Question Philosophie n°2 jun/jui/aoû 2016
Question Philosophie n°2 jun/jui/aoû 2016
  • Prix facial : 6,90 €

  • Parution : n°2 de jun/jui/aoû 2016

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 30 Mo

  • Dans ce numéro : Michel Serres nous parle vérité.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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DOSSIER « À quoi sert la vérité ? » Le mensonge est un sujet très complexe sur lequel beaucoup ont écrit, outil social ou fléau, « mal » ou « bien », il reste quoiqu’il en soit intrinsèque a l’être humain. Nous mentons chaque jour, de la façon la plus naturelle qu’il soit, et sans pour autant, la moindre intention de nuire. 22 QUESTION DE PHILOSOPHIE VÉRITÉ & MENSONGE Ce que la philosophie nous enseigne La tradition philosophique a bien souvent présenté le philosophe comme l’homme ami du vrai. Pour Platon déjà, le mensonge était un crime contre la philosophie, et le philosophe, ami du savoir (philosophos), devait l’être également de la vérité (philalethes). Il a pour tâche de lever les voiles et de tomber les masques. Faire l’éloge de la sincérité et dire la laideur du mensonge parait donc évident, mais sans sous-estimer les dangers de l’excessive sincérité ou d’une exhibition impudique de la vérité. Les formes du mensonge Le mensonge est l’énoncé délibéré d’un fait contraire à la vérité, ou encore la dissimulation de la vérité (mensonge par omission). Il ne faut pas le confondre avec la contrevérité, qui désigne simplement une affirmation inexacte, sans préjuger du fait que son auteur le sache ou non. Le mensonge est une forme de manipulation qui vise à faire croire ou faire faire à l’autre ce qu’il n’aurait pas cru ou fait, s’il avait su la vérité. « Il ne saurait y avoir de vérité première. Il n’y a que des erreurs premières. » (Gaston Bachelard) En général, le mensonge s’oppose à la véracité (le fait de dire le vrai), à la sincérité ou à la franchise. Plus précisément, mentir consiste à déguiser sa pensée dans l’intention de tromper. Cette intention distingue le mensonge d’autres usages faux de la parole, admis dans le but de divertir ou par pur procédé rhétorique. À ce titre, il est considéré
comme un vice ou un péché par la tradition morale philosophique et religieuse, même si certaines formes de mensonges sont légitimées par quelques philosophes, comme Benjamin Constant, dans son célèbre débat avec Emmanuel Kant sur le « droit de mentir ». Du côté de la morale et de la religion Morale et religion distinguent traditionnellement trois sortes de mensonges : Le mensonge joyeux, énoncé pour plaisanter ou se moquer quelque peu. Il est distingué toutefois luimême de la simple plaisanterie de circonstance où les deux parties sont de connivence sans ambiguïté sur le fait que l’information mentionnée est fictive : morale comme religion cessent dès lors d’être concernées. Le mensonge officieux, que l’on énonce pour rendre service à autrui ou à soi-même. Ce mensonge est alors considéré comme plus ou moins grave, selon ce dont il s’agit et en fonction des circonstances qui l’accompagnent. « Quand le mensonge officieux ne contient aucun élément nuisible, le sage ne le blâme pas chez autrui ; mais il l’évite pour lui-même ». Le mensonge pernicieux, qui a non seulement l’effet, mais le but de nuire à autrui. Ce mensonge parfois nommé par la littérature mensonge malicieux, est naturellement considéré tant par la morale que par la religion comme le plus grave des trois. « Ainsi c’est le même homme qui n’est capable de mentir et de dire vrai. » (Socrate) Ce point est commun aux cultures occidentale et chinoise. Du côté de la philosophie Le mensonge, inséparable de la question de la vérité et du partage vrai/faux, est un des premiers sujet d’intérêt de la philosophie. Mais le mensonge n’est bien évidemment pas seulement le faux. En effet, je peux dire faux sans mentir. Pour mentir il faut donc être faux volontairement, et par conséquent connaître avant tout la vérité. C’est pourquoi le mensonge fascine celui même qui ment car en se plaçant à la frontière du vrai et du faux, il donne l’illusion au menteur de maîtriser le langage. Il est vrai que le mensonge requiert certaines compétences, pas seulement l’habileté du trompeur mais surtout celles nécessaires à l’énonciation du vrai. « Ainsi c’est le même homme qui n’est capable de mentir et de dire vrai » dit Socrate (Hippias mineur 367c). Ceci conduirait à une conclusion paradoxale : celui qui ment, donc en connaissance de cause, comme celui qui dit vrai est meilleur que celui qui tout bêtement est dans l’erreur, si l’on considère que la connaissance de la vérité est ce qui est le bien. On peut donc en conclure que ce qui fait du mensonge une mauvaise action, ce n’est pas seulement qu’il soit faux, mais délibéré. Kant rejette dans son essai consacré à la question du mensonge le prétendu droit de mentir. En effet la vérité, affirme-t-il, n’est pas un bien que l’on possède et sur lequel un droit serait reconnu à l’un et refusé à l’autre. Ainsi, le mensonge pour être reconnu comme condamnable n’aurait pas besoin d’être défini comme nuisible à autrui : le mensonge est mauvais en soi. Par la même Kant détruit les deux illusions du mensonge involontaire et du mensonge bien intentionné. Un mensonge est un mensonge. Si je ne dis pas la vérité et même si je dis quelque chose dont je ne suis pas certain, fait que Kant inclus dans le mensonge, je trahis un engagement. Il considère que si l’on tolère le mensonge, il n’y a plus de promesse possible. Mentir ressemble à trahir une promesse, celle de la vérité, que je dois. La véracité étant un « devoir formel de l’homme à l’égard de chacun ». C’est ce devoir qui fait du mensonge une action. Comme la promesse le mensonge est un acte d’engagement. Du côté de la vérité EXPERT ALAIN BADIOU, PHILOSOPHE LA PHILOSOPHIE EST LA SERVANTE DES VÉRITÉS « Un processus de vérité est au fond la synthèse subjectivée des conséquences d’un événement. Si l’on admet que la philosophie est la servante des vérités, en les identifiant dans leur forme et en examinant leur contemporanéité, alors il est clair qu’elle est aussi la servante des vérités politiques. En ce sens, elle contribue au changement du monde. Elle est militante, au sens de Nizan contre Benda, tout simplement parce que le sujet qui s’induit d’un processus de vérité est militant en un sens précis : il est sous l’impératif de continuer à s’incorporer au processus. On peut aussi dire que la philosophie est toujours l’éclaircie d’une discipline. » Platon pense la vérité comme indépendante de la pensée et du discours. Il y a selon lui une « réalité vraie » qui ne s’oppose pas tant à une « réalité fausse » qu’à une réalité dégradée et aux apparences qui la constituent. Le monde sensible, auquel nous sommes attachés en raison de notre corporéité, est un monde ayant un faible degré de réalité en ce sens qu’il est peuplé de copies des idées intelligibles. Or ce sont bien ces dernières qui constituent la vérité et cette vérité n’est pas une propriété de la pensée mais bien un autre être, un autre monde, le monde des Idées. Chez Platon, la vérité ne s’accorde pas simplement avec la réalité, c’est elle-même qui est érigée en réalité, absolue, immuable, éternelle. La pensée grecque du logos, en tant que Platon QUESTION DE PHILOSOPHIE 23



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