Question Philosophie n°2 jun/jui/aoû 2016
Question Philosophie n°2 jun/jui/aoû 2016
  • Prix facial : 6,90 €

  • Parution : n°2 de jun/jui/aoû 2016

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 30 Mo

  • Dans ce numéro : Michel Serres nous parle vérité.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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PHILOSOPHIE De toujours Ce concept de devoir, de volonté est absolument primordial chez Kant, car il conditionne en quelque sorte l’obtention du bonheur. VOUS AVEZ DIT : PREUVE ONTOLOGIQUE ? La preuve ontologique est un argument qui a pour objectif de prouver l’existence de Dieu. Ontos désignant l’être de Dieu. Cette preuve peut être résumée de la façon suivante : Dieu est un être parfait, donc Dieu est doté de l’existence sans laquelle il ne pourrait être parfait. L’existence fait partie de ses caractéristiques mêmes. 34 QUESTION DE PHILOSOPHIE Le rôle de la volonté La volonté finit par obtenir son vrai statut grâce à l’action faite par devoir. Il s’agit ainsi d’une volonté autonome qui obéit à une loi. Ce concept de devoir, de volonté est absolument primordial chez Kant, car il conditionne en quelque sorte l’obtention du bonheur. S’il ne faut pas faire son devoir pour atteindre le bonheur, le simple fait d’adopter cette ligne de conduite fait que l’on devient « digne » du bonheur, ce qui est une approche différente. Que puis-je espérer ? Kant revient à la « nécessité » de l’existence de Dieu par un autre biais que ses prédécesseurs. Il faut prendre les choses « à l’envers » et affirmer que Dieu, tout comme le « La morale n’est donc pas à proprement parler la doctrine qui nous enseigne comment nous devons nous rendre heureux, mais comment nous devons nous rendre dignes du bonheur. » libre-arbitre, ou l’immortalité de l’âme, sont des notions que l’on ne peut appréhender dans leur vérité, mais sont des prérequis nécessaires pour parvenir à une organisation morale de la société et un comportement moral de l’individu. La raison pratique ne peut démontrer l’existence de Dieu, mais elle peut en faire l’hypothèse. Se dire que Dieu existe permet effectivement de créer une espérance, que l’on nomme acte de foi, même si le raisonnement n’est pas étranger à cet état. De plus, cela crée les conditions favorables à un comportement moral. D’autant que l’idée de Dieu est utile dans le sens où elle doit en théorie favoriser l’ordre et une approche pacifiste, notamment pour les classes sociales défavorisées. Un discours qui peut choquer sans pour autant n’être que la description d’une certaine réalité. Autant dire que l’approche Kantienne ne fut pas véritablement populaire en son époque, car il n’hésite pas à rejeter entre autres, l’incarnation de Dieu en Jésus. Mais son approche est très claire lorsqu’il définit la croyance entre la notion qui se situe entre l’opinion et le savoir. L’aspect religieux On l’aura compris, même si Kant refuse d’accepter la notion de Dieu par simple croyance, il ne faut pas oublier qu’il a été élevé par une mère très pieuse. Son raisonnement est totalement nouveau, mais il aboutit à la religion : « La morale conduit immanquablement à la religion ». Un changement majeur est que la foi devient ainsi rationnelle et non pas simplement croyance.
Le Dieu de Kant n’est pas celui de la religion chrétienne classique, il est plutôt une sorte d’être dont l’existence permet de parvenir à la régulation du monde. La voie qui mène à Dieu est pavée, non pas de bonnes intentions mais de morale. C’est cette dernière qui permet de faire la différence entre le bien et le mal, et de ne pas céder à des tentations guidées par l’affect. En parvenant à dominer ses penchants naturels, l’homme exerce son libre-arbitre. Dans la pensée du philosophe, l’homme n’est ni condamné au bien, ni condamné au mal, contrairement à ce que laisse penser l’histoire du péché originel. Mais là où la différence fondamentale existe, c’est que la religion ne dicte pas les comportements afin que les hommes soient sauvés. Avec Kant, cette religion fondée sur la morale permet d’atteindre une sorte de salut. Le monde pourrait ainsi n’être que celui des bonnes volontés. Cette approche de la théologie que l’on a qualifiée de rationnelle est véritablement une révolution, car elle découle de la métaphysique. MONTESQUIEU Avant Kant, Montesquieu avait lui aussi imaginé la venue du « doux commerce », celui qui permettrait la venue d’un monde meilleur et pacifique. Selon cet auteur, « Le commerce polit et adoucit les mœurs barbares ». Le commerce produit de la richesse et va donc dans le sens de la modération. Et l’esthétique ? Le troisième grand ouvrage connu de Kant aborde la question du