Planète Santé n°34 jun/jui/aoû 2019
Planète Santé n°34 jun/jui/aoû 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°34 de jun/jui/aoû 2019

  • Périodicité : irrégulier

  • Editeur : Éditions Médecine & Hygiène

  • Format : (200 x 265) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 4,7 Mo

  • Dans ce numéro : comprendre le système de santé suisse.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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14 INTERVIEW PLANÈTE SANTÉ – JUIN 2019 Les biais de genre sont présents dans le monde professionnel médical, mais qu’en est-il de la prise en charge des patient.e.s ? La médecine en elle-même est très genrée. Prenons le cas des maladies cardiovasculaires. La mortalité après un infarctus est plus élevée chez les femmes. Avant, les maladies cardiovasculaires survenaient davantage chez les hommes, car c’étaient surtout eux qui fumaient. La situation a changé, mais la prise en charge ne s’est pas adaptée. Il y a une tendance à passer à côté d’un problème cardiovasculaire chez les femmes. On va d’abord énoncer d’autres diagnostics, comme les crises d’angoisse. Même quand le diagnostic est posé, les patientes reçoivent moins souvent le traitement recommandé. La douleur est un autre exemple. Pour une même présentation douloureuse, un homme est davantage pris au sérieux qu’une femme. Il sera traité avec des opiacés, alors qu’on privilégiera les anxiolytiques pour elle. Ces biais ne sont pas justifiés par des différences biologiques, mais par des croyances et des stéréotypes. C’est une distorsion grave de la prise en charge, qui peut conduire à une issue mortelle. Est-ce uniquement dû à une différence d’interprétation ou les symptômes sontils aussi différents ? Les deux sont vrais. Dans la recherche, on part souvent du standard masculin, ce qui induit une médecine aveugle des différences. Les symptômes dits « typiques » ont été décrits sur la base de ceux présentés par les hommes. Pour l’infarctus, il s’agit d’une douleur dans la poitrine qui irradie dans la mâchoire et dans les bras. Chez les femmes, on observe souvent des présentations plus diffuses  : une gêne dans la poitrine, sans franche douleur, avec des sensations de nausée. Est-ce que cette différence de sensation est liée au biologique, parce qu’elles ont des artères plus fines par exemple ? Ou est-elle liée à l’éducation, qui pousse à exprimer la douleur de façon différente selon qu'on est un homme ou une femme ? C’est une question encore ouverte. Les biais de prise en charge sont-ils parfois en défaveur des hommes ? Oui, c’est notamment le cas de la dépression. Cette pathologie a traditionnellement été décrite chez les femmes. Quand on regarde les cas présentés en faculté de BIO EXPRESS 1976 Naissance à Lausanne 2001 Diplôme de médecine 2008 Naissance de sa première fille 2009 Départ à Boston pour un postdoctorat 2010 Naissance de sa deuxième fille 2012 Naissance de sa troisième fille 2016 Titre de privatdocent et maître d’enseignement et de recherche à l’UNIL 2017 Création de la Commission Médecine & Genre médecine il s’agit souvent d’une femme d’âge moyen. Par conséquent, c’est un diagnostic que l’on va évoquer moins rapidement chez les hommes. Les symptômes peuvent aussi être différents. On repérera moins la dépression si elle se manifeste par une agressivité que par les classiques tristesse et perte d’intérêt. Comment peut-on lutter contre ces biais dangereux ? Heureusement, les connaissances évoluent ! L’organe génital féminin, qui a longtemps été gommé dans les ouvrages d’anatomie, reprend sa juste place. Il faut maintenant revoir les livres que l’on présente aux étudiant.e.s, dans lesquels les cas d’infarctus étaient présentés par le cliché de l’homme de 60 ans avec de l’embonpoint et se tenant la poitrine. En affichant systématiquement des visuels masculins et féminins, on peut améliorer la prise en charge. Les campagnes auprès du public permettent également de déconstruire les clichés, comme l’a fait la Société suisse de cardiologie avec une campagne de sensibilisation des femmes vis-à-vis du risque d’infarctus. Vous êtes la présidente de la Commission Médecine & Genre. Que mettez-vous en place avec cette équipe ? Nous intégrons le genre à l’enseignement de la médecine. Au programme de première année de bachelor figure un cours d’introduction au genre, suivi en première et deuxième année de master de cours d’approfondissement. Les étudiant.e.s peuvent également suivre des cours facultatifs pour approfondir