Reflets de la Physique n°55 oct/nov/déc 2017
Reflets de la Physique n°55 oct/nov/déc 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°55 de oct/nov/déc 2017

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Société Française de Physique

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 48

  • Taille du fichier PDF : 4,8 Mo

  • Dans ce numéro : une brève histoire du climat de la Terre.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Disparitions Bernard Couillaud, pionnier des lasers à colorants Bernard Couillaud est décédé le 14 août 2017 à l’âge de 73 ans, victime d’une noyade accidentelle au Costa Rica où il passait des vacances en famille. La carrière de Bernard Couillaud dans le monde des lasers débute dans les années 1970. Après des études en physique à l’Université de Bordeaux, il lance avec André Ducasse la thématique laser dans cette université, dans le cadre d’une petite équipe CNRS que les deux chercheurs créent ensemble. Parmi les résultats marquants de cette équipe, on doit citer les travaux pionniers utilisant des lasers à colorants construits par l’équipe  : mise en évidence, par spectroscopie sans effet Doppler, de la structure hyperfine de molécules diatomiques (structures alors non encore observées) ; interaction entre faisceaux lasers se propageant en sens inverse (premières expériences de dispersion saturée en milieu gazeux)... Après sa nomination comme professeur à Bordeaux et des collaborations très fructueuses avec T.W. Hänsch (avant le prix Nobel de ce dernier), à l’Université Stanford, sur la spectroscopie de l’hydrogène, il est sollicité par la firme Coherent qui construit en Californie des lasers réputés chez les chercheurs du monde entier. Patricio Leboeuf, directeur délégué de la recherche de l’Université Paris-Saclay 42 Reflets de la Physique n°55 Il entre au début des années 1980 chez Coherent comme responsable de la recherche, et il gravit rapidement tous les échelons pour devenir, de 1996 à 2002, le CEO (PdG) de l’entreprise. Il restera encore quatre ans président de son conseil d’administration, et jouera un rôle important dans le démarrage de start-up et dans des fusions-acquisitions d’entreprises du domaine. Il présidera aussi, pour la Route des Lasers, pôle de compétitivité à Bordeaux, le démarrage d’une convention d’affaires internationale originale, Invest in Photonics, à partir de 2008. Grand physicien, expérimentateur hors-pair, Bernard Couillaud avait été élu à l’Académie des Technologies. Ses travaux universitaires sur les lasers à colorant continus ou picosecondes, puis l’évolution qu’il a pilotée chez Coherent sur les lasers femtoseconde à solides, ont marqué la communauté internationale. Il laissera dans celle-ci l’image d’un leader à l’énergie communicative, au contact chaleureux, qui, parti de France, a fait une remarquable carrière de grand industriel aux USA. Alain Aspect (1) et André Ducasse (2) (1) Laboratoire Charles Fabry, Institut d’Optique (2) Ancien président de l’association Aquitaine Lasers Photonique et Applications Patricio Leboeuf, directeur de recherche au CNRS et physicien théoricien au Laboratoire de Physique Théorique et Modèles Statistiques (Orsay), est décédé brutalement le 29 juin 2017, à l’âge de 56 ans. Titulaire d’un doctorat en physique nucléaire obtenu à Buenos-Aires en 1989, il a d’abord été enseignantchercheur à l’université Paris-Sud avant d’intégrer le CNRS comme chercheur en 1991. Spécialiste de la physique du chaos quantique et des matrices aléatoires, il s’est consacré à l’étude du désordre, des non-linéarités, des zéros des fonctions Zêta et plus récemment des gaz de Bose et des gaz de fermions. Son dernier grand travail scientifique, publié en 2012, avait trait au mouvement superfluide de la lumière, un travail exemplaire et original, particulièrement apprécié de ses pairs. Fin pédagogue, rigoureux mais convivial dans les échanges scientifiques, Patricio Leboeuf restait toujours à l’écoute et en éveil vis-à-vis des sujets et thématiques émergents en physique. Patricio Leboeuf avait par ailleurs maintenu une activité d’enseignement intense au sein de la formation qui allait devenir le Master des Systèmes Complexes. Il assumait depuis une douzaine d’années des responsabilités importantes dans l’encadrement de la recherche, notamment en tant que chargé de mission pour la physique théorique au CNRS, puis directeur adjoint au sein du département Mathématiques- Physique-Planètes-Univers, puis à l’Institut de physique du CNRS où il conserva cette fonction jusqu’en 2012. Avec la même énergie, il s’était alors investi dans la construction de la future Université Paris-Saclay, en charge de la recherche. Sa disparition est une grande perte pour les institutions auxquelles il se vouait, et pour la communauté toute entière. Un hommage lui a été rendu durant le 24 e Congrès général de la Société Française de Physique, le 3 juillet 2017. La conférence lui a été dédiée.
