Question Philosophie n°2 jun/jui/aoû 2016
Question Philosophie n°2 jun/jui/aoû 2016
  • Prix facial : 6,90 €

  • Parution : n°2 de jun/jui/aoû 2016

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 30 Mo

  • Dans ce numéro : Michel Serres nous parle vérité.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 72 - 73  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
72 73
IDÉES Société La naissance du transhumanisme Selon les philosophes ayant étudié l’histoire du transhumanisme, son transcendantalisme s’inscrit dans un courant de pensée remontant à l’Antiquité : la quête d’immortalité de l’Épopée de Gilgamesh ou les quêtes de la fontaine de Jouvence et de l’élixir de longue vie, au même titre que tous les efforts ayant visé à empêcher le vieillissement et la mort, en sont l’expression. La philosophie transhumaniste trouve cependant ses racines dans l’humanisme de la Renaissance et dans la philosophie des Lumières. Nikolai Fyodorov, un philosophe russe du xixe siècle, soutenait l’idée d’un usage de la science à des 72 « L’intelligence artificielle devrait dépasser l’intelligence humaine en 2029. En 2045, elle sera 1 milliard de fois plus puissante que les 8 milliards de cerveaux humains réunis. » (Kurzweil) QUESTION DE PHILOSOPHIE fins d’extension radicale de la durée de vie, d’immortalité ou de résurrection des morts. Au xxe siècle, le généticien J.B.S. Haldane, fut un pionnier influent de la pensée transhumaniste. En ligne directe avec le transhumanisme moderne, il annonce les considérables apports de la génétique et d’autres avancées de la science aux progrès de la biologie humaine et prévoit que ces avancées seront accueillies comme autant de blasphèmes et de perversions « indécentes et contre nature ». J. D. Bernal spécule quant à la colonisation de l’espace, aux implants bioniques et aux améliorations cognitives qui sont des thèmes transhumanistes classiques depuis lors. Le biologiste Julian Huxley, frère d’Aldous Huxley, semble être le premier à avoir utilisé le mot « transhumanisme ». En 1957, il définit le transhumain, bien que le concept qu’il désignait diffère sensiblement de celui auquel les transhumanistes font référence depuis les années 1980. Il définit le transhumain comme un « homme qui reste un homme, mais se transcende lui-même en déployant de nouveaux possibles de et pour sa nature humaine ». « Le transhumain est un homme qui reste un homme, mais se transcende lui-même en déployant de nouveaux possibles de et pour sa nature humaine. » (Julian Huxley) EXPERT PROFESSEUR IRVING JOHN GOOD STATISTICIEN BRITANNIQUE EXPERT EN INTELLIGENCE ARTIFICIELLE (DÉCÉDÉ EN 2009) « Supposons qu’existe une machine surpassant en intelligence tout ce dont est capable un homme, aussi brillant soit-il. La conception de telles machines faisant partie des activités intellectuelles, cette machine pourrait à son tour créer des machines meilleures qu’elle-même ; cela aurait sans nul doute pour effet une réaction en chaîne de développement de l’intelligence, pendant que l’intelligence humaine resterait presque sur place. Il en résulte que la machine ultra intelligente sera la dernière invention que l’homme aura besoin de faire, à condition que ladite machine soit assez docile pour constamment lui obéir ». Au début des années 1960, la question des relations entre les intelligences humaines et artificielles, qui est une des thématiques centrales du transhumanisme, est abordée par l’informaticien Marvin Minsky. Les premiers transhumanistes se reconnaissant comme tels se rencontrent au début des années 1980 à l’Université de Californie à Los Angeles, qui devient le centre principal de la pensée transhumaniste. En 1990, More crée sa propre doctrine transhumaniste qu’il exprime sous la forme des Principles of Extropy (« Principes de l’Extropie »), et jete les bases du transhumanisme moderne en lui donnant une nouvelle définition. Pallier les défaillances humaines Jean-Pierre Changeux, professeur honoraire au Collège de France, titulaire de la chaire de communications cellulaires, a publié chez Odile Jacob un ouvrage sur « L’homme artificiel ». Il y explique que palliant nos défaillances ou étendant nos pouvoirs, les prothèses ont envahi nos vies. Nous voilà un peu des
« Le transhumanisme est une classe de philosophies ayant pour but de nous guider vers une condition posthumaine. Le transhumanisme partage de nombreuses valeurs avec l’humanisme parmi lesquelles un respect de la raison et de la science, un attachement au progrès et une grande considération pour l’existence humaine (ou transhumaine) dans cette vie. […] Le transhumanisme diffère de l’humanisme en ce qu’il reconnaît et anticipe les changements radicaux de la nature et des possibilités de nos vies provoqués par diverses sciences et techniques […]. » (More) cyborgs, ces hybrides de vivants et de machines mis en scène par la science-fiction. Oui, mais faut-il avoir peur de « l’homme artificiel » ? Où en sont la fabrication d’organes artificiels et la thérapie génique ? Comment nos modes de vie sont-ils bouleversés par la médecine électronique ou la justice informatique ? La biologie synthétique pourra-telle fabriquer une cellule vivante ? Pour tenter d’y voir clair, il croise les disciplines : histoire des techniques, anthropologie, biologie, médecine, chirurgie, neurosciences, droit, littérature, philosophie. On cherche désormais à agir sur le corps humain de l’intérieur, que ce soit au niveau génétique ou mécanique, par exemple grâce à des puces implantées. Nous arrivons aujourd’hui à une véritable frontière entre l’homme et la machine. Nous nous sommes habitués à un monde ultra-connecté où nos appareils font partie intégrantes de nos vies, et vis-à-vis desquels nous devenons de plus en plus dépendants. Implanter directement ces appareils à l’intérieur de notre corps pourrait donc devenir une solution à l’avenir, bien que cette idée soulève d’importantes questions techniques et sociales. Quand on observe les avancées technologiques, on peut penser qu’un tel scénario pourrait se concrétiser dans un futur plus ou moins proche. De nos jours, il existe déjà le dopage chimique, les implants d’appareils électroniques (médicaux notamment), ou des prothèses perfectionnées au point d’égaler voire surpasser un membre humain. Il est intéressant de noter qu’en parallèle, nous donnons de plus en plus de traits humains aux robots, en travaillant sur les mouvements physiques et surtout, l’intelligence artificielle, qui progresse à une vitesse fulgurante. On