le sujet. En parallèle, nous prenons contact avec les responsables de l’enseignement pour les encourager à intégrer la dimension du genre dans leurs cours. Le but est d’adopter un angle différent  : présenter des cas d’étude masculins et féminins, expliciter les différences de manifestation d’une pathologie, etc. L’égalité est-elle pour bientôt, tant du côté de la prise en charge que dans la profession médicale ? C’est difficile et ça bouge lentement. Quand on regarde le cas de l’inégalité salariale, c’est démoralisant. Mais je suis une optimiste de nature. On sent une volonté d’avancer. Il y a une augmentation des postes de femmes professeures. Dans la réforme fédérale de l’enseignement de médecine, il y a des objectifs d’apprentissage en lien avec le genre. Mais pour que les choses bougent, il faut une volonté politique derrière. Il faut transformer des normes sociétales de genre qui sont établies depuis très longtemps. C’est l’affaire de tout le monde ! ●
BÉBÉS SECOUÉS  : UN DRAME SANS FIN Le syndrome du bébé secoué fait des dizaines de victimes chaque année en Suisse. Ce n’est pourtant que la pointe de l’iceberg. D’autres passent inaperçus mais développent plus tard des troubles de l’apprentissage et du comportement. ADAPTATION* AUDE RAIMONDI Des pleurs à répétition, des parents excédés et le geste de trop. Un nourrisson n’a pas une musculature aussi forte que celle d’un adulte. S’il est secoué, sa tête oscille d’avant en arrière. Ce mouvement peut avoir des conséquences dramatiques sur le bon fonctionnement du cerveau de l’enfant et même entraîner son décès. Poser le diagnostic Quand le cerveau bouge dans la boîte crânienne d’un bébé, les veines qui le connectent à son enveloppe subissent des lésions. Des hématomes se forment alors dans cette zone, sans compter le risque d’hémorragie au fond de l’œil (sur la rétine), lié à la forte pression dans le système veineux. Mais ces saignements sont parfois difficiles à repérer, même sur l’imagerie médicale. En Suisse, les bébés secoués sont pris en charge dans les centres hospitaliers universitaires par des équipes spécialisées dans les cas de maltraitance des enfants. Elles ont pour rôle d’identifier et poser le diagnostic. « Quand la situation est complexe, nous * Adapté de l’émission « Bébés secoués  : un drame sans fin », 36,9° (RTS), diffusée le 19/12/2018., collaborons avec des neuroradiologues, des chirurgiens pédiatres et parfois des médecins légistes, explique Sarah Depallens, pédiatre au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). Cela permet d’écarter les diagnostics rares de maladies métaboliques qui pourraient expliquer des saignements ». Immense zone grise Il existe en outre des bébés secoués qui passent sous les radars des médecins. Les symptômes ne sont parfois pas assez importants pour interpeller les parents. Pourtant, ces enfants ont des risques de développer par la suite des troubles de l’apprentissage, du comportement et des difficultés psychocognitives. « Il y a une cécité de la population à ce sujet, estime Sarah Depallens. Si c’est arrivé chez la maman de jour, par exemple, elle va avoir terriblement honte et risque de ne pas avouer. Les professionnels aussi ont tendance à être aveuglés, tant il est difficile d’imaginer une maltraitance sur un tout petit bébé ». Prévention lacunaire Dans une grande majorité des cas, les agresseurs vivent sous le même toit que le bébé secoué. Il s’agit le plus souvent du père ou du conjoint de la mère. Lors des contrôles médicaux, les pédiatres font de la prévention en essayant, par exemple, de savoir si le bébé pleure beaucoup. Mais ce sont souvent les femmes qui amènent les enfants en consultation. Un grand nombre de pères ne bénéficient donc pas du message. Une campagne de prévention d’ampleur nationale serait sans doute bénéfique pour réduire ce type de maltraitance. L’ÉMISSION 36,9° (RTS) SUR PLANETESANTE.CH L’émission grand public 36,9° aborde de nombreuses problématiques de santé en se plaçant du point de vue du patient. Elle s’intéresse particulièrement aux dimensions affectives, sociales et économiques de notre rapport à la santé. Pour vous offrir toujours plus d’informations, les émissions de 36,9° peuvent désormais être aussi visionnées sur Planetesante.ch/36.9 ! Retrouvez des témoignages et des experts dans le reportage que 36,9° a consacré à ce sujet. Retrouvez toutes ces émissions sur planetesante.ch/36.9 AM a. a a AM AM MAGAZINE SANTE



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