Question Philosophie n°2 jun/jui/aoû 2016
Question Philosophie n°2 jun/jui/aoû 2016
  • Prix facial : 6,90 €

  • Parution : n°2 de jun/jui/aoû 2016

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 30 Mo

  • Dans ce numéro : Michel Serres nous parle vérité.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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DOSSIER « À quoi sert la vérité ? » Dans les questions qui touchent à la valeur de la vérité (vérité comme norme), il faut prendre soin de distinguer (même si c’est pour discuter cette distinction) la valeur de la vérité comme norme morale (par exemple, on veut la vérité, car on ne veut pas être trompé, car il ne faut pas mentir, etc.) de la valeur de la vérité dans le domaine de la connaissance. 26 QUESTION DE PHILOSOPHIE Plus de vérité dans nos vies ? Si Jean-Paul Sartre a tenté d’évaluer le rôle de l’idée de vérité dans l’intersubjectivité des existants et si la plupart des philosophes ont étudié la vérité comme voie de sagesse, chacun de nous, tout au long de sa vie, est confronté au besoin d’authenticité dans ses relations aux autres et dans son existence toute entière. Des motivations diverses On peut décrire des motivations très différentes (psychologiques, morales, intellectuelles) pour répondre à la question de savoir pourquoi nous cherchons la vérité. Il est également important de distinguer l’attitude de l’homme par rapport à la vérité (désir, volonté, etc., sont du domaine psychologique et morale) de la vérité comme notion. Les différentes idées que l’on peut se faire de la vérité doivent être considérées à la lumière de notre attitude à son égard. La première distinction permet de voir qu’il y a de nombreux problèmes dans l’affirmation que l’on ne désire pas la vérité, que la vérité nous est égale : si l’on ne veut pas chercher la vérité, est-ce à dire que nous préférons le mensonge (domaine morale), l’erreur (domaine de la connaissance), l’illusion (conception de la réalité) ? Il faut pouvoir répondre à ces différents points pour parvenir à justifier que la vérité nous indiffère, et on voit, en posant ces questions, que ce n’est pas si facile. Si la question porte sur une question de possibilité (Peuton ne pas vouloir rechercher la vérité ?), on pourra utilement s’interroger sur le caractère intentionnel d’un
rejet de la vérité et sur son authenticité : le menteur compulsif, le mythomane, par exemple, sont des cas pathologiques qui montrent que l’on peut rejeter la vérité, mais qu’il ne s’agit pas d’une volonté. Mais même le menteur ne renonce pas à la vérité, car, pour mentir, il faut admettre qu’il y a de la vérité, et, bien plus, il faut la chercher dans la mesure où cette recherche permet le mensonge. Condamné à la vérité ? On pourrait se demander si l’homme n’est pas condamné à vouloir la vérité. Mais pourquoi ? Pourquoi est-il si difficile d’éliminer l’idée de vérité comme norme de nos jugements et de nos pensées et même de nos actions ? Si nous montrons que c’est une tâche impossible, nous montrons du même coup qu’il est impossible de renoncer à la vérité, et que l’indifférence à son égard est illusoire ou inauthentique. Prenons le cas du doute qui, dans sa forme généralisée, peut apparaître comme un renoncement à la vérité, comme une forme d’indifférence. Lorsque nous doutons, nous sentons que la vérité nous échappe. Si nous restons dans cet état de doute, nous ne renonçons pas à la vérité, puisque cet état n’a de sens que par rapport à la vérité. Mais surtout, lorsque nous doutons, nous cherchons une issue à nos doutes. Nous pouvons en proposer une explication anthropologique : le doute est, dans l’action, synonyme d’hésitation ; l’hésitation produit la paralysie qui nous conduit finalement à l’échec. L’échec diminue notre pouvoir et est une source de déplaisir. Dans la recherche de moyens de survie, le doute est également synonyme de blessures et de mort. La connaissance de la réalité est au contraire une bonne condition de survie. La recherche de la vérité pourrait être alors à l’origine un instinct qui s’est par la suite intellectualisé et qui a ainsi contribué à former de manière essentielle notre humanité. La sanction du réel Nous obtenons ainsi une explication à la fois simple et, par bien des aspects, triviale, de notre désir de vérité : le plaisir et la douleur que nous cause la réalité nous conduisent à préférer des représentations correctes de ce qui est. Dans l’action et dans la nécessité de survivre, la sanction du réel est impitoyable. Ce serait trop simple de dire que la vérité est une question de point de vue, et qu’il n’y a pas de vérité absolue. Ce sont des facilités, car elles n’ont pas un fondement théorique particulièrement élaboré, ce qui permet de les réfuter facilement : si la vérité est une question de point de vue, la proposition « la vérité est une question de point de vue » est une question de vue, et il donc parfaitement raisonnable de ne pas la tenir pour vraie. La conséquence ultime du « à chacun sa vérité » est que la réalité dépend du point de vue de chacun. Il est sans doute préférable de chercher à déterminer les domaines dans lesquels il y a effectivement, et de manière inévitable, une diversité d’opinions, et les domaines où cette diversité est surtout le résultat de l’ignorance. A chacun sa vérité ? Si nous partons de l’idée que chacun possède sa vérité, quelle conception de la vérité peut nous faire comprendre, d’une part, que chacun EXPERT ANDRÉ COMTE-SPONVILLE, PHILOSOPHE puisse en effet avoir sa vérité, et, d’autre part, que toutes les opinions des hommes peuvent prétendre à la qualité de vérité ? À l’évidence aucune, car chacun, justement, a sa vérité, et donc aussi sa conception de la vérité qu’il ne partage pas avec ses semblables. Le résultat de ces quelques réflexions, est qu’il est possible de distinguer plusieurs manières pour l’opinion de se rapporter à la vérité, et ces manières vont du faux à la vérité elle-même, en passant par l’incertain et l’opinion commune à propos d’une conception. Ce résultat montre aussi que l’on ne peut pas dire dans tous les cas et pour les mêmes raisons que chacun peut posséder sa vérité ; car dans certains cas, il s’agit d’ignorance, de préjugés, dans d’autres, d’opinions mal assurées, d’hypothèses, etc. Enfin, ce résultat montre aussi que la diversité des opinions est loin de rendre vaine la recherche de la vérité. n E.S. NE PAS CONFONDRE VALEUR ET VÉRITÉ « La valeur n’est pas la vérité. Le vrai, le réel, n’est ni bon ni mauvais, il se contente d’exister et est le même pour tous. À l’inverse, le bon ou le mauvais ne sont ni vrais ni faux, ce sont des jugements de valeur et ils ne peuvent prétendre à aucune vérité ni universalité. Confondre valeur et vérité mène aux pires erreurs. Érigées en vérités, les valeurs deviennent les plus dangereux tyrans et justifient bien des massacres. Pour éviter les fanatismes de toutes sortes, il s’agit de distinguer les valeurs de la vérité. En séparant la valeur de la vérité, le cynisme ouvre une voie nouvelle. Le cynisme permet de concilier quête de connaissances et de vérités et désir d’un monde plus moral. Il prône l’action et le respect d’autrui et érige la volonté individuelle en garde-fou contre l’horreur. » (« Valeur et vérité : Etudes cyniques », PUF, 1994) QUESTION DE PHILOSOPHIE 27



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