre de vue les avancées faites dans d’autres domaines. La synergie entre « différentes compétences » est essentielle pour avancer dans une problématique considérée. Pour cette raison, le travail du physicien est souvent un travail en équipe, voire en collaboration. Une physique pour tous, tous pour une physique ! Le chercheur physicien, confronté à l’inconnu et à la découverte, est prêt à tout remettre en cause à chaque observation, ou mieux encore, est prêt à aller très loin pour remettre en cause ses connaissances déjà acquises. Citons ici deux exemples d’actualité, impliquant deux briques de base de la physique moderne solidement ancrées dans un formalisme mathématique  : le microsatellite MICROSCOPE, qui a été conçu pour tester le principe de l’équivalence des masses, la perle noire de la relativité générale ; et le prochain «high-luminosityupgrade» du CERN, qui vise à observer une physique allant au-delà du Modèle Standard des particules élémentaires. Cette démarche d’interrogation continue est un élément clé du métier, transmise et stimulée par la formation à la recherche, notamment pendant la thèse de doctorat. L’inclure au plus tôt dans les programmes du lycée est fortement plébiscité par les communautés savantes. Certes, l’inconnu ne peut pas être enseigné, mais sentir et savoir découvrir l’inconnu en utilisant ou en développant une approche innovante, accepter de remettre en question les résultats obtenus, cela s’apprend. La formation du chercheur est permanente, souvent sur le terrain et constitue une condition sine qua non pour repousser les frontières des connaissances de la physique, «to go where no man has gone before». Elle exige une proximité entre enseignement et recherche qui, en plus, nourrit le transfert des découvertes vers les applications. Le questionnement par les étudiants – central à l’enseignement – amène souvent d’autres points de vue dans la recherche, comme le matérialisent les Feynman Lectures on Physics, et la réussite de l’École de Physique des Houches. L’enseignement, avec son double rôle de transmission et d’échanges entre professeurs et élèves représente ainsi un pilier essentiel au métier du chercheur physicien. Sans frontières et multitâche Le métier du chercheur ne connait pas de frontières, que celles-ci soient géographiques, politiques ou thématiques, si bien qu’il est aujourd’hui profondément « mondialisé ». Ceci est également vrai en ce qui concerne son rôle dans la société et dans le monde. En effet, à l’instar des autres scientifiques, le physicien prend de nombreuses responsabilités et diversifie ses activités, notamment en matière de dissémination, d’expertise, de valorisation et d’innovation. La dissémination des travaux est cruciale pour le chercheur physicien et représente la première étape dans la valorisation de ses recherches. Elle laisse avant tout une trace pérenne de son activité. L’objectif principal de la publication est d’être lue, confrontée à d’autres résultats et exploitée. La publication seule, même dans une revue de fort impact et de forte visibilité, n’apporte pas ces garanties. Le chercheur physicien communique ses résultats dans des rencontres internationales, échange et confronte ses idées avec ses pairs. Parfois initiée par un seul chercheur, c’est toujours la communauté internationale qui juge la pertinence d’une nouvelle avancée. En plus des échanges avec les pairs, le chercheur physicien se doit de communiquer ses avancées aux 42 Reflets de la Physique n°57 collègues scientifiques issus d’autres domaines et auprès du grand public. La physique révèle une nature surprenante et fascinante, elle révèle notre place minuscule dans l’Univers, elle révèle le monde quantique, contre-intuitif et subtilement invisible dans la vie quotidienne, et elle ouvre des perspectives pour répondre à de nombreux défis sociétaux. La recherche en général est devenue l’un des principaux moteurs de la société contemporaine et mérite d’être largement partagée. Les avancées de la physique ouvrent de nouveaux questionnements et constituent la base pour des développements originaux et innovants, avec des ramifications dans des domaines variés. Pour ces raisons, la société – grand public, collègues, industriels, jeunes – se sent concernée par les retombées de la physique. Une société qui en a conscience soutiendra plus aisément les travaux scientifiques. Le chercheur a donc pour mission de communiquer afin d’entretenir la relation de confiance entre la recherche et la société. Une partie importante du métier de chercheur est consacrée à l’expertise. Les activités de tout chercheur sont examinées en amont ou en aval par ses « pairs » (peer review), des experts dans le domaine qui peuvent discuter de la valeur scientifique d’un travail dans son contexte. Il peut s’agir d’une part des travaux déjà effectués, soumis à une revue scientifique, qui doivent être évalués quant à leur créativité, leur rigueur et leur pertinence scientifique. Examiner et évaluer les travaux de nos collègues est primordial pour maintenir la qualité scientifique de la recherche dans son ensemble et fait donc partie du métier du chercheur. Puisqu’il y a de plus en plus de manuscrits soumis – plus 5% par an au niveau mondial – le peer review traditionnel atteint aujourd’hui ses limites. Une alternative est nécessaire afin de garantir la qualité de la recherche sans pour autant surcharger les chercheurs. De plus, le chercheur est sollicité pour donner son avis sur les demandes de crédits soumises par ses pairs, notamment, car la science est de plus en plus soutenue par un financement sur projet. Cette activité, gourmande en temps, établit ainsi un lien avec le financement de la recherche qui, malheureusement, se révèle régulièrement insuffisant, peu prévisible et précaire, et fragilise trop souvent les actions du chercheur physicien. Valoriser et innover La valorisation de la science est un maillon essentiel du métier du physicien. Par « valorisation » on entend aujourd’hui transférer les résultats