1 A. Tramer, Ch. Jungen et F. Lahmani, «Energy dissipation in molecular systems», Springer (2005). 1 André Tramer (1930-2014) et la spectroscopie moléculaire Au sein et autour de la SFP André Tramer, physicien et chimiste, est décédé le 19 novembre 2014 à Wroclaw (Pologne). Il avait regagné un an plus tôt le pays où sa carrière avait commencé et que les évènements de l’année 1968 qui ont suivi le Printemps de Prague l’avaient obligé à quitter. Il débuta sa carrière en fondant, au début des années 1960, un groupe de spectroscopie moléculaire à l’Institut de Physique de l’Académie polonaise des sciences de Varsovie. Dans ce domaine en plein essor, il posa les bases de la compréhension des interactions moléculaires et de leurs manifestations spectroscopiques. Le jeune professeur était, déjà à cette époque, soucieux de transmission des connaissances  : il fonda, avec deux de ses collègues, une série de séminaires destinés à rapprocher les acteurs majeurs de la spectroscopie moléculaire mondiale. Il marquera l’Institut de Physique de sa forte personnalité et ses collègues polonais se rappellent les réunions matinales qu’il organisait dans un café, au cours desquelles chacun exposait librement ses idées, dans une ambiance détendue mais stimulante. Il quitta la Pologne dans les derniers jours de 1968, en compagnie de son épouse Joanna. Après un périple mouvementé passant par Vienne, ils atteignirent Paris en pleine période des fêtes de fin d’année et totalement démunis. Grâce à la générosité de Jean-Paul Mathieu (1907- 1993), physicien dont André avait été l’élève à Paris, ils trouvèrent un appartement et un poste au CNRS. André obtint un statut d’apatride qu’il gardera toute sa vie. Il rejoignit dès son arrivée le Laboratoire de Photophysique Moléculaire d’Orsay, auquel il restera fidèle jusqu’à la fin de sa carrière et où il anima une équipe de spectroscopie moléculaire. Il développa dans ce jeune laboratoire les bases de la compréhension des transitions non radiatives, c’est-àdire la façon dont l’énergie lumineuse absorbée se dissipe dans la molécule excitée ou le milieu environnant, sans qu’il y ait émission de lumière. Il fit ensuite partie des pionniers des études en matrice de gaz rare à très basse température, appliquées à la spectroscopie et la réactivité d’espèces instables. Ces travaux lui vaudront la médaille d’argent du CNRS en 1980. Peu sensible aux honneurs, et toujours soucieux de mettre en valeur le travail de ses collègues, il avait découpé sa médaille en trois, n’en gardant qu’un tiers qui correspondait selon lui à sa contribution au sein d’une équipe de trois personnes. Il s’est également intéressé au transfert d’électrons intermoléculaires dans des complexes à transfert de charge, et à la relation entre la géométrie du complexe et la vitesse de la réaction. Pour beaucoup d’entre nous, les premiers contacts avec André Tramer furent son cours de spectroscopie moléculaire au DEA de Chimie Physique à Orsay. Au début intimidés par ses connaissances, voire quelque peu découragés par les pattes de mouche de son écriture, nous étions rapidement séduits par la clarté et la modernité de sa pensée, l’étendue de sa culture, la façon qu’il avait de choisir parmi les articles scientifiques récents celui qui allait marquer la discipline. Son départ à la retraite n’avait pas provoqué un arrêt de ses activités, pas plus qu’il ne l’avait éloigné de ses collègues. La rédaction d’un livre [1] sur les transitions non radiatives avait été l’occasion de discussions enflammées avec ses coauteurs. Il s’était ensuite tourné vers l’histoire des sciences et avait publié un ouvrage sur l’alchimie, souriant ouvertement de notre étonnement à le voir s’intéresser à ce sujet. Personne généreuse et extrêmement pudique, il cachait sa profonde délicatesse derrière un très grand sens de l’humour. Ce n’est qu’après de longues années à ses côtés que ses collègues les plus proches avaient appris l’histoire de son adolescence dans les ruines de Varsovie au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l’audace et le courage dont il n’a jamais cessé de faire preuve, à cette époque ou à celle où sa femme et lui ont décidé de quitter un pays qui ne leur correspondait plus. Ce courage, qu’il a montré dans les moments importants de sa vie, trouvait son écho dans l’intransigeance de ses choix scientifiques. Il a laissé sur nous, qui avons été ses élèves, l’empreinte d’une pensée claire et brillante. André nous poussait à nous étonner, à considérer nos résultats avec une curiosité toujours renouvelée, à les découvrir tous les jours sous un jour neuf. Sans jamais transiger avec la rigueur scientifique, ni avec ses principes, il nous a transmis l’envie de faire du « bon boulot », ou au moins des « choses pas mal ». C’était, dans son échelle de valeurs lapidaire mais significative, les seules façons acceptables de faire de la science. Anne Zehnacker Directeur de recherche CNRS à l’Institut des sciences moléculaires (Orsay) François Piuzzi Ancien physico-chimiste de l’Iramis (CEA/Saclay) Reflets de la Physique n°55 43



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