Question Philosophie n°2 jun/jui/aoû 2016
Question Philosophie n°2 jun/jui/aoû 2016
  • Prix facial : 6,90 €

  • Parution : n°2 de jun/jui/aoû 2016

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 30 Mo

  • Dans ce numéro : Michel Serres nous parle vérité.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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ENQUÊTE Finitude Prendre conscience de sa mortalité est le point de départ pour réussir sa vie pleinement. mort alors qu’il est impossible de la connaître ? D’autant que fréquemment, la peur augmente avec l’âge, car l’échéance ne fait que se rapprocher. L’attitude du philosophe Les philosophes grecs ont largement évoqué la question de mort, avec des opinions extrêmement variées. Ainsi, dans la vision épicurienne, la mort fait partie de ces fameux concepts qu’il est justement impossible de vraiment appréhender pour ce qu’ils sont. Et si la mort ne peut être pensée par l’homme, il ne sert donc à rien de tenter l’impossible. Il 44 QUESTION DE PHILOSOPHIE convient de se recentrer sur ce que nous connaissons, ou pouvons justement appréhender, c’est-à-dire la vie. Evidemment, le fait de ne pas savoir quand apparaîtra le panneau « FIN » rend l’exercice quelque peu délicat. Mais c’est aussi ce qui en fait sa grandeur. Prendre conscience de sa mortalité est en réalité le point d’orgue d’Epicure et d’autres philosophes, car il s’agit en réalité de la base de départ qui permet de réussir sa vie en pleine conscience. Il existe bien des témoignages sur le sujet, de personnes ayant failli perdre la vie, et qui envisagent après cela de la conduire « La philosophie antique nous apprenait à accepter notre mort. La philosophie moderne, la mort des autres. » (Michel Foucault) d’une façon totalement différente du passé. La prise de conscience est l’élément clé, permettant à l’homme de grandir. Et la philosophie est un outil pour parvenir à mener cette « bonne » vie dans le sens noble du terme. Spinoza est relativement proche des conclusions d’Epicure et de la façon d’envisager la vie, sans nier pour autant l’aspect tragique de la vie humaine. Certains philosophes ont une autre idée de la mort, comme l’exprime cette pensée de Pascal sur le sujet « Les hommes n’ayant pu guérir la mort, la misère, l’ignorance, ils se sont avisés, pour se rendre heureux, de n’y point penser ». Agir plutôt que penser, voici l’attitude humaine par excellence, qui permet de s’étourdir et d’éviter de réfléchir à l’échéance fatale ou à l’inexplicable. Ou peut-être estce la peur d’être confronté au néant, à l’absurdité apparente de la vie ? Pascal met en avant le fait que face à la finitude de leur existence, l’homme ne songe qu’à « se divertir », dans le but d’éviter toute source d’angoisse. Par le mot divertir, Pascal ne songe pas à la dimension loisirs actuelle. Il s’agit de toutes les actions quelles qu’elles soient, sport ou travail, qui dévient l’attention afin de prendre un autre chemin que celui du regard sincère par rapport à la réalité de la condition humaine. Autant dire que la vision de Pascal est un peu dure, car agir peut également être la conséquence d’un choix raisonné. En quoi serait-il donc plus utile de se morfondre à réfléchir à sa mort ? Pour Epicure, par exemple, vivre sa vie sans penser à la mort ne signifie pourtant pas oisiveté, paresse ou gâchis. Chez Jean-Paul Sartre, la vision de la mort est encore différente. Toujours en complète opposition avec Heidegger, il confirme sa vision de la mort absurde et imbécile : « Tout existant naît sans raison, se prolonge par faiblesse et meurt par rencontre ». Apprivoiser la mort Que la mort soit « incompréhensible » par le cerveau humain n’empêche pas qu’il convienne de vivre avec l’idée de cette fin, de cette inéluctabilité. On en revient à des notions d’ataraxie ou « absence de troubles », cet apaisement, ce calme, ce « bien-être » tant à la mode. Aujourd’hui, on tente d’atteindre cet état par la méditation, le yoga, la prière, le massage, etc., mais rarement par l’approche philosophique. Dommage pourtant de ne pas bénéficier des apports de ces cerveaux qui ont émaillé les siècles et ont réfléchi à la question, nous permettant d’avancer plus rapidement dans notre quête. Penser et réfléchir à la mort, cela revient en réalité à réfléchir au sens de sa vie, et à l’accomplissement que l’on en désire.