de ses recherches, non seulement vers les pairs et le grand public, mais également vers les acteurs économiques, susciter leur intérêt et connaitre leurs besoins. Ce dernier aspect prend de plus en plus d’importance en raison du contexte économique et sociétal. De nombreuses avancées en physique ont été valorisées dans des produits que l’on trouve sur le marché, tels que le transistor, le CCD, le CD ROM, les têtes de lecture à GMR, le GPS... Le champ du physicien est large, il peut évoluer aussi bien dans le monde académique que s’exercer en milieu industriel. La valorisation est une richesse du métier, largement appréciée par la communauté des physiciens, car la méthodologie, la créativité et l’approche du physicien s’expriment aussi bien dans un contexte appliqué qu’industriel. Les activités du chercheur s’inscrivent au début de la chaine dite TRL (Technology Readiness Level), laquelle décrit le parcours d’une découverte au laboratoire (TRL=1) jusqu’au produit du marché (TRL=9). Une grande partie de cette chaine requiert l’intervention d’autres métiers. Même si le
chercheur physicien intervient généralement jusqu’au niveau TRL=3 à 4 (proof of concept au laboratoire), de nombreux chercheurs se retrouvent aujourd’hui plus loin dans la chaine, s’ouvrant alors à un monde motivé par le retour sur investissement. Le fort impact sociétal de la physique s’est révélé sans ambigüité dans la révolution technologique qui a commencé au 19 e siècle. À l’instar de la recherche en amont, la valorisation parcourt parfois un chemin long, imprévisible et fortuit. De nombreuses idées résident longtemps au début de la chaîne TRL, comme celle de l’ordinateur quantique, faute de la maîtrise des effets de décohérence à grande échelle. Ainsi, le flagship européen sur les technologies quantiques, imminent et doté d’un milliard d’euros, incite les chercheurs physiciens à aller au-delà de la preuve de concept et à améliorer suffisamment le TRL pour permettre d’initier le développement industriel proprement dit. Innover, c’est trouver de nouvelles solutions scientifiques à des questions et des besoins. On peut citer la compréhension de la propagation des épidémies, le développement des nanoarchitectures, la recherche de nouvelles sources d’énergie plus durables et plus économiques, la disponibilité d’internet à haut débit partout, etc. Contrairement à la valorisation, l’innovation est un processus plutôt top-down et répond à une demande, même si cette demande est parfois incitée par le monde industriel lui-même. Le chercheur physicien possède toutes les compétences pour être force d’innovation. De nombreux physiciens exercent leur métier dans des entreprises innovatrices, d’autres ont créé des start-up sur la base d’une idée novatrice. L’innovation et la valorisation s’inscrivent dans la stratégie nationale de la recherche en France pour « mieux répondre aux défis scientifiques, technologiques, économiques et sociétaux ». À ce titre, elles font partie du métier du chercheur d’aujourd’hui. Comment travailler demain ? L’histoire a montré que l’exploration «blue-sky» du chercheur physicien peut engendrer des solutions originales et surprenantes. Le succès de ce métier réside dans son approche méthodologique et sa confrontation avec une grande diversité de problématiques. Une trop forte spécialisation thématique ou méthodologique risquerait de faire disparaitre l’universalité du métier de physicien, reconnu encore aujourd’hui pour ses compétences d’« explorateur de solutions ». Par ailleurs, l’attribution de moyens avec un objectif prédéfini, pour livrer des résultats « prêts à porter », réduit l’espace de liberté vitale du chercheur physicien. Il est donc nécessaire de préserver un bon équilibre entre ce pilotage top-down, avec des résultats réclamés à courte échelle de temps, et une recherche exploratoire aux retombées à long terme pour que le physicien conserve sa motivation principale, la curiosité pour comprendre les lois de la nature. Contact  : bart.van-tiggelen@lpmmc.cnrs.fr * Ont participé aux discussions  : Jean-Michel Courty, Benoit Devincre, Noël Dimarcq, Frédérique de Fornel, Philippe Gandit, Jean-Marc Grenèche, Niels Keller, Martina Knoop, Emmanuelle Lacaze, Astrid Lambrecht, Laurent Lellouch, Frédéric Petroff, Geneviève Pourroy, Pascale Roubin, Alain Schuhl, Marc Sentis, Marie Signoret, Francine Solal, Amina Taleb, Jean-Sébastien Tanzilli, Bart van Tiggelen. Reflets de la physique et ses lecteurs œnivito 03 - 06 JUILLET 2018 OPTIQUE TOULOUSE 2018 ; y' ; i DATE LIMITE DE SOUMISSION 2 AVRIL 2018.www.eeerique..ne9 -  : -que bu 1-131Z-3 OFRQUE r 4 (-Lm pie et qiE,. Événement de la division PAMO de la SFP en association avec la Société Française d'Optique Le colloque de la division PAMO de la Société Française de Physique est l’invité du congrès général de la Société Française d’Optique (SFO), « Optique Toulouse 2018 ». Il se déroulera du 3 au 6 juillet 2018 sur le campus de l’Université Paul Sabatier de Toulouse. Ce rapprochement résulte d'une volonté conjointe de la SFP et de la SFO, justifiée par de nombreuses thématiques voisines. Les sujets abordés lors de l’événement PAMO couvrent les développements récents que constituent la physique avec des impulsions laser ultracourtes, la manipulation et le contrôle par la lumière de particules uniques, le refroidissement d'atomes, d'ions ou de molécules et les gaz quantiques ultrafroids, les lasers à atomes, la spectroscopie ultrarapide, à haute résolution ou ultrasensible, les peignes de fréquences, le rayonnement synchrotron, la physique des atmosphères terrestre et planétaire, l'astrophysique. On s’intéressera aussi aux systèmes complexes à l'interface avec des disciplines voisines (biophysique, physique des plasmas, chimie physique). Trois sessions PAMO sont programmées au cours de la semaine, ainsi que deux sessions conjointes avec le club « Lasers et Optique Quantique (COLOQ) » de la SFO. Reflets de la Physique n°57 43



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