Question Philosophie n°2 jun/jui/aoû 2016
Question Philosophie n°2 jun/jui/aoû 2016
  • Prix facial : 6,90 €

  • Parution : n°2 de jun/jui/aoû 2016

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 30 Mo

  • Dans ce numéro : Michel Serres nous parle vérité.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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Idées Société Transhumanisme & pensées d’experts Le transhumanisme est un mouvement culturel et intellectuel prônant l’usage des sciences et des techniques afin d’améliorer les caractéristiques physiques et mentales des êtres humains. Qu’en pensent les philosophes et acteurs de la société d’aujourd’hui ? > ANDRÉ COMPTE-SPONVILLE Philosophe ENCORE DE LA SCIENCE-FICTION « Le transhumanisme me paraît encore un peu de la science-fiction. L’intelligence artificielle se développe, mais le niveau de conscience de mon ordinateur, certes plus performant que ma première machine à écrire, est toujours égal à zéro. Une intelligence artificielle sans conscience n’est qu’une puissance de calcul. Il me paraît beaucoup plus urgent de savoir comment résister à la pollution, à l’accumulation des déchets, à l’épuisement des ressources naturelles. De même, il me paraît crucial de réfléchir à la frontière de plus en plus ténue entre médecine et dopage. (…) La médecine et les sciences en général sont là pour donner à chaque individu la jouissance de son humanité entière, pas pour en inventer une autre ! » > JEAN-MICHEL BESNIER Philosophe, professeur d’Université à Paris-Sorbonne 74 QUESTION DE PHILOSOPHIE POUR ALLER PLUS LOIN S’AFFRANCHIR DE L’HUMAIN « Si l’être humain est exempté des signes du vieillissement, ce monde ressemblerait extérieurement au nôtre. Le télescopage des générations ne sera guère bouleversant dans un contexte où l’on s’habitue à perdre les repères que dictaient dans les sociétés archaïques les structures de la parenté. Dans notre enquête sur les changements civilisationnels et le brouillage philosophique et idéologique en cours, nous avons là un élément majeur. Les repères traditionnels de la parenté sont qualifiés d’archaïques, ce qui veut dire ancien mais aussi inutiles et dépassés. En est-on si sûr ? Nous avons là un trait typique de la post modernité l’abolition des repères de base. Alors que la modernité voulait un progrès scientifique et technique dans un cadre humaniste, on voit que le transhumanisme prétend s’affranchir de l’humain. » > GUILLAUME FAUVEL Doctorant en science politique à l’Université de Rennes I DES FRONTIÈRES FLOUES ENTRE HUMAIN ET NON-HUMAIN « La principale conséquence de cette révolution technologique est un renversement du processus d’hominisation tel que décrit notamment par André Leroi-Gourhan, historien et ethnologue français. Le processus d’hominisation était jusqu’ici un processus d’extériorisation : nous prenions conscience de notre humanité à partir des outils que nous créions et qui étaient le prolongement des mécanismes et mouvements de notre corps. Par exemple, la catapulte fut inventée à partir de l’observation du lancement d’un projectile depuis le mouvement du bras. Or aujourd’hui, avec ces technologies toujours plus petites et rapides, le processus d’hominisation tend à devenir un processus d’intériorisation : nous ne prenons plus conscience de notre humanité à partir des objets crées et placés devant nous, mais à partir des objets que nous absorbons, sur lesquels nous sommes connectés. L’inversion du processus d’hominisation participe sans doute à rendre floues les frontières entre l’humain et le non-humain, le naturel et l’artificiel. »
> GABRIEL ROTHBLATT Pasteur et homme politique américain (démocrate) FAIRE LA DISTINCTION ENTRE « TRANSHUMAIN » ET « TRANSHUMANISTE » « Le transhumanisme est darwinien. Il s’agit d’accepter que nous évoluions dans un environnement dont les définitions changent et que nous devons changer avec lui. Si vous voulez, on peut faire une distinction entre « transhumain » et « transhumaniste ». Dans ce cas, effectivement, nous sommes tous transhumains puisque la majorité des gens sont techno-dépendants. Et à cet égard, nous vivons dans un état transhumaniste. Maintenant, je pense personnellement que le terme « transhumaniste » correspond à l’étape suivante : une position militante et pro-active dans cette direction. Mais beaucoup de gens perçoivent encore le transhumanisme comme un non-humanisme. Je pense que le terme « post-humain » n’est pas adapté et est inexact. Je ne crois pas à ce modèle : même si nous développons des technologies qui permettent de maintenir l’esprit – ou la conscience – à l’extérieur du corps biologique, on ne sera pas pour autant débarrassés de ce qui constitue l’essence de la condition humaine. Nos détracteurs considèrent le transhumanisme comme étant intrinsèquement inhumain. » > JEAN-CLAUDE GUILLEBAUD Ecrivain, essayiste et conférencier LE MONDE DES TECHNOPROPHÈTES « Le transhumanisme vient combler le décalage existant entre les réalisations techniques dont l’homme s’est montré capable au cours de l’Histoire et l’infirmité meurtrière de son cheminement éthique, moral et politique. Même si ses adeptes s’en défendent, il se présente comme une eschatologie (du grec eskhatos, « dernier », et logos, « discours »), c’est-à-dire une annonce des fins dernières de l’homme et du monde. (…) Le terme technoprophète ne relève (donc) pas exclusivement de l’ironie (car) il renvoie à des réflexions émanant d’esprits brillants, de savants reconnus, d’intellectuels diplômés. (…) Le préfixe « techno » souligne le fait que les prophètes en question s’en remettent à la technique – et souvent à elle seule – pour remédier aux malheurs du monde et tempérer la désespérance des hommes. » > ALAIN GRAESEL Ancien Grand Maître de la Grande Loge de France RÉPARER ET AMÉLIORER LES ÊTRES HUMAINS « Le transhumanisme consiste à utiliser les ressources de la technologie non seulement pour soigner et « réparer » les êtres humains – ce que fait déjà la médecine - mais aussi pour les « améliorer », les « augmenter » et même les « reconcevoir » sous une nouvelle forme. L’anglo saxon est très explicite : to improve humans, to enhance them, it is reengineering. Un des militants transhumanistes les plus actifs William Bainbridge a écrit il y a trente ans environ un ouvrage au titre explicite : « Converging Technologies for Improving Human Performances », soit « Technologies convergentes pour l’amélioration des performances humaines ». On parle bien « d’homme augmenté ». L’expression n’est pas très élégante mais elle est assez explicite : ce n’est plus seulement de la recherche médicale qui ouvre sur une pratique soignante. C’est une recherche scientifique très appliquée, très orientée et un puissant travail d’ingénieurs. Cette recherche s’appuie d’ailleurs pour l’essentiel sur la convergence technologique des NBIC dont l’acronyme vient de : Nanotechnologies, Biotechnologies, sciences de l’Information et sciences Cognitives. » > DANIELA CERQUI Anthropologue suisse L’HYBRIDATION HOMME-MACHINE A DÉJÀ COMMENCÉ « Je suis une anthropologue spécialisée dans l’étude des relations entre l’homme, les techniques et la société. J’ai commencé par m’intéresser aux TIC (technologies de l’information et de la communication), donc au téléphone, à l’ordinateur. Et bien sûr j’ai constaté que ces objets se rapprochaient toujours plus près du corps. Cela m’a amenée à regarder toute une série d’autres technologies : les puces, les implants divers et variés. Mais je me suis vite aperçu que tout cela n’était que la pointe émergée de l’iceberg : la question sous-jacente mais absolument centrale était bien d’augmenter les performances de l’humain. L’hybridation homme-machine a déjà commencé. Mais fixer des limites n’est pas si facile. Prenons l’exemple des organes artificiels : jambe, bras, cœur, œil bionique etc, ou même des organes régénérés à partir de cellules souches. À partir de combien de prothèses ne seriez-vous plus vous-mêmes ? Cela rappelle le problème philosophique du bateau de Thésée que l’on se pose depuis l’antiquité. » n QUESTION DE PHILOSOPHIE 75



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