Et la religion ? L’une des grandes réponses données à ce type de questionnement est la religion. Les religions font dans leur majorité appel à l’espérance. Et en particulier, à l’espoir d’une vie après la mort, une façon de traiter l’angoisse des fidèles et de les inciter à adopter un comportement adéquat en cette vie terrestre. Croire en une vie après la mort est bien évidemment formidablement rassurant, et permet d’apaiser une angoisse compréhensible. Elle apporte une solution toute prête aux Réfléchir à la mort permet de réfléchir à la vie. questions posées, mais ne satisfait pas tout un chacun. La religion permet de se calmer, par des rites notamment, et d’imposer des règles pour cette vie terrestre afin de gagner son paradis. Peu de philosophes pourtant ont suivi cette voie, trop facile, ou trop simple pour la plupart d’entre eux. Les psychanalystes avancent que la peur primaire de la mort est prioritaire parmi toutes celles qui peuvent nous assaillir. Pourtant, les conseils des philosophes pour parvenir à mener une belle vie ne sont pas si éloignés des « La mort n’est pas un événement de la vie. La mort ne peut être vécue. » (Ludwig Wittgenstein) grands principes chrétiens, mais la finalité en est différente. Le philosophe refuse d’éviter l’obstacle de la mort, mais il ne peut en donner une explication raisonnable. Or, cette fin obligée conditionne pourtant sa pensée. Certains pencheront vers le côté absurde de la vie, d’autres vers la raison, mais le fait est que l’essentiel est d’en tirer une leçon ici et maintenant. Pour ne plus appréhender la mort, peut-être faut-il suivre les conseils de Montaigne ? La mort étant la fin obligée de la vie, il convient de l’accepter, Montaigne se montre proche des anciens et de Cicéron, et annonce que philosopher, c’est effectivement apprendre à mourir. Une phrase qui peut sembler quelque peu abrupte, pourtant seule l’acceptation véritable de ce destin fatal permet de maîtriser sa peur ou son angoisse et de décider pour sa vie. L’idée est souvent avancée d’en venir à apprivoiser la mort, à accepter qu’elle fait partie de soi pour mieux se l’approprier et s’en libérer. Heidegger est adepte de cette pensée. Dans « Etre et Temps », il insiste sur le fait que chacun est responsable de la prise en charge psychologique de sa propre mort afin de lui donner un sens. La mort et la vie, ou la naissance, sont indissociables et l’une n’a de sens que par rapport à l’autre. Et aujourd’hui ? « Être ou ne pas être » disait Hamlet, voici la question. L’époque moderne n’attend pas vraiment de réponse de la part de la religion, mais son attente quant à une réponse probable s’oriente vers la science, susceptible de pouvoir tout expliquer… un jour. L’acceptation ne vient pas pour autant, car surgit alors le vieux rêve de l’immortalité : peut-être que la science permettrait de vivre… jusqu’à l’éternité. Aujourd’hui, le mort ou le cadavre sont plus ou moins occultés de la vie quotidienne des sociétés modernes. Mais la fin est pourtant omniprésente, que ce soit dans les débats pour ou contre l’euthanasie, ou sur le clonage par exemple. Mais c’est la vieillesse qui est partout, la population de nos pays avance en âge, et elle oblige à se familiariser avec l’idée d’une certaine déchéance physique et psychologique. La mort est donc bien présente aujourd’hui, même si c’est d’une façon différente. Ne plus appréhender la mort, voici le programme d’une vie. Et quand bien même, on parviendrait à ne plus s’effrayer de sa propre fin, est-il plus facile pour autant de maîtriser l’angoisse qui saisit face à la mort de ses proches ? Le travail sur soi ne fait que commencer… n V.D. POUR ALLER PLUS LOIN « Le grand livre de la mort à l’usage des vivants » Pour comprendre, en parler, se préparer, accompagner, célébrer les funérailles, choisir des textes, donner du sens, traverser le deuil, se souvenir. Préface d’André Comte Sponville. Un collectif sous la direction de Michel Hanus, Jean Paul Guetny, Joseph Berchaud et Pierre Satet, Ed. Albin Michel. « Ces morts qui vivent en nous » de Luce Janin-Devillars, Ed. Fayard. « Apprendre à mourir, la méthode Shcopenhauer » d’Irvin D. Yalom, Editions Points. « Vivre après ta mort, Psychologie du deuil » du Dr Alain Sauteraud, Ed. Odile Jacob. QUESTION DE PHILOSOPHIE 45



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