Question Philosophie n°2 jun/jui/aoû 2016
Question Philosophie n°2 jun/jui/aoû 2016
  • Prix facial : 6,90 €

  • Parution : n°2 de jun/jui/aoû 2016

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 30 Mo

  • Dans ce numéro : Michel Serres nous parle vérité.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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DÉVELOPPEMENT Personnel Du danger de la fusion Le processus psychologique connu sous le nom de « fusion » est la réponse à deux besoins apparemment contradictoires : être soi-même et être en relation. L’interaction dynamique entre ces deux impulsions opposées nous définit en tant qu’être humain. Explications. L’être humain n’est pas un être solitaire, c’est dans l’interaction avec les autres qu’il se développe, se construit et se définit. Dès l’enfance, les êtres qui constituent l’environnement de la personne ont une influence importante sur l’élaboration de son monde symbolique. L’acquisition de la maturité psychique signifie la capacité de devenir indépendant des influences extérieures pour élaborer une symbolisation personnelle authentique, fonction de la subjectivité vécue au travers de la liberté expérientielle. Le paradoxe, qui n’est qu’apparent, 56 QUESTION DE PHILOSOPHIE est que la réalisation de l’autonomie subjective se fait grâce à l’altérité. « La vie authentiquement personnelle est co-présence », dit Marcel, et le chemin de soi par soi passe par autrui ; c’est dans un dialogue entre deux Toi que l’homme se découvre et s’affirme en tant que personne. « Être, c’est être pour autrui, c’est être reconnu » souligne Hegel ; l’Autre est ce « grâce à quoi j’entre en communication avec moi-même ». Fusion & confusion Selon la philosophe et psychanalyste jungienne Marie-Laure Colonna, si le terme « fusion » est stigmatisé, c’est d’abord parce qu’il est source de confusion. En psychanalyse, qui dit « fusion » dit le plus souvent « inconscients indifférenciés », ce qui peut mener à la catastrophe. « Nous devons nous interdire de devenir l’idéal de l’autre Nous l’induisons en erreur et l’éloignons de lui-même », notait déjà le philosophe Friedrich Nietzsche (Fragments posthumes sur l’éternel retour, Ed. Allia). Cette citation est reprise par le philosophe et psychanalyste Umberto Galimberti (Qu’est-ce que l’amour ? Ed. Payot,) pour expliquer comment la fusion dessert parfois son objectif essentiel et éloigne plutôt qu’elle ne rapproche les amants : « Dans une relation d’amour, on ne peut s’ensevelir dans le « nous » comme dans une tombe. Le point de départ doit être la reconnaissance de nos différences, la volonté de sauvegarde de l’identité de
EXPERT SALAMA MARINE, PSYCHOLOGUE SPÉCIALISTE DU COUPLE Une phase de fusion « C’est une étape normale lorsqu’elle a lieu au début d’une relation, lors de la phase de découverte de l’autre. Viennent ensuite les phases de différenciation - avec les premiers désaccords - et d’exploration, qui permettent à chacun d’affirmer sa personnalité et de trouver un juste équilibre dans la relation. Mais lorsque le couple ne parvient pas à accéder à ces étapes de différenciation, il reste coincé dans l’état de fusion et de dépendance affective. » chacun », ce qui mène à « un entraînement de l’autre vers soi ». A la rencontre de l’Autre Être, c’est aimer ? Oui, à condition qu’aimer se conçoive dans le sens de l’échange basé sur le respect de la spécificité d’autrui, de la reconnaissance de son irréductibilité, de sa différence et d’une compréhension de son monde ; accepter que beaucoup de façons d’être soi soient possibles et soient vécues, afin de vivre la plénitude des possibilités d’être humaines, comme le dit Binswanger. Il ne faut jamais perdre de vue, comme le disait si bien Federico Mayor, que la rencontre de l’altérité est la rencontre de nous-mêmes. « L’amour ne détruit pas l’altérité, il l’intensifie au contraire, mais en la transformant (...) L’amour implique une certaine altérité, non pas une altérité de l’ordre du lui, qui est exclusion, mais une altérité de l’ordre de toi, qui est réciprocité de présence. » explique G. Madiner. Le vrai amour de soi – écrit Massimo Scaligero – n’est pas amour de soi, mais amour du monde : amour de l’autre. De l’autre, sans le don duquel il n’y aurait personne à aimer. Sans l’autre à aimer, il ne pourrait y avoir d’amour… Communion ou fusion : un rêve dangereux Le rêve de communion ou de fusion est sans doute séduisant, mais dangereux ; car dans la fusion, autrui disparaît en tant que tel, et avec lui, la responsabilité morale. Autrui, est source de l’exigence morale et le respect que je lui dois, s’inscrit dans la juste distance qui m’en sépare. Le concept d’autrui a un rôle fondamental en philosophie morale. Pensez aux phénomènes de l’empathie (se mettre à la place de l’autre qui souffre), de la sympathie (souffrir avec l’autre) qui consistent à « Le couple repose sur un mythe fusionnel. Comme si nous ne faisions qu’un. Alors que nous sommes définitivement deux. » (Denis Robert) comprendre les sensations et les sentiments de l’autre sans les ressentir soi-même, voire sans les ressentir du tout. Et l’amour ? Quand on aime, autrui n’est pas. L’amour surmonte la dualité, l’altérité et la séparation et rétablit le lien originel que la pensée tend par ses divisions, à rompre. Et à l’opposé, c’est quand autrui devient un tout autre, que la relation est impossible. L’INTERSUBJECTIVITÉ C’est un concept philosophique développé pour la première fois par Emmanuel Kant dans la Critique de la faculté de juger. C’est l’idée que les hommes sont des sujets pensants capables de prendre en considération la pensée d’autrui dans leur jugement propre (ce que Husserl appelle l’« apprésentation », l’image de l’autre non présent). L’intersubjectivité fonde ainsi une théorie de la communication. Ce concept sera repris et critiqué par une bonne partie de la philosophie ultérieure, notamment par Fichte, Hegel, Husserl, Arendt, Popper, Sartre, Levinas, Merleau-Ponty… Dans la passion, autre forme de l’amour, autrui fascine, envoûte, et possède un empire absolu sur le passionné. On retrouve dans le terme passion, un dérivé du verbe latin patior qui signifie « pâtir », « souffrir », qui est donc victime d’une aliénation… Tout marche bien chez un couple dans la jeunesse de leur amour. Mais, un jour, les frustrations quotidiennes et les déceptions viennent miner leurs attentes illusoires. Alors, on prend conscience que son conjoint a ses propres problèmes et limites, et qu’il ne peut remplir les attentes que l’on avait formées à son égard. On croit alors que l’on s’est trompé sur la personnalité de son conjoint ; puis, on se laisse envahir par la peur de ne plus pouvoir continuer à vivre dans la relation. Ici, AMOUR & PROJECTIONS Au départ, la difficulté dans le couple semble provenir de l’amour-passion où un conjoint essaie de compléter sa personnalité en voulant vivre fusionné aux qualités de son conjoint. Il se sécurise par l’illusion que l’autre viendra combler toutes ses lacunes personnelles et le protéger des insécurités qu’il vit. Un conjoint amoureux découvre chez l’autre des qualités qu’il n’a pas et, dans son élan passionnel il idéalise ces qualités et essaie de les vivre à travers la personne de son conjoint. Chaque époux se crée alors des attentes par rapport à l’autre qui promet de les remplir plus ou moins explicitement. QUESTION DE PHILOSOPHIE 57



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