Reflets de la Physique n°55 oct/nov/déc 2017
Reflets de la Physique n°55 oct/nov/déc 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°55 de oct/nov/déc 2017

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Société Française de Physique

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 48

  • Taille du fichier PDF : 4,8 Mo

  • Dans ce numéro : une brève histoire du climat de la Terre.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Le plagiat en recherche consiste en l’appropriation frauduleuse de textes ou plus généralement de résultats d’autrui. Il peut prendre des formes très diverses qui méritent qu’on y réfléchisse, car nous pouvons tous y être confrontés, malgré la rigueur supposée de la méthode scientifique. Il est nécessaire d’informer les chercheurs et en particulier les doctorants sur l’éthique, ainsi que sur les méthodes pour éviter de plagier et d’être plagié. 26 Reflets de la Physique n°55 Du plagiat dans nos pratiques de recherche ? Michèle Leduc (leduc@lkb.ens.fr) Membre du Comité d’éthique du CNRS Directrice de recherche émérite au Laboratoire Kastler Brossel, École normale supérieure de Paris, 24 rue Lhomond, 75231 Paris Cedex 05 Le plagiat est une pratique que l’on rencontre dans tous les champs de l’activité humaine où s’exerce la création  : la littérature, la peinture, la musique, la mode, etc. Il s’apparente à la contrefaçon et se caractérise par la reproduction d’éléments essentiels et caractéristiques d’une création, avec souvent une intention de tromperie dans un but intéressé. L’objectif est soit de faire croire que la contrefaçon est produite par un créateur connu dont le faussaire usurpe l’identité (signer Vermeer un tableau qui est une imitation), soit à l’inverse de s’attribuer une œuvre créée par un autre sans mentionner la source (signer de son nom une musique copiée d’Éric Satie). La science est une autre activité de création pour laquelle le plagiat s’apparente à ce dernier cas. Copié-collé, plagiat des textes  : une pratique non conforme à l’éthique La pratique du plagiat est considérée comme non conforme à l’intégrité et à l’éthique. Elle donne parfois lieu à des affaires fortement médiatisées, fort dommageables pour l’image de la science dans le public. Diverses personnalités exerçant de hautes fonctions ont fait ces dernières années l’objet de dénonciation de plagiat à l’université, avec en Allemagne des retentissements jusqu’en politique. Citons un exemple concret de plagiat en recherche  : en 2012 le rapporteur d’un article dans le domaine de la biodiversité découvre qu’environ 90% d’un texte de Serge Pangou, de Brazzaville, est copié d’un article de Pierre-Michel Forget du Muséum d’Histoire Naturelle à Paris. L’article concerne les effets négatifs de la chasse aux animaux frugivores sur la dispersion des graines de l’arbre Moabi au Congo ; l’article original concernait l’arbre Carapa en Guyane ; à ces détails près les textes, les tableaux, les figures et les analyses statistiques sont presqu’identiques. Moins médiatisés que ce cas épinglé par la revue Science, qui a aussi les caractéristiques de la fabrication de données, les problèmes de plagiat restent la plupart du temps confinés à l’intérieur du milieu de la recherche, ce qui ne les empêche pas de pourrir les relations entre collègues quand ils sont détectés, car ils débouchent en général sur de sérieux conflits de signature. On peut se demander si le plagiat dans la recherche est une pratique en augmentation ? Il se peut que simplement les logiciels de détection de similarité, comme Turnitin, repèrent de plus en plus facilement le copié-collé dès qu’ils trouvent une phrase identique comportant plus de six mots dans l’ordre, sans même parler des techniques de crowd sourcing capables d’aller fouiller dans les grandes masses de données quand on veut vraiment prouver un éventuel plagiat bien caché. On peut appliquer la recherche aux publications, aux livres, aux rapports, aux actes de conférence, aux manuscrits de thèse, et même aux ressources scientifiques copiées du web. Le plagiat des textes concerne l’emprunt littéral ou en paraphrases de morceaux de texte publiés sans référence explicite à l’auteur. Il est contraire au code qui régit la propriété intellectuelle  : les chercheurs sont entièrement propriétaires de leurs droits moraux et patrimoniaux sur leurs écrits. Notons les limites du repérage électronique  : les logiciels de détection se perfectionnent sans cesse, mais ils ne voient que les emprunts littéraux, ils peuvent être contournés de mille façons  : on vend même des logiciels donnant des recettes imparables pour plagier sans être vu ! Et les plagiats de textes scientifiques traduits à partir d’une langue étrangère
Stahlkocher/wikimédia Commons 1. Claudius Ptolémée (vers 100-168), d’après une gravure allemande du XVI e siècle. Urbs PI es Agoes teittovErr 44£ vett Piiikeofettc sr i er sans mention de l’original passent fréquemment inaperçus  : il arrive souvent à nos collègues des sciences humaines et sociales d’avoir leurs articles copiés sans référence dans la littérature américaine, qui souvent les ignorent sans scrupule. Appropriation des résultats et des idées d’autrui  : le plagiat est du vol Le copié-collé des textes est certes la forme de plagiat la mieux connue, mais elle est loin d’être la seule et certainement pas la plus dommageable. En effet, relève aussi du plagiat l’appropriation des résultats de recherche d’autrui avant que celui-ci les ait lui-même valorisés. Notons que le phénomène est présent depuis que la science existe. Déjà, dans l’Antiquité grecque, l’astronome Ptolémée (fig. 1) publie en se les attribuant des mesures sur le modèle géocentrique du mouvement des astres qui reprennent d’autres mesures faites 300 ans avant par Hipparque à Rhodes. Louis Pasteur également a rassemblé sans les citer les résultats de nombreux collègues de province. Ceci n’a pas empêché ces savants géniaux de faire immensément progresser la science. Aujourd’hui, la sensibilité au plagiat a beaucoup évolué. Il est considéré comme un vol de production intellectuelle, pouvant donner lieu à toute sorte de conflits au moment de la publication. Il peut s’agir du Ze u Science et société travail d’un postdoctorant ayant quitté l’équipe à la fin de son contrat et dont on oublie le nom dans l’article final, alors qu’il a contribué largement au succès de l’expérience. Un autre cas fréquent est celui d’une thèse dont les résultats sont rédigés et publiés après la soutenance et le départ du doctorant, en ne mentionnant pas le nom de ce dernier dans la liste des auteurs. Bien d’autres situations du même type se produisent lorsqu’un résultat d’un premier chercheur parvient en avant-première à la connaissance d’un second, par exemple lors d’une conférence  : le second peut s’approprier rapidement l’idée et les détails du travail du premier, afin de l’imiter au plus vite dès son retour dans son laboratoire et le publier avant son collègue malchanceux. Un cas similaire peut se produire lorsque le rapporteur d’un article se saisit des informations fournies par l’auteur de la publication soumise au peer review, pour rapidement boucler un travail identique, quitte à faire retarder l’acceptation de l’article de son collègue et publier avant lui. Qui d’entre nous n’a pas souvenir d’avoir supposé être victime d’un tel traitement révoltant une fois dans sa carrière ? Et à chaque fois que nous faisons un rapport sur un projet, ne pourrions-nous pas être tentés d’en copier la trame pour notre propre recherche ? N’en connaissons-nous pas tous malheureusement des exemples à l’Agence Nationale de la Recherche ? ll s’agit alors plus de vol d’idées que de vol de résultats, mais c’est toujours du vol. » > Reflets de la Physique n°55 27



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