Question Philosophie n°2 jun/jui/aoû 2016
Question Philosophie n°2 jun/jui/aoû 2016
  • Prix facial : 6,90 €

  • Parution : n°2 de jun/jui/aoû 2016

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 30 Mo

  • Dans ce numéro : Michel Serres nous parle vérité.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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ENQUÊTE Finitude Evidemment, il y a la mort des autres, la mort des proches et la sienne, voici qui change l’optique visà-vis de la relation à la mort, ou de l’idée que l’on peut s’en faire. La mort des autres 42 Se confronter à sa propre fin Et si nous confronter à notre propre mort nous aidait à grandir à tout âge ? Plus que toute autre discipline, la philosophie nous propose des pistes de réflexion, voire des clés de compréhension et d’acceptation. QUESTION DE PHILOSOPHIE Elle est lointaine, il s’agit de celle qui est totalement virtuelle, dans les films ou les livres par exemple. Mais elle est aussi bien réelle comme lors des attentats du 13 novembre à Paris, où chacun peut selon sa sensibilité ou son histoire personnelle, se projeter face à la mort de jeunes hommes et de jeunes femmes qui ne pensaient qu’à profiter de la vie et voient soudain la mort face à eux. La projection se fait alors non seulement vis-à-vis de à la mort en tant que telle, mais aussi et parfois surtout face à la peine des survivants et des familles. Compassion, pitié dans le sens noble du terme, incompréhension, sidération, sentiment de deuil, même éloigné, voici qui touche tout un chacun. Et pourtant les attentats qui ont lieu dans des conditions quasi identiques en Afrique ou en Afghanistan touchent déjà beaucoup moins. L’homme serait-il à ce point in- « Voici la morale parfaite : vivre chaque jour comme si c’était le dernier ; Ne pas s’agiter, ne pas sommeiller, ne pas faire semblant. » (Marc-Aurèle) sensible ? Certainement pas, mais chacun dispose de sa propre limite d’assimilation de peines et de chagrins, pourrait-on dire. L’instinct de conservation est plus fort que tout, ou presque, et pour survivre, il convient de ne pas succomber à la peine. A cela s’ajoute que notre environnement relationnel est fait de cercles concentriques. Il y a soi, les parents, la famille très proche, les amis, la famille éloignée, et les cercles vont s’éloignant, la sensibilité aussi fréquemment. On le voit, la mort des autres reste en dépit de tout relativement lointaine, et la proximité géographique en fait une réalité pour… soi. Car la mort dans son propre pays, ou dans sa ville, son quartier, rend cette fin de vie si proche de soi qu’elle devient en quelque sorte la nôtre. Qu’on le veuille ou non, la mort ne nous touche véritablement que lorsqu’elle nous concerne personnellement. Ainsi, la mort du parent affecte d’un point de vue sentimental, mais aussi car elle nous met en première ligne. Les psychologues ont souvent décrit ce phénomène. Une question d’appréhension ? L’appréhension de la mort est partagée par les humains, car elle s’apparente à la peur de l’inconnu et du changement ultime.
Epicure Marc-Aurèle « Tant que nous existons la mort n’est pas, et quand la mort est là nous ne sommes plus. La mort n’a, par conséquent, aucun rapport ni avec les vivants ni avec les morts, étant donnée qu’elle n’est plus rien pour les premiers et que les derniers ne sont plus. » (Épicure, Lettre à Ménécée) Nietzsche a largement abordé le sujet du besoin de sécurité dans « Le Crépuscule des idoles » et l’a résumé de façon claire : « L’inconnu signifie danger, inquiétude, souci… le premier instinct est de supprimer cette situation pénible ». Or quoi de plus inconnu que la mort. On a pu le constater, lorsque des maladies comme la typhoïde ou le choléra furent étudiées, et diagnostiquées, l’homme cessa d’invoquer la colère des dieux, l’inconnu devint connu, ce qui permit à l’homme de se rassurer, voire de démontrer qu’il était capable de maîtriser cet inconnu qui n’en était plus un. Il devint en quelque sorte plus puissant grâce à cette avancée en connaissance. Voici qui est mis en parole par notre philosophe : « La jubilation de celui qui acquiert une connaissance ne serait-elle pas la jubilation même du sentiment de sécurité retrouvé ? ». Face à ce penchant inné, Kant insiste sur le fait que l’homme doit utiliser son cerveau et non pas son instinct pour s’élever par lui-même. Il convient de passer de la nature à la culture. Il faudrait oublier ou plutôt maîtriser la partie animale en nous pour s’émanciper de ce type de fonctionnement primaire. La raison au-delà de l’instinct naturel, voici l’homme moderne. Mais comment utiliser la raison ou résoudre le secret de la mort ? Des études sur certains états comateux profonds semblent LES 3 « P » DE SELIGMAN La personnalisation : la croyance que c’est de notre faute. La généralisation (pervasiveness) : la croyance qu’un événement va avoir un impact sur tous les aspects de notre vie. La permanence : l’idée qu’une circonstance de vie ou un sentiment va durer éternellement. FACE AU VIDE Témoignage de Sheryl Sandberg (n°2 de Facebook) Son mari est décédé brutalement en 2015 et a récemment fait un discours à Berkeley sur les clés de sa résilience face à ce deuil en s’inspirant notamment des travaux du psychologue Martin Seligman. « J’ai appris la profondeur de la tristesse et la brutalité de la perte. Mais j’ai aussi appris que lorsque la vie nous happe et nous tire au fond de l’eau, on peut donner un coup de pied au fond, briser la surface, et respirer de nouveau. J’ai appris que face au vide - face à tout défi - on peut choisir la joie et le sens » explique-t-elle. passionnants, mais il ne s’agit pas de la mort dont on ne revient pas, qui donc connaît un Lazare ? La peur, émotion vitale ? La peur de l’inconnu développée depuis la nuit des temps serait intimement liée à l’instinct de conservation. Les existentialistes du XIX e et XX e siècles ont qualifié cette peur de « primordiale ». La peur engendre l’angoisse, mais il s’agit alors d’une émotion permettant de rester vigilant, de garder une tension et une attention permettant de vivre et survivre. Mais si, finalement, cette peur de l’inconnu était en réalité une projection du connu ? L’inconnu en tant que tel ne peut effrayer sans cette projection, du moins chez une personne équilibrée. Décider d’une rupture avec un homme pour se projeter dans une nouvelle vie ne peut déclencher la peur. C’est la peur des dangers que l’on imagine qui vient provoquer l’émotion : la réaction des enfants, les problèmes financiers, la solitude à venir, etc. Mais comment se projeter dans la QUESTION DE PHILOSOPHIE 43



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