beau, soit « ce qui plait universellement sans concept ». Bien entendu, on apprécie la beauté et l’esthétique sans qu’il n’y ait aucune notion intéressée dans cette attraction. L’universalité du beau comme du devoir moral est évidemment essentielle. Car c’est bel et bien cette notion qui permet de faire la différence avec ce qui peut être bien, agréable sans pour autant atteindre le niveau du beau. Il ne suffit donc pas simplement que cela plaise ou séduise l’un de nos sens, car cela va au-delà. Tout comme il existe des notions dont il convient d’accepter qu’elles existent sans pouvoir les approcher ou les appréhender, le raisonnement est identique en matière d’esthétisme. Ainsi, le plaisant, l’agréable sont au « premier » niveau. Le beau est clairement différent, mais il existe encore un autre niveau : celui du « sublime ». Ce dernier est au-delà de portée de l’être humain et ne s’applique qu’à l’infini. On le voit, le raisonnement auquel est arrivé Kant en matière de raison pure s’applique dans son œuvre à différents secteurs. Beauté mais aussi politique, les degrés sont identiques : le citoyen se doit d’agir de façon morale, ce qui permettra de voir la fin des guerres. Libération : « Pense par toi-même » Afin de pouvoir exercer sa liberté, l’homme se doit de ne pas rester simplement « naturel », mais d’aller au-delà. Une prise de conscience doit avoir lieu, qui permet de savoir que la raison humaine, imparfaite, a ses limites. Mais elle est pourtant capable de prendre conscience de celles-ci. De même, d’un point de vue moral, l’homme peut passer outre ses états primaires, passionnels ou affectifs pour aller vers le devoir. En matière d’esthétisme, le beau est lui aussi à portée de l’homme. Enfin, politiquement, les Etats se doivent de suivre l’exemple de l’homme kantien en dépassant l’état de nature pour aller vers l’état pacifique. Nous arrivons ici à une sorte d’idéalisme, qui permet d’espérer une sortie par le haut, dans le sens où hommes et gouvernements ont la capacité de dire non à une situation que ne peut mener qu’à la catastrophe pour aller vers un monde harmonieux. Pour y parvenir, l’homme doit faire preuve de liberté de conscience et devenir majeur : « Aie le courage de te servir de ton propre entendement ». Un objectif hors normes Kant est un philosophe non seulement profondément innovateur, voire révolutionnaire dans son approche, mais il a aussi eu des conclusions plutôt extraordinaires en termes de raisonnement sur l’état du monde. Le sage souhaite véritablement que les Etats puissent sortir de leurs conflits permanents, ce qui correspond à la loi du plus fort la plus primaire qui soit, pour aller vers autre chose : « L’état de paix n’est pas un état de nature, lequel est au contraire un état de guerre, c’est pourquoi il faut que l’état de paix soit institué ». Si on lie Kant à l’idéalisme allemand, il convient cependant de ne pas se tromper. L’homme n’est pas un naïf, loin de là. La guerre est naturelle dans sa vision, dans le sens où elle suit un comportement instinctif, mais elle n’est nullement morale. Si cette dernière notion est « On mesure l’intelligence d’un individu à la quantité d’incertitudes qu’il est capable de supporter. » introduite dans la vie politique, il est alors possible d’envisager la paix. Bien évidemment Kant n’imagine pas que cela puisse arriver rapidement, cela ne peut intervenir, peutêtre, que dans un futur très lointain. La paix deviendrait alors la norme avec des Etats de droit. Il s’agit d’un monde à construire, qui ne peut simplement être décidé. Kant parle toujours au pluriel en ce qui concerne les Etats, car pour lui la tentation de la gouvernance mondiale n’existe pas. Les différences entre cultures existent bel et bien, et sont une richesse. Seule l’idée de fédération est éventuellement possible. Kant se prononce également en faveur de la République en tant que système politique. Il est en faveur de la séparation des pouvoirs, législatif et exécutif. Dans ce cas, différents types de collaborations peuvent s’instaurer entre les Etats, comme les relations commerciales. On le voit, en dépit d’une vie relativement morne, ce célibataire routinier avait une richesse intérieure foisonnante et tous les secteurs du monde l’intéressaient. Philosophie, métaphysique, science, histoire, politique, religion, tous ces domaines sont abordés par cet homme extrêmement curieux et réfléchi, qui a su marquer son temps et bien au-delà. n V.D. POUR ALLER PLUS LOIN « Critique de la raison pure » de Kant, GF Flammarion. « La folle journée du Professeur Kant » de Jean Paul Mongin, Editions Les Petits Platons. QUESTION DE PHILOSOPHIE 35



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