Question Philosophie n°6 sep/oct/nov 2014
Question Philosophie n°6 sep/oct/nov 2014
  • Prix facial : 6,90 €

  • Parution : n°6 de sep/oct/nov 2014

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 73,9 Mo

  • Dans ce numéro : entretien exclusif avec le biographe du Dalaï-Lama.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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PHILOSOPHIE D’hier 32 « Mieux vaut tête bien faite que tête bien pleine. » (Montaigne) QUESTION PHILOSOPHIE
« […] ce que nous appelons ordinairement amis et amitiés, ce ne sont qu’accointances et familiarités nouées par quelque occasion ou commodité, par le moyen de laquelle nos âmes s’entretiennent. En l’amitié de quoi je parle, elles se mêlent et confondent l’une en l’autre, d’un mélange si universel, qu’elles effacent, et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes. Si on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer, qu’en répondant : Parce que c’était lui, parce que c’était moi. » (Michel de Montaigne) vivre en gentilhomme. Il s’attache à donner une bonne instruction à son fils. À six ans, après avoir reçu les enseignements d’un précepteur allemand qui ne lui parle qu’en latin, Montaigne entre au collège de Guyenne à Bordeaux, réputé pour son enseignement. À treize ans, il apprend le droit à Toulouse et, en 1554, il est conseiller à la Cour des aides de Périgueux. Ses fonctions ne lui plaisent guère et la rencontre avec La Boétie en 1557 lui ouvre de nouvelles voies. Il fréquente la Cour jusqu’à la mort de son père en 1568. Il peut alors vendre sa charge et se retirer dans ses terres pour se consacrer à l’écriture et à la méditation. Il ne quitte sa fameuse « librairie » qu’en de rares occasions, lors de voyages pour des raisons politiques (il déjoue les intrigues de la Ligue), ou encore pour remplir ses charges de maire (de 1583 à 1585). Dès 1572, il entreprend la rédaction des Essais, dont la première édition paraît en 1580. Ses dernières années sont consacrées à une nouvelle version, publiée après sa mort survenue en 1593. Les Essais sont d’abord le livre d’un grand lecteur et le fruit de cette retraite intellectuelle que leur auteur décida de prendre en 1570. La lecture, mais aussi le fait de noter sur les textes ses propres commentaires, sont pour lui « source de délices ». Cependant, peu à peu Montaigne se met à exprimer à son tour sa pensée personnelle. Le ressort de sa démarche est le « connais-toi toimême » socratique. L’idée directrice de son œuvre est que tout homme porte en lui « la forme entière de l’humaine condition ». En s’analysant lui- même, Montaigne souhaite instruire et mobiliser son lecteur en l’incitant à suivre son exemple. En Etienne de La Boétie 1576, il fait graver une médaille qui porte sa devise, Que sais-je ?, qui sera le point d’ancrage de toute son œuvre et le fondement d’une nouvelle forme de pensée où le doute devient l’expression du devoir intellectuel. Montaigne n’a plus l’enthousiasme encyclopédique de Rabelais ; son scepticisme est un fait nouveau dans l’esprit de la Renaissance, animé à sa source par une grande confiance en « Il y a au-delà de tout mon discours, et de ce que j’en puis dire particulièrement, je ne sais quelle force inexplicable et fatale, médiatrice de cette union. Nous nous cherchions avant que de nous être vus, et par des rapports que nous oyions l’un de l’autre : qui faisaient en notre affection plus d’effort, que ne porte la raison des rapports [plus d’effet que l’ouï-dire habituel] : je crois par quelque ordonnance du ciel. Nous nous embrassions par nos noms. Et à notre première rencontre, qui fut par hasard en une grande fête et compagnie de ville, nous nous trouvâmes si pris, si connus, si obligés entre nous, que rien dès lors ne nous fut si proche, que l’un à l’autre. (I, 27, 290) » (Michel de Montaigne) la nature humaine. Mais les guerres de religion ont rendu Montaigne suspicieux à l’égard de toute certitude. Son scepticisme débouche sur une sagesse qui interdit désormais de juger en matière de morale, de politique ou de religion. Révolutionnaire dans sa critique, Montaigne est cependant conservateur dans la pratique : pour lui, mieux vaut ne rien changer que de remplacer une vérité suspecte par une autre. Le savoir, la mesure, la connaissance de soi sont les seules voies de la sagesse pour vivre en accord avec la nature en se préparant à la mort. Sa rencontre avec La Boétie La grande affaire dans la vie de Montaigne a été la rencontre d’Étienne de La Boétie, en 1558, et l’amitié qui s’en est suivie, jusqu’à la mort de La Boétie en 1563. Quelques années d’intimité, puis une perte dont Montaigne ne s’est jamais remis. Il relata l’agonie de son ami dans une longue et émouvante lettre à son père. Plus tard, le premier livre des Essais fut conçu comme un monument à l’ami disparu, dont le Discours de la servitude volontaire, devait se trouver au milieu, au « plus bel endroit », tandis que les pages de Montaigne n’auraient été que des « grotesques », des peintures décoratives servant à rehausser le chefd’œuvre. S’il a dû renoncer à ce projet, c’est que le discours de La Boétie - son plaidoyer pour la liberté contre les tyrans - avait été publié sous la forme d’un pamphlet protestant. Montaigne lui a substitué un éloge de l’amitié dans la grande tradition d’Aristote, Cicéron et Plutarque. Montaigne oppose l’amitié, plus tempérée et constante, à l’amour pour les femmes, plus fiévreux et volage ; il la distingue aussi du mariage, lien assimilé à un marché, restreignant la liberté et l’égalité. Cette méfiance à l’égard des femmes, on la retrouvera dans « Des trois commerces », où il compare l’amour, l’amitié et la lecture. L’amitié, c’est pour lui la « liberté volontaire », inconcevable sous une tyrannie. Le QUESTION PHILOSOPHIE 33



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