Pulsations n°2019-07 jui/aoû/sep
Pulsations n°2019-07 jui/aoû/sep
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2019-07 de jui/aoû/sep

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Hôpitaux Universitaires de Genève

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 9 Mo

  • Dans ce numéro : les bienfaits de la natation.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Juillet - Septembre 2019 D o s s ier 4 jours Durée moyenne du séjour, qui peut toutefois se prolonger plusieurs semaines. Pulsations syndrome de stress post-traumatique (PTSD), au même titre que les soldats de combat ou les victimes de viol », indique le Pr Pugin. Sentiment de mort imminente, dépendance soudaine, coupure avec la réalité, environnement agressif, incertitudes quant au futur, l’expliquent. C’est pourquoi on met aujour d’hui tout en œuvre pour atténuer la dureté de cette expérience et améliorer les conditions des patients. « On ne se focalise plus uniquement sur leur survie, mais on tient compte de leur devenir en termes de qualité de vie », déclare le chef de service. Une consultation post-soins intensifs a d’ailleurs été créée (lire ci-contre). Mais comment prévenir ce type de complications ? D’abord, en apportant de l’humanité dans les soins, illustre la Pre Ricou  : « Nous replaçons le patient dans sa trajectoire de vie de façon à ce que les soignants parviennent à considérer l’être humain malgré les machines, sondes et cathéters. » Même s’ils ne sont pas en mesure de s’exprimer, les malades sont sensibles à une communication thérapeutique et à la présence bienveillante des soignants. « Nous avons un personnel très pointu qui a aussi un très grand cœur », se félicite le Pr Pugin. On veille au confort du patient par le soulagement de la douleur (lire plus loin), des massages thérapeutiques, le maintien d’une hygiène corporelle, le soin de la peau (prévention des escarres), et à son bienêtre psychologique grâce à la présence de soignants formés à l’hypnose (lire plus loin) et d’un psychologue, ce qui est unique en Suisse. Une assistante sociale répond aux problèmes pragmatiques qu’une telle hospitalisation suppose. La vie spirituelle, qui peut être une ressource importante, est prise en compte. La mobilisation précoce et une nutrition adaptée font également partie des soins. Le rôle des proches Ouvrir le droit de visite 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, encadré par une charte d’accueil, de même que personnaliser la chambre avec des photos, des dessins ou des mots pourrendre cet environnement le plus acceptable possible, visent à adoucir le vécu des patients et des proches. Un livret de 16 bord (lire le témoignage d’Annick) pour retracer le séjour du patient qui, dans 95% des cas, n’en aura pas ou que des souvenirs partiels, est proposé aux proches. « L’utilité est double  : d’une part combler les lacunes, d’autre part permettre à ces derniers d’être acteurs dans la situation. Un outil précieux dont l’efficacité a été démontrée dans la prévention du PTSD chez le patient et les proches », précise la Pre Ricou. Dans cet univers hostile où les traitements sont souvent invasifs, on cherche à prévenir les états confusionnels, eux-mêmes des facteurs de risque du PTSD, comme l’explique le Dr Didier Tassaux, médecin adjoint  : « Ils sont liés à l’état physiologique, précisément à l’atteinte du système nerveux central. » On tente alors de traiter le problème organique (inflammation, infection, désordres métaboliques, etc.) et on évite au maximum les effets secondaires dus aux sédations profondes. On cherche à préserver le sommeil naturel des patients en diminuant le recours aux somnifères et en les Suite page 18
ç Témoignage #1 « Avec le temps, on oublie les faits précis » En 2014, un terrible accident de moto conduit Jérôme aux soins intensifs. Alors qu’il est dans le coma, l’équipe soignante propose à la famille un journal de bord pour que le patient ait une trace de son parcours. Sa mère, Annick, nous en parle  : « Nous voulions que Jérôme sache par quoi il était passé et lui permettre ainsi de se reconstruire. Pendant deux mois, nous étions pratiquement jour et nuit aux soins intensifs. Mais lorsque nous partions nous reposer, nous savions que le lendemain matin les soignants auraient relaté sa nuit. Dossier De notre côté, nous avions besoin d’exprimer ce qu’on vivait. Je demandais à tous ceux qui rendaient visite à Jérôme d’y laisser un mot pour le jour où il se réveillerait. Il a beaucoup aimé qu’on lui lise son journal de bord, il a parfois besoin qu’on revienne sur ce qu’il s’est passé. Pour moi, c’est difficile de relire ce qui se rattache à cette période, mais c’est utile, car avec le temps, on oublie les faits précis. Aujourd’hui, Jérôme vit à Foyer Handicap. Son sourire et sa volonté nous portent. Je continue le livret de bord, j’en suis au sixième volume ! Comme Jérôme ne parle pas, cela nous permet de savoir ce qu’il s’est passé en notre absence et de communiquer avec les soignants. » 17 Les soins intensifs, et après ? Émerger peu à peu du brouillard… C’est ce qu’expérimentent la plupart des patients qui quittent les soins intensifs (SI) et qui doivent souvent faire face à des séquelles physiques, psychologiques, voire même psychosociales et socio-économiques. La Pre Bara Ricou, responsable des patients « long séjour », a mis sur pied une nouvelle consultation post-soins intensifs unique en Suisse. Chaque patient resté plus de sept jours dans cette unité est convoqué avec l’un de ses proches, six mois puis une année après sa sortie. L’objectif est multiple. D’abord, il s’agit de porter un regard global sur le parcours de soins du patient. « Nous essayons de détecter les séquelles qui découlent du passage aux SI mais qui seraient passées inaperçues jusqu’alors, explique la Pre Ricou. Certaines complications liées au séjour en SI sont peu connues des médecins de ville. C’est donc une manière de favoriser la collaboration avec eux. » La spécialiste souligne également l’importance du « feedback » visant à améliorer la prise en charge. Lors de cette consultation, le patient et son proche rencontrent une équipe des SI. « Leurs souvenirs sont souvent fragmentés. C’est l’occasion de combler ces vides et de répondre aux nombreuses questions. » Chacun bénéficie ensuite d’un entretien individuel. Les médecins effectuent des examens physiques, cognitifs et psychologiques. Pendant ce temps, un(e) infirmier(ère) spécialisé(e) prend en charge le proche, qui a souvent été affecté par cet épisode difficile. Un rapport est envoyé au médecin traitant afin d’assurer le meilleur suivi possible. Grâce à cette consultation, la Pre Ricou espère aussi faire évoluer les mentalités  : « Beaucoup de médecins considèrent encore la médecine intensive comme une spécialité «puissante», qui sauve des vies. Mais il ne faut pas négliger les séquelles que ces traitements lourds peuvent induire. Nous sommes responsables de tout le circuit. » Aude Raimondi Juillet - Septembre 2019



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