Question Philosophie n°2 jun/jui/aoû 2016
Question Philosophie n°2 jun/jui/aoû 2016
  • Prix facial : 6,90 €

  • Parution : n°2 de jun/jui/aoû 2016

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 30 Mo

  • Dans ce numéro : Michel Serres nous parle vérité.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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DOSSIER « À quoi sert la vérité ? » 20 CRITICISME & IDÉALISME On peut dire que la vérité est l’affirmation de ce qui existe ou la négation de ce qui n’existe pas ; donc, finalement, l’accord de nos jugements avec la réalité. Le problème est de savoir ce que l’on va tenir pour réel : Criticisme : On objectera que la réalité métaphysique et absolue n’est pas accessible à la connaissance. À quoi l’on peut répondre que la plupart de nos jugements ne concernent en rien la réalité métaphysique et absolue, mais simplement les différents êtres et phénomènes qui sont, pour nous, objets d’expérience, autrement dit de perception. Idéalisme : Les différents objets et phénomènes se ramènent à nos représentations et à celle des autres sujets conscients ; la vérité ne consiste donc pas dans l’accord de nos jugements avec une réalité extérieure à notre esprit, mais bien plutôt dans l’accord de la pensée avec elle-même, par conséquent avec ses propres perceptions et avec les perceptions des autres esprits. car nous lions des termes qui supposent pour des êtres dont l’existence est contingente. La vérité métaphysique qui, remontant d’une hypothèse à ses conditions, suppose l’existence d’un référent ontologique existant en soi. Dans ce cas, on distingue vérité absolue et vérité relative. La vérité d’une croyance ou d’une opinion, qui est la vérité d’une proposition qui s’accorde à un ensemble de croyances qui lui préexistent. Ce genre de vérité est souvent appelé vérité cohérente. Distinguer vérité et réalité Lorsque j’affirme que quelque chose est réel, je ne fais rien d’autre que reconnaître son existence. La vérité semble exiger autre chose qu’une telle reconnaissance. La distinction de la vérité et de la réalité se dévoile encore si l’on prend un exemple de Descartes : nous pouvons avoir en notre esprit des représentations QUESTION DE PHILOSOPHIE qui ne sont qu’imaginaires (ex : la représentation d’une Chimère) donc fausses car ne renvoyant à rien d’existant en dehors d’elles, et qui pourtant ont une certaine réalité en tant qu’elles sont bien des choses dans notre esprit. Ayant ainsi explicité la différence de la vérité et de la réalité, il n’en faut pas pour autant conclure que ces deux concepts sont sans rapports aucun. C’est même autour de la question de ces rapports que s’affrontent les différentes conceptions de la vérité. La vérité-correspondance On peut en effet prendre comme critère de vérité d’un jugement sa conformité avec la réalité. C’est la thèse de la vérité-correspondance. La vérité-cohérence Inversement, on peut penser que la vérité se définit avant tout par la cohérence de la pensée avec ellemême, l’accord qu’elle manifeste entre ses différentes assertions. Étant donné notamment l’abîme ontologique qui sépare une idée d’une chose, la conformité du rapport de la pensée à la réalité ne peut être évalué immédiatement. C’est la thèse de la vérité-cohérence. Les différentes théories de la vérité se distribuent assez bien autour de ces deux pôles sans toutefois s’y réduire dans la mesure où elles fournissent chacune des contributions originales qui ne se laissent enfermer dans aucun modèle prédéfini. La conception métaphysique Platon pense la vérité comme indépendante de la pensée et du discours. Il y a selon lui une réalité vraie qui ne s’oppose pas tant à une « réalité fausse » qu’à une réalité dégradée et aux apparences qui la Lorsque j’affirme que quelque chose est réel, je ne fais rien d’autre que reconnaître son existence. La vérité semble exiger autre chose qu’une telle reconnaissance. constituent. Chez lui, la vérité ne s’accorde pas simplement avec la réalité, c’est elle-même qui est érigée en réalité, absolue, immuable, éternelle. La pensée grecque du logos, en tant que désignant simultanément le discours vrai et l’être ou réalité révélée dans le discours, est à la source d’une telle identification de la vérité et de la réalité chez Platon. On retrouve une conception analogue dans le christianisme dans lequel est posée l’identité de Dieu et de la vérité. Les réflexions de Descartes et Malebranche sur la nature des idées ne sont pas étrangères à cette conception.
Entre réalité et représentation La nature de l’idée, en tant que représentant formellement une chose qu’elle n’est pas, rattache cependant Descartes et Malebranche à une pensée qui n’est plus celle de l’identité entre vérité et réalité mais celle de la conformité de l’idée à la chose : « aedequatio rei et intellectus » écrit Saint-Thomas. Cette formule a l’avantage de souligner l’écart qui sépare la représentation ou la proposition de la réalité, écart qui leur interdit de se fondre l’une dans l’autre ; ce n’est plus une identité qui est postulée, mais un accord, une correspondance, une adéquation. Cette thèse, qui a été qualifiée de réaliste, trouve son origine dans la pensée d’Aristote qui se sépare de la conception platonicienne. Aristote définit la vérité comme la conformité de la proposition, de ce qui est dit, à la réalité. La proposition est vraie si les faits dont elle rend compte sont tels qu’elle les décrit ; elle est fausse si les faits sont autrement qu’elle ne les décrit. Kant semble être le premier à fournir une alternative à une telle pensée de la vérité-correspondance. Il se pose la question de savoir comment la science est possible. La conception scientifique Cette évocation de la pensée de Kant nous conduit naturellement à traiter de la vérité dans la connaissance scientifique. Intéressons-nous tout d’abord aux mathématiques. Cellesci se réfèrent à des objets idéaux. Ainsi, la vérité d’un théorème de la géométrie ne se mesure jamais à des figures réelles. Lorsqu’on affirme que la somme des angles d’un triangle est égale à 180°, on ne prétend pas qu’il soit nécessaire qu’une figure tracée sur un tableau doive avoir la somme de ses angles exactement égale à 180° pour qu’on puisse la désigner comme étant un triangle. Une proposition mathématique se révèle vraie lorsqu’elle est le résultat d’une déduction faite à partir d’un système d’axiomes et de propositions déjà démontrées. On peut penser que la thèse de la vérité comme adéquation à la réalité correspond mieux aux sciences expérimentales. En effet, pour qu’une proposition de la physique par exemple puisse être dite vraie, il faut qu’elle soit vérifiée expérimentalement (ou du moins qu’elle résiste à l’épreuve de la falsification). Les sciences expérimentales sont par conséquent dépendantes des faits, de la réalité. Pour Bachelard, la vérité scientifique ne relève ni d’un idéalisme (selon lequel ce que la science ne serait qu’une expression de l’esprit lui-même) ni d’un réalisme (selon lequel la science refléterait immédiatement la réalité). La raison n’est pas immuable ; au contraire elle progresse peu à peu en produisant ou en adaptant des concepts qui répondent aux nouvelles expériences. Le véritable ennemi de la science, c’est l’opinion. De l’utilité de la vérité Nietzsche a présenté une théorie tout à fait originale de la vérité. Il pose la question suivante : Pourquoi désirons-nous la vérité plutôt que l’erreur ? Autrement dit, pourquoi la vérité fait-elle l’objet de notre préférence et, plus encore, de notre vénération ? Cette question permet à Nietzsche d’affirmer que la vérité est avant tout une valeur. En ce sens, elle est directement dépendante des nécessités vitales. Si la réalité sensible a le plus souvent été considérée en philosophie comme le domaine de l’illusion, de l’apparence, de l’erreur, c’est parce que cette réalité était fuyante, mouvante, changeante, qu’elle dépossède l’homme de sa maîtrise sur lui-même et son environnement. Au contraire, les catégories de l’être, de l’identité, de la substance, du durable, permettent à l’homme de reconnaître parmi le divers (le chaos) des sensations, des points d’appui autour desquels orienter son action. La connaissance consiste ainsi à ramener le nouveau, le différent à du déjà connu. Mais ceci dévoile que la recherche de la vérité est en réalité une entreprise de falsification du réel consistant à gommer les différences entre les choses, à nier leurs perpétuelles métamorphoses. Ce que l’on appelle vérité n’est donc rien d’autre que l’erreur utile au développement de la vie. De l’utilité que procurait à l’homme un certain jugement, on a, dit Nietzsche, directement conclu à sa vérité. Or, la « réelle » vérité, c’est celle qu’on a toujours voulu ignorer, la vérité du devenir, de l’éternel écoulement des choses qu’évoquait Héraclite, c’est-à-dire la vérité du monde sensible. n E.S. BIBLIOGRAPHIE POUR ALLER PLUS LOIN Aristote, De l’interprétation ; Bachelard, Le nouvel esprit scientifique ; Bergson, La pensée et le mouvant ; Descartes, Médiations métaphysiques ; Heidegger, De l’essence de la vérité ; James, Pragmatism ; Jaspers, Sur la vérité ; Malebranche, De la recherche de la vérité ; Nietzsche, Vérité et mensonge au sens extra-moral ; Piaget, Introduction à l’épistémologie génétique ; Russell, Sens et vérité ; Tarski, La conception sémantique de la vérité. QUESTION DE PHILOSOPHIE 21



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