Question Philosophie n°9 jun/jui/aoû 2015
Question Philosophie n°9 jun/jui/aoû 2015
  • Prix facial : 6,90 €

  • Parution : n°9 de jun/jui/aoû 2015

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 24,9 Mo

  • Dans ce numéro : sommes-nous libres de penser ?

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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PHILOSOPHIE D’hier « Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères ! » (Voltaire, Traité sur la tolérance, 1763) EXTRAIT PRIÈRE À DIEU « Ce n’est donc plus aux hommes que je m’adresse ; c’est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps  : s’il est permis à de faibles créatures perdues dans l’immensité, et imperceptibles au reste de l’univers, d’oser te demander quelque chose, à toi qui a tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éternels, daigne regarder en pitié les erreurs attachées à notre nature ; que ces erreurs ne fassent point nos calamités. Tu ne nous as point donné un cœur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger ; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère ; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux, et si égales devant toi ; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution ; que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer supporte ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil ; que ceux qui couvrent leur robe d’une toile blanche pour dire qu’il faut t’aimer ne détestent pas ceux qui disent la même chose sous un manteau de laine noire ; qu’il soit égal de t’adorer dans un jargon formé d’une ancienne langue, ou dans un jargon plus nouveau ; que ceux dont l’habit est teint en rouge ou en violet, qui dominent sur une petite parcelle d’un petit tas de boue de ce monde, et qui possèdent quelques fragments arrondis d’un certain métal, jouissent sans orgueil de ce qu’ils appellent grandeur et richesse, et que les autres les voient sans envie  : car tu sais qu’il n’y a dans ces vanités ni envier, ni de quoi s’enorgueillir. Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères ! Qu’ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force le fruit du travail et de l’industrie paisible ! Si les fléaux de la guerre sont inévitables, ne nous haïssons pas, ne nous déchirons pas les uns les autres dans le sein de la paix, et employons l’instant de notre existence à bénir également en mille langages divers, depuis Siam jusqu’à la Californie, ta bonté qui nous a donné cet instant. » (Voltaire, Traité sur la tolérance, Chapitre XXIII) ont appris à investir et à spéculer. Cette assise financière lui permettait de pouvoir quitter la France du jour au lendemain, au cas où ses écrits seraient condamnés. Dans ceux-ci, Voltaire utilisait l’humour et l’ironie pour dénoncer le pouvoir du roi, de l’Eglise et des juges et pour critiquer les abus sociaux. En 1734, il est contraint de quitter la capitale suite à la publication sans autorisation de la censure des « Lettres philosophiques ». Cette satire des mœurs et des institutions françaises fait scandale. Il se réfugie en Lorraine chez la marquise du Châtelet. Leur liaison durera une quinze années. Tout au long de sa vie, à cause de cette censure, Voltaire publiera des dizaines d’écrits de façon anonyme. De la Cour de Louis XV à celle de Frédéric II Le philosophe s’intéresse aussi aux sciences. Il concourt pour un prix de l’Académie des sciences et, en 1738, s’emploie à vulgariser les « Éléments de la philosophie » de Newton. Voltaire, qui cherchait ardemment à entrer à l’Académie française, y est élu en 1746. Il quitte la demeure de Mme du Châtelet et retourne à Paris où il mène une vie de courtisan. Les intrigues de la Cour lui inspirent « Memnon, histoire orientale » (1747), une première version de « Zadig ». Mais son ironie mordante et son imprudence lui valent d’être disgracié. En 1750, Voltaire se rend à Berlin. Il y reste trois ans au cours desquels le roi Frédéric II lui versa une pension de 20 000 livres. Les soupers entre le roi et le philosophe sont restés célèbres. Une querelle avec Maupertuis (président de l’Académie de Berlin) le pousse à quitter la cour et à s’installer en Suisse avec sa maîtresse Mme Denis. Il est alors âgé de soixante ans. Il emménage en 1755 aux « Délices » à côté de Genève, et y invite ses amis (académiciens, savants, comédiens, ambassadeurs…). Par sa riche correspondance (plus de 6 000 lettres), Voltaire continue à être en relation avec de nombreuses personnes influentes en France et en Europe. Il a également de nombreux ennemis comme Jean-Jacques Rousseau. En 1759, il achève l’un de ses chefs-d’œuvre, « Candide ou l’Optimiste ». De la tolérance Le Traité sur la Tolérance est écrit par Voltaire et publié en 1763 à la suite de l’affaire Calas. Le philosophe lutte pour l’indulgence, la tolérance universelle, la fin des massacres et des exécutions injustes. Ce message se compose de nombreux chapitres qui ont pour but d’éclairer le lecteur sur les situations d’injustice. Ce texte vise la réhabilitation de Jean Calas, protestant 34 QUESTION PHILOSOPHIE
faussement accusé et exécuté pour avoir assassiné son fils afin d’éviter que ce dernier ne se convertisse au catholicisme. Dans ce Traité sur la Tolérance, Voltaire invite à la tolérance entre les religions et prend pour cible le fanatisme religieux (plus particulièrement celui des jésuites chez lesquels il a fait de brillantes études étant jeune homme) et présente un réquisitoire contre les superstitions accolées aux religions. Après un premier chapitre consacré à stigmatiser le fanatisme religieux des juges de Toulouse qui ont condamné à mort le protestant Jean Calas, Voltaire entreprend de montrer les avantages humains de la tolérance. Empruntant ses exemples à l’histoire, il entend prouver que l’intolérance n’est ni de droit divin ni de droit naturel, mais trouve sa source dans le fanatisme, lui-même engendré par la superstition, qui « est à la religion ce que l’astrologie est à l’astronomie  : la fille très folle d’une mère très sage ». Exposés historiques, dialogues fictifs, témoignages, fausse lettre à un père jésuite, Voltaire multiplie les approches dans cette attaque virulente de sa principale ennemie. Pour Voltaire, la philosophie en chassant les démons de l’obscurantisme et du fanatisme offre aux Hommes un moyen de rechercher, ensemble, le bien commun. Facteur de paix sociale, de respect et d’amour réciproques, la tolérance est une des exigences suprêmes de la civilisation et de la société. Avec le Traité sur la tolérance, Voltaire réhabilite la mémoire de Calas, mais surtout il ouvre la voie à l’affirmation de la liberté religieuse telle que nous la concevons aujourd’hui. C’est un chef d’œuvre littéraire et philosophique inestimable qui a fait écrire à Diderot, non sans ironie « Quand il y aurait un Christ, je vous assure que Voltaire serait sauvé ». Le Traité sur la tolérance est vraisemblablement toujours d’actualité au XXI e siècle. En effet, en janvier 2015, à la suite de l’attentat contre Charlie Hebdo, l’ouvrage de Voltaire s’est placé au sommet des ventes des librairies un peu partout dans le monde. Voltaire en exil  : Les dernières années C’est cette période que l’auteur Ian Davidson met en lumière dans son livre du même nom consacré à Voltaire (Le Seuil). Lorsque Voltaire, brouillé avec Frédéric II, quitte précipitamment la cour de Prusse en 1753, il est interdit de séjour à Paris. Lui, le dramaturge favori de la Comédie-Française, l’historien du roi, doit se réfugier près de Genève, en terre calviniste. C’est là, à soixante ans, alors qu’il pourrait se retirer et jouir paisiblement de sa gloire, qu’il va entamer, avec une fougue et une passion d’adolescent, une carrière Par une étrange ironie de l’histoire, c’est dans les vingt-cinq dernières années de sa vie que Voltaire va construire et parfaire l’image que la postérité retiendra de lui  : celle d’un intellectuel avant la lettre, engagé dans les luttes et les controverses les plus vives du siècle finissant, et non celle du grand poète et dramaturge classique français qu’il croyait être. Une grande popularité Ses combats contre toute restriction de la liberté individuelle lui confèrent une immense popularité. Lorsqu’il revient à Paris en 1778, le peuple de la capitale lui réservent un accueil chaleureux et le portent en triomphe pour aller assister à la sixième représentation de sa dernière pièce « Irène ». En avril de cette même année, il devient francmaçon. Voltaire meurt le 30 mai 1778 à Paris. Le curé de saint Sulpice refusant de l’inhumer, il est enterré à l’abbaye de Scellières (près de Troyes), grâce à l’intervention de son neveu. Ses cendres furent transférées au Panthéon le 11 juillet 1791, après une grande cérémonie sans la participation du clergé. nouvelle de combats contre le fanatisme et l’intolérance. C’est l’histoire de cette lutte acharnée pour les « droits des hommes » que Ian Davidson conte avec élégance et vivacité. S’appuyant sur la correspondance et les écrits polémiques de Voltaire, il décrit son engagement dans les affaires Calas, Sirven et bien d’autres, et analyse son œuvre de philosophe des Lumières aux côtés des Encyclopédistes. De même, il éclaire d’un jour nouveau le souci du patriarche de Ferney de contribuer au bonheur de ses semblables en propriétaire terrien et en homme d’affaires attentif. Ce tableau haut en couleur de la vie intime et publique de Voltaire à Ferney nous montre que ces années d’exil furent la période la plus active et la plus heureuse du philosophe. Les œuvres de Voltaire dénoncent la guerre, l’intolérance religieuse, l’injustice politique et sociale qui régnaient au XVIII e siècle. On sent y souffler le vent annonciateur de la Révolution française de 1789. Que l’on apprécie ou pas ce philosophe des Lumières, force est de constater que ses écrits, sur la tolérance notamment, restent au XXI e siècle d’une étonnante modernité. n V.D. À LIRE NOUVELLE ÉDITION DU TRAITÉ SUR LA TOLÉRANCE « Traité sur la Tolérance  : A l’occasion de la mort de Jean Calas » de Voltaire, Folio, Gallimard, 143 pages, 2 € . QUESTION PHILOSOPHIE 35



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