assiste donc à un rapprochement entre les deux mondes. Transhumanisme ou fin de l’humanisme ? La doctrine philosophique du transhumanisme prétend qu’il est possible d’améliorer l’humanité par la science et la technologie. Elle vise à libérer l’humanité de ses limites biologiques, en surmontant l’évolution naturelle. Changer l’humain serait positif, car cela pourrait signifier la libération des contraintes de la nature, comme la maladie ou la mort. La plupart des transhumanistes sont athées et matérialistes. L’idée centrale est celle d’un dépassement de l’humain (et non de son élimination) par l’intermédiaire des techniques qui évoluent de manière très rapide. Le transhumanisme pose en principe que l’espèce humaine n’a pas atteint son état définitif et ne l’atteindra sans doute jamais car elle subit, comme toutes les autres espèces, des évolutions multiples. Cela donne à l’homme la possibilité de se transformer en s’enrichissant de tous les apports des nouvelles sciences et technologies. On retrouve là le concept d’homme augmenté de plus en plus utilisé aujourd’hui. L’homme augmenté abandonnera beaucoup des formes et des comportements qui le caractérisent aujourd’hui, mais ce devra être, souhaitent les transhumanistes, au profit de nouvelles valeurs prolongeant celles qui font le meilleur de l’humanisme actuel. Le transhumanisme ne cède donc pas à l’optimisme béat. Ces nouvelles sciences et technologies sont autant porteuses de risques que de promesses. Il faut donc les discuter et proposer des façons de les maîtriser, au sein de forums et débats associant les scientifiques, les philosophes, les décideurs politiques et économiques, sans oublier, évidemment, les citoyens acceptant de s’impliquer. La perspective transhumaniste d’une humanité transformée a suscité et suscite toujours aujourd’hui de nombreuses réactions, tant positives que négatives, émanant d’horizons de pensée très divers. Francis Fukuyama a ainsi déclaré, à propos du transhumanisme, qu’il s’agit de « l’idée la plus dangereuse du monde », ce à quoi un de ses promoteurs, Ronald Bailey, répond que c’est, au contraire, le « mouvement qui incarne les aspirations les plus audacieuses, courageuses, imaginatives et idéalistes de l’humanité ». Et si en humanistes que nous sommes, nous faisions confiance à une forme de « tranhumanisme bienveillant » qui s’efforce de faciliter la transition du monde actuel, très largement hérité du passé et encombré de contradictions, vers un monde plus ouvert à des évolutions fructueuses pour l’Homme et l’Humanité ? On a envie d’y croire. n G.F. POUR ALLER PLUS LOIN À LIRE FAUT-IL AVOIR PEUR DE L’AVENIR ? Le transhumanisme est un courant de pensée, désormais international, prônant l’usage des sciences et des techniques, dans le but d’améliorer l’espèce humaine, en augmentant les performances physiques et mentales de l’homme. Il considère en outre certains aspects de la condition humaine tels que le handicap, la maladie, le vieillissement ou la mort subie comme inutiles et indésirables. A ce titre, il interroge et il inquiète... Pour éclairer l’actualité de façon constructive, et tracer un pont entre les fantasmes et la réalité, l’auteure décrypte ce courant de pensée en proposant un texte accessible, synthétique et vivant. Il commence par faire un retour historique sur les origines et les influences du transhumanisme. Il s’interroge ensuite, à travers une lecture humaniste de la situation actuelle, sur la pertinence d’une telle « évolution ». Il nous interpelle enfin sur les orientations que nous souhaitons réellement donner à notre évolution en soulignant les parts d’ombre et les raisons d’espérer. « Le transhumanisme » de Béatrice Jousset-Couturier, Eyrolles, 188 pages, 16 €. « L’Homme artificiel : Golems, robots, clones, cyborgs » de Michel de Pracontal, Denoël, 217 pages, 7 €. « Humain : Une enquête philosophique sur ces révolutions qui changent nos vies » de Monique Atlan et Roger-Pol Droit, Flammarion, 12 €. QUESTION DE PHILOSOPHIE 73



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 1Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 2-3Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 4-5Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 6-7Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 8-9Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 10-11Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 12-13Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 14-15Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 16-17Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 18-19Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 20-21Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 22-23Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 24-25Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 26-27Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 28-29Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 30-31Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 32-33Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 34-35Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 36-37Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 38-39Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 40-41Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 42-43Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 44-45Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 46-47Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 48-49Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 50-51Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 52-53Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 54-55Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 56-57Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 58-59Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 60-61Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 62-63Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 64-65Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 66-67Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 68-69Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 70-71Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 72-73Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 74-75Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 76-77Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 78-79Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 80-81Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 82-83Question Philosophie numéro 2 jun/jui/aoû 2016 Page 84