Prof Magazine n°45 mar/avr/mai 2020
Prof Magazine n°45 mar/avr/mai 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°45 de mar/avr/mai 2020

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles

  • Format : (200 x 275) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 3,7 Mo

  • Dans ce numéro : dossier leadership partagé, le retour du collectif ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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DoSSIER Des profs élus par leurs pairs pour seconder la direction Depuis les années ‘70, le Collège Pie 10, à Châtelineau, organise des élections pour désigner ceux qui assisteront le directeur, pour deux ans. L’appel à candidats lancé dans la salle des profs, et ouvert à tous, permet l’élection de trois coordinateurs (un par degré) rejoignant l’équipe de direction à mi-temps pour un mandat de deux ans, et de quatre des treize membres d’un conseil de direction. Explications par le directeur, Thibaut Davain. PROF  : Des élections dans une salle des profs, cela ne suscite pas de malaise ? Thibaut Davain  : C’est dans l’ADN de l’école depuis de nombreuses années. Certaines élections sont parfois plus compliquées car on ne trouve pas nécessairement de candidat facilement. Le rôle est complexe. Il demande d’avoir un pied dans l’univers de ses collègues et un autre dans celui de la direction. Et il faut organiser le travail des enseignants d’un degré sans droit d’injonction. Le changement de posture demande beaucoup de recul. Sans oublier le travail, parfois très intense. En quoi consiste le job des élus ? Il y a deux « profils », correspondant à deux organes de gestion  : un « exécutif » (équipe de direction) et un organe réflexif et prospectif (conseil de direction). Les profs élus pour l’équipe de direction endossent le rôle de coordinateur pédagogique d’un degré, pour lequel ils bénéficient d’un mi-temps de coordination de deux ans. Leur première tâche est de constituer leurs équipes de tuteurs (des titulaires de classes, en binômes). Ils participent activement aux attributions de l’école, et la politique d’inscription de chaque degré est réfléchie avec les coordonnateurs référents, qui composent ensuite leurs classes. Dans le courant de l’année, le « coordo » anime les conseils de classe, en présence d’un des membres de la direction. Il suit de plus près les élèves en difficultés d’apprentissage ; relaie et participe à l’élaboration des aménagements raisonnables ; et prend toutes les initiatives pour s’adapter à la complexité des différentes situations. Tous les lundis de 13h20 à 14h50, nous travaillons intensément avec la directrice adjointe, l’économe, la préfète d’éducation et les trois coordonnateurs pour prendre les décisions en lien avec l’organisation de l’école, sans nous enliser dans les aspects exclusivement pratiques, pour essayer de mettre ses projets en perspective. La cohérence recherchée est renforcée par ceux qui gardent un pied sur le terrain. 26 PROF 45 Pour ma part, cela me permet de rester bien au clair sur les différents projets du Collège, de les valoriser via mes « Pie Mail » du vendredi, parce qu’un enseignant d’un degré sait difficilement ce qui se crée dans un autre. La lisibilité des actions pédagogiques permet de gagner également en verticalité et renforce le sens des projets soutenus par les coordonnateurs. Et l’autre assemblée, le conseil de direction ? Trois autres enseignants et un éducateur y représentent leur degré ou leur fonction. L’investissement est bénévole (une réunion d’1h30 par semaine). Ce conseil est un organe important  : outre ces élus, il comprend l’équipe de direction (dont les trois coordos élus) et la délégation syndicale. Les treize membres ont une voix consultative. Ce lieu est aussi une chambre d’avis et d’interpellations. Le gros avantage est que les débats permettent de représenter les différentes filières, degrés et fonctions de l’école. On peut mieux appréhender si des idées nouvelles sont en phase avec les membres du personnel. Surtout, chacun peut y avoir un impact sur mes « pièces à casser ». On peut donc avancer main dans la main et cela permet aux membres du conseil de mener une réflexion pédagogique accrue. C’est dans le débat et l’échange que se cultive notre relation professionnelle, qui permet de construire ensuite des projets pédagogiques d’envergure. Soulignons que le principe des élections a aussi légitimé les membres de l’équipe et du conseil de direction comme acteurs du plan de pilotage. Le conseil de direction examine aussi les pistes d’amélioration du fonctionnement du Collège, sans tomber dans des débats trop pratico-pratiques. Garder de la hauteur est un enjeu majeur pour avancer ensemble et mener des réflexions à plus long terme  : ouverture d’options, proposition d’aménagements du projet pédagogique, projets transversaux ou pluridisciplinaires, évaluation de dispositifs d’aide aux élèves, etc. Enfin, le conseil a dans ses prérogatives l’affectation d’une partie non négligeable du budget de l’école à des projets défendus collectivement. La transparence de ce budget, accessible à tous, accroit significativement le côté sain du Collège.
Des « commandos pédagogiques » pour accorder les violons Au Lycée provincial des Sciences et des Technologies, à Soignies, l’équipe de direction a initié des journées de « commando pédagogique », où toute l’équipe débat et participe aux décisions. Le Lycée provincial comprend trois implantations  : deux à Soignies et une à Écaussinnes. Après un 1er degré commun, l’école organise plusieurs filières de transition, mais surtout de qualification et professionnelles. L’élaboration du plan de pilotage puis la mise en œuvre du contrat d’objectifs incitent plus encore qu’auparavant à partager les prises de décisions. Sabine Dupont, directrice depuis 10 ans  : « Pour l’élaboration du plan de pilotage, j’ai fait un appel aux volontaires. Onze membres de l’équipe se sont portés candidats, et ont formé le comité de pilotage, qui s’est réuni deux heures par semaine toute l’année. Pour moi, c’était important de donner un statut à ce groupe, en dégageant 20 heures de NTPP pour cette gestion ». Aujourd’hui, pour le suivi et la mise en œuvre, une coordinatrice dispose de deux heures/semaine, et toute l’équipe est mobilisée au sein de groupes de travail liés aux objectifs. Ainsi, début mars, un mercredi matin était consacré à un « commando pédagogique ». Une expression par laquelle M me Dupont définit des séances de travail destinées à faire avancer la réflexion et à s’accorder sur les projets ou actions à mener. Cette matinée a permis aux groupes de se présenter mutuellement le fruit de leurs réflexions. Et le périmètre de ces réflexions est très vaste ! Cela va du pédagogique pur (comment élargir aux 2 e et 3 e degrés des aménagements raisonnables mis en place de façon très volontariste au 1er degré) aux questions de visibilité de l’école, en passant par la gestion de l’absentéisme des élèves. « Chez moi, pas de tabou », observe la directrice, qui a clairement « lâché du lest sur le pédagogique, parce qu’il y a plus d’idées dans plusieurs têtes que dans une, et parce que les projets qui réussissent PROF/FWB sont ceux qui viennent de la base. Je suis noyée de projets pédagogiques qui se mettent en cohérence avec le plan de pilotage », se réjouit-elle. « Il y a trois ans, j’ai senti que l’école n’était pas ajustée à l’arrivée massive d’enfants en difficulté d’apprentissage. À l’époque, j’ai demandé à l’équipe de me faire confiance. On a établi un plan de formation, et maintenant on peut dire qu’on est devenus des experts des aménagements raisonnables… » « Chez moi, pas de tabou, observe Sabine Dupont, directrice, parce que les projets qui réussissent sont ceux qui viennent de la base ». Évidemment, l’affectation des moyens s’est faite en cohérence  : groupes-classes plus restreints, heures de remédiation trouvées en-dehors du NTPP, classes flexibles… Aujourd’hui, M me Dupont aimerait voir ces aménagements raisonnables s’élargir aux 2 e et 3 e degrés, pour suivre les élèves à mesure qu’ils grandissent. C’est ce qui était en débat, entre autres sujets, ce matin-là. « Aujourd’hui, je vais prendre la tendance. » Et de fait, les avis sont nuancés. Pas sur le principe des aménagements, devenus une obligation, mais sur les modalités. De quoi inviter la directrice à adapter sa copie, « parce que je ne voudrais pas avancer seule, sans personne derrière moi ». D’abord des formations destinées aux enseignants du 2 e degré, peut-être une cellule spécifique pour piloter le projet… L’objectif est maintenu, mais l’équipe a pu débattre du chemin pour y arriver. « Aujourd’hui, on a juste un pouvoir de conviction, assure M me Dupont. L’autorité suprême, c’est fini  : on ne peut plus agir comme ça ! » Une posture assumée. « Pour moi, c’est inné. Mais je comprends que des directions habituées à la centralisation soit perturbées, parce que plus on octroie des espaces de dialogue, plus on risque d’avoir des difficultés… » D.C. PROF 